‹ Guide de l'alphabet du dessin, ou, L'art d'apprendre et d'enseigner les principes rationnels du dessin d'après natureChapitre 89 sur 161 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

heureusement est conforme aux enseignements gradués d'une méthode fondée sur la raison. »

Sans désapprouver l'usage des modèles graphiques, il le limite, en indique, en classe l'emploi et caractérise ainsi ceux qui doivent servir à l'étude :

« Il faut bien défmir ce que l'on entend par modèles graphiques. On doit considérer comme tel tout dessin exécuté en vue d'un progrès précis à faire accomplir aux élèves. Un pareil modèle est comme une leçon écrite, après laquelle un pas notable et prévu à l'avance sera franchi. »

Le maître, qui n'a omis aucun point ni détail, parle en ces termes du dessin de mémoire et en précise la portée :

« Le dessin de mémoire est la sanction de l'observation par les yeux : un objet bien et intelligemment copié ou regardé doit pouvoir être reproduit de souvenir. »

M. Etex parle du dessin de mémoire à un autre point de vue, qu'il est bon de connaître :

« ... Quelques lignes principales saisies sur la nature avec un crayon fixent la mémoire; que, rentrés chez eux, ils prennent une plume, qu'exerçant leur mémoire et leur goût, en même temps que leur adresse, ils passent à l'encre ce qu'ils auront esquissé : de cette manière ils apprendront par eux-mêmes, par leur observation, plus que tous les maîtres réunis ne sauraient leur apprendre. »

C'est encore à M. E. Guillaume que nous empruntons cette affirmation de nos constantes théories sur le dessin i)our tous :

« C'est un devoir d'assurer les principes et de mettre les moyens pratiques au service des intelligences ordinaires et aussi des esprits inspirés, s'il vient à s'en produire. Ces principes et ces moyens sont les mêmes, qu'il s'agisse d'enseignement primaire ou d'enseignement secondaire, d'écoles professionnelles et industrielles ou d'écoles des beaux-arts; car le dessin est un; et pour

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le dessin, on n'est pas plus autorisé à mesurer les premiers éléments en vue des professions ou selon les conditions sociales qu'on ne l'est pour la grammaire, pour les sciences et pour la morale. En cela aussi l'éducation de l'homme du monde, de l'ouvrier et de l'artiste repose sur une base identique et qui doit être commune à tous. »

Pestalozzi, le grand éducateur dont la Suisse s'honore, bien que n'étant pas lui-même artiste ni dessinateur, a si bien compris l'enfance et ce qui peut développer les jeunes intelligences dans toutes les branches de l'enseignement qu'il s'est trouvé amené à émettre des idées aussi neuves que justes sur l'étude du dessin, comme on peut en juger par cet extrait :

« Ce ne sont pas des lignes que la nature donne à Tenfant, elle ne lui donne que des objets, et nous ne devons lui donner les lignes que pour l'aider à bien voir les objets : mais il faut se garder de lui enlever les objets et de ne lui faire voir que des lignes. »

Artiste d'intuition, Pestalozzi. élève de Rousseau, eut comme son maître la nature pour but. et il est une preuve vivante que sur l'enseignement rationnel du dessin le penseur se rencontre avec l'artiste professeur. Nous disons à dessein l'artiste professeur ; car, en effet, pour enseigner un art, il ne suffit pas d'être expert dans cet art. il faut encore savoir le démontrer, le communiquer, et c'est le cas de rappeler les paroles prononcées par un professeur américain, M. Charles Stetson, de Boston, dans un rapport sur l'exposition des beaux-arts de Philadelphie.

