‹ Guide de l'amateur d'insectesChapitre 10 sur 32 · L. Fairmaire · texte numérisé non relu

L. Fairmaire

Ex-Président de la Société Entomolugique de France.

ORTHOm'ÈRES

L'étude de cet ordre semble un peu négligée jusqu'à présent, tandis que celle de plusieurs autres, notamment les Coléoptères elles Lépidoptères, jouissent d'une préférence très-marquée. îl renferme pourtant des insectes qui ne le cèdent guère aux mieux favorisés pour la variété des formes , l'éclat des couleurs , l'attrait que peut offrir l'étude de leur mœurs et l'utilité de son application.

CHASSE

Le filet à faucher est encore ici un ustensile de première nécessité et celui déjà indiqué pour les Goléop-

tères, pnge H, pourra être avangeiisement utilisé; cependant comme la plupart des Orthoptères sont très agiles et obligent à de lougues poursuites pour s'en rendre maître, il est bon que l'on en ait un plus léger à sa disposition, mais pourtant assez solide pour résister à des chocs violents ; celui que nous conseillons nous semble réaliser très-bien ces conditions. Il se compose : 1" d'un cercle en fer rond assez fort, de 30 contim. environ de diamètre, form.é de deux branches réunies par une charnière, l'une d'elles étant munie à son extrémité d'une vis, pourvue à sa base d'un petit empattement, carré qui peut entrer à frottement dans le trou que porte l'extrémité de l'autre branche, de manière à tenir le fdet ouvert lorsque l'on chasse ; 2" d'un manche formé d'une forte tige de roseau, pourvue au bout d'une douille en cuivre, creusée d'un pas de vis au moyen duquel on unit solidement le cercle au manche; S"" d'un profond sac en toile légère, ou de tulle ayant une coulisse destinée à recevoir le cercle de fer.

Parmi les ustensiles pouvant servir à la capture des Orthoptères, nous citerons encore la pince et l'écorçoir dont les usages sont déjà indiqués, pages 20 et 21 ; le parapluie p. 17 destiné à recevoir les espèces peu agiles que l'on fait tomber en battant les arbres, les buissons, etc.

Tous les Orthoptères d'Europe sont terrestres. Les époques de l'année où il convient de rechercher la grande majorité des espèces qui habitent les environs de Paris, sont l'élc et l'automne. L'amateur, s'il veut

faire des chasses fructueuses, devra braver l'ardeur du

soleil, caria plupart de ceux de ces insectes qui luibiteiit notre climat aiment cminemeut la grande chaleur.

Les Orthoptères sont peu nombreux en espèces ; le nombre de ceux qui ont été trouvés jusqu'à ce jour aux environs de Paris, peut être évalué à environ une soixantaine. Parmi les espèces les plus rares de la faune parisienne, nous nous contenterons de citer les suivantes :

Mantis relîgiosa Lin. à Fontainebleau, au mois de septembre.

Œcanthus pellucens Scop. trouvé une fois à l'état parfait, vers la fin de l'été, aux environs de Saint- Germain-eu-Laye.

Mtjrmecophila acervorum Panz. petit Oithoptère excessivement rare en France, trouvé une seule fois par JL Audouin dans une fourmilière, en août 1835, près du bois de Sèvres.

Lociisfa mandibularis Charp. {Conocephaliis mandibularis), se trouve dans les prairies tourbeuses d'itteville au mois d'août.

Les Slenoboihrus nigromaculaUis Herr. Schœff. HœmorrJioïdalis Chirp. et Petrœus Brisout. se plaisent sur les coteaux arides de Lardy, aux mois d'août et de septembre. Le Stenobothrus binotalus Charp. aux friches d'Aigremont, aux même époques.

Epacromia Ihala&sina Fab. se trouve à Fontainebleau aux mois d'août et septembre.

Pachyti/lus ni'jrofasciatus Latr. trouve aussi à Fontainebleau au mois d'août et au Yésinet en juillet.

Le Tetrix depressa Brisout. Espèce méridionale, indiquée de Fontainebleau, d'après l'anciemie collection de M. Serville, n'a pas été retrouvée à la localité citée. De nouvelles recherches sont nécessaires pour établir que cette espèce appartient réellement à la faune des environs de Paris.

Lorsqu'on s'est emparé d"un Orthoptère, et en particulier d'un Orthoptère sauteur, il faut toujours le faire entrer dans le flacon ou tube la tète la première. Sans cette précaution, l'on risquerait d'en perdre souvent, l'insecte pouvant s'élancer au dehors au lieu de se précipiter à l'intérieur, il est utile d'éviter, autant que possible, de mettre des Acridites avec des Locusiides et îles Grillides vivants ; ces derniers mordent beaucoup et détruisent en peu de temps tout ce qui les entoure. Pour celte même raison, et aussi à cause desefforts qu'elles font pour sortir de leur prison, on doit séparer les grandes espèces d'avec les petites qui, sans cela, seraient promptemeut abîmées. On peut faire la même recommandation à l'égard des grosses espèces d'Acridites qui pourraient, en se débattant, gâter les petites, si on les mettait ensemble dans le flacon. Cependant on peut placer ensemble des Orthoptères de dilférentes familles et de différentes grosseurs, en ayant soin d'isoler chaque individu en l'eulourant avec du papier bien souple et non collé.

On peut, sans inconvénient, comme pour les Coléoptères, page 38, jeter les Forficules, les Blattes et

les Grillons dans de l'alcool, mais ce liquide altère en général les couleurs des Acridites -, aussi son emploi doit-il être rejeté si l'on veut ensuite dessécher ces insectes. Nous eu dirons autant.de l'éther-, ces deux su!)stances ont, en outre, l'inconvénient de rubéfier beaucoup d'Orthoptères sauteurs ; l'action de la chaleur produit le môme effet. Les liquides qui conviennent le mieux pour tuer promplement les Orthoptères, sont la benzine et le chloroforme. Voici de quelle manière il convient de procéder : dans des tubes ou des flacons de différentes grandeurs on met une certaine quantité de sciure de bois, suivant leur capacité, et l'on y verse une dose de benzine ou de chloroforme que l'on mélange bien avec la sciure, telle qu'elle puisse donner rapidement la mort aux insecles, sans être assez forte cependant pour les altérer ni dans leurs formes ni dans leurs couleurs. Le chloroforme étant une substance plus énergique que la benzine, la quantité qu'il faut en employer pour arriver au môme résultat est à proportion moindre.

Ces deux liquides ont bien aussi, comme l'éther et certaines essences, l'inconvénient de rubéfier la plupart des Orlhoptèrcs ; mais moins cependant, parce qu'on n'est pas obligé de les employer en aussi grande quantité, et qu'à dose moiudre ils fout mourir plus rapidement. Par une mort promple on prévient le désagrément que présenlenl les Oi'lhoptères sauteurs de se désarticuler très-facilement les pattes postérieures; tous sont d'ailleurs plus ou moins fragiles et très-susceptibles de perdre