‹ Guide dans les Musées de peinture et de sculpture du Louvre et du LuxembourgChapitre 5 sur 6 · MUSÉE DES GRAVURES · texte numérisé non relu

MUSÉE DES GRAVURES

Ce masée, de création récente, — il fut fonné bous a seconde république, — ne saurait donner une idée des richesses que la France possède. Il faut aller à la bibliothèque de la rue Richelieu pour voir la plus belle et la plus complète collection de gravures qui existe dans le monde entier. Le musée de la calcographie du Louvre ne renferme guère que les gravures commandées par l'Etat, qui sont reàtées sa propriété et dont Tadministration vend des exemplaires à un prix trè»modéré, mentionné sur un catalogue très-exact ouvert à tous les amateurs, et qui nous dispense de donner ici de longues explications. Il se compose donc principalement de gravures françaises.

La part des étrangers s'y trouve fort restreinte. Quand nous aurons cité des Rembrandt, qu'on pourrait rencontrer dans des cabinets d'amateur, des eauxfortes de Van-Dyck, et notamment une collection de ses admirables portraits des artistes ses compatriotes et ses contemporains, de Vosterman, de Paul Ponce, de Bolswert, élèves de Rubens, et qui ont été les interprètes habiles, notamment ce dernier, de ses compositions, nous n'aurons plus guère à parler que des graveuf^ français.

Le premier que nous rencontrons dan» l'ordre chronologique est Israël Sylvestre et des vues de châteaux royaux d'une exécution simple, claire et nette; puis les sœurs Stella, et à leur tête Claudia Stella, qui grava d'un burin énergique, naïf et fier à la fois, les compositions du Poussin. Vient ensuite la famille des Audran, dont le membre le plus célèbre, Gérard, ilous parait le plus grand de tous les graveurs français. Parmi ses chefs-d'œuvre, il faut citer les gravures des batailles d'Alexandre , de Lebrun , où il atteint et dépasse le peintre. Gilles Bousselet est également un grand artiste, plus préoccupé de traduire les maîtres italiens que

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ses compatriotes. Voici ensuite J. Pesne, copiste un peu lourd, mais naïf, sincère et expressif du Poussin. Son chef-d'oéuvre est le Testament d'Eudamidas. Nous ne pouvons omettre ni B. Picard, dont le burin, exact et pré.cis, est ferme jusqu'à la sécheresse, ni E. Baudet, ni Duchange, trop incomplet au Louvre, ni les beaux portraits de Robert Nanteuil, ni Ant. Masson, ni J.-B. Poilly, ni les J)revet, encore moins G. Edelinck. Gérard Edelinck est aussi graud qu*Audran, il est au moins aussi célèbre ; mais la calcographie du Louvre ne possède pas les œuvres complètes de cet artiste au burin , si savant , si merveilleux , si coloré et si large en même temps, et d'une élégance qui n'a pas été dépassée. Notre Musée possède deux de ses morceaux les plus vantés : la Famille de Darius aux pieds d'Alexandre, d'après Lebrun , et le portrait de Philippe de Champaigne.

Avec Edelinck nous entrons dans le dix -huitième siècle, le siècle des Lepicié, des Wille, des Le*bas, des Cochin, des Gars, des Surugues, des Tardieu, dont le burin fécond, varié, spirituel et souple, traduisait avec une merveilleuse intelligence les maîtres contemporains.

Un maître éminent, Bervie, dont le Louvre n'offre aucun échantillon, fit révolution dans la gravure. Ses élèves, qui formèrent l'école de l'empire et l'école moderne, abandonnèrent la* voie indépendante et [ibre qu'avaient suivie leurs devanciers, pour se livrer presque exclusivement à un travail systématique, froid et monotone. Par un contraste assez bizarre, dans une époque où le procédé était honni en peinture, le procédé devint le principal but des artistes dans la gravure. Pourtant l'empire nous a légué tiles œuvres fort remarquables ; Boisson et Copia ont admiraMement traduit les dessins de Prud'hon, et la gravure de l'Enlèvement de Psyché, de Mu lier, d'après le même maître, est ull chef-d'œuvre.

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