M. Stetson, après avoir exposé quelles doivent être, à son avis, les bases de l'enseignement du dessin, émet cette opinion personnelle il laquelle nous nous associons complètement :

« Nul maître, quelle que soit son habileté comme artiste, ne peut donner un bon enseignement, s'il ne possède pas l'art de l'instituteur. »

M. de Laborde. membre de l'Institut, qui a écrit sur l'enseignement des pages d'une donnée neuve et d'une remarqua])le logique, dit aux professeurs, au sujet des méthodes par le calque, dont

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nous avons maintes fois blâmé l'emploi comme moyen d'étude et de traduction, ne l'autorisant strictement qu'au début et seulement comme moyen comparatif des réductions et des mouvements perspectifs :

« Vous saurez lutter contre les procédés rapides, expédients de calques, de gazes, de papiers à carreaux et à dessins successivement plus apparents ; vous chasserez toutes ces puérilités d'une simplicité si compliquée ; vous donnerez aux él«'ves un papier, un crayon et un bon modèle. »

M. de Laborde pense aussi que le dessin doit entrer dans les études des masses, et le caractérise ainsi :

« Le dessin n'est pas un art, le dessin est un genre d'écriture, et avant peu chacun de nous aura un bon ou un mauvais dessin, comme on a une bonne ou une mauvaise écriture; mais il sera honteux de ne pas dessiner, on en rougira comme aujourd'hui on rougit de ne pas savoir écrire.

« L'écriture est une partie du dessin ; l'enseigner seule a été l'erreur

(( Puisque le dessin est une écriture pittoresque et un complément naturel de l'écriture conventionnelle, je puiserais l'étude de ses premiers éléments dans l'écriture, comme l'écriture a puisé les proportions de ses lettres, leur grâce ou leur noblesse, dans les règles du dessin. »

Nous ne connaissions pas encore les écrits de M. le comte de Laborde sur l'enseignement qui nous occupe, lorsque nous fîmes paraître V Alphabet du dessin, et nous avons été sincèrement heureux de retrouver sous la plume du savant auteur l'expression de ce rapport des formes rudimentaires appelées sous le nom de lettres à exprimer V idée avec les formes des objets dont la traduction est exprimée jyar le dessin proprement dit, rapport que nous avions cru nous-mémo pouvoir définir parle titre de notre ouvrage.

Sur le principe que nous avons posé relativement à l'exclusion des instruments graphiques dès le début do l'étude du dessin,

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M. de Laborde nous donne raison, quand il parle ainsi du dessin linéaire, qui seul exige l'emploi rationnel de ces instruments :

« Je proscris le dessin linéaire absolument, en tant qu'élément du dessin, parce que je le crois hostile à Fart, perturbateur des instincts artistes. Du moment oii la règle et le compas entrent dans le dessin, ce n'est plus l'œil et l'esprit qui dirigent la main, c'est le calcul. ))

Il est surtout un point sur lequel nous partageons complètement l'opinion de M. de Laborde : c'est la perspective, au sujet de laf|uelle il résume sa pensée en ces termes :

« La perspective est une de ces inconnues qui nous coudoient à tout instant de la vie, et avec laquelle nous ferions facilement connaissance, si nous la traitions familièrement en camarade, au lieu de voir en elle une science étrangère d'un abord difficile. »

Comme nous l'avons toujours dit. nous croyons très fermement, d'accord avec un grand nombre d'auteurs, qu'il faut faire connaissance tout de suite avec la perspective, de manière à arriver avec elle, selon le langage de M. de Laborde, à la camaraderie la plus intime. Elle effraye plus de loin que de près et, quand on la connaît, on trouve bientôt en elle une compagne aimable de la route artistique, plus encore, un guide sûr duquel on ne saurait se passer.

Le dessin de mémoire, que nous recommandons si souvent, a toutes les sympathies de M. de Laborde, qui le considère à juste titre comme le plus puissant levier pour rintelligence et l'imagination de l'élève :

« Ce sens artiste, tout particulier, ne s'acquiert que par l'habitude de regarder avec la préoccupation d'être obligé de rendre par le dessin ou le modelage ce qu'on a vu; ce sens, c'est le dessin de mémoire, et c'est parce qu'il développe éminemment la faculté du souvenir pittoresque qu'on ne saurait trop le recommander.

« Si, en dessinant, l'élève est averti qu'il aura son modèle à reproduire de mémoire, ce n'est plus sa copie qui le préoccupe, c'est son modèle; il le regarde, non plus pour le copier, mais pour

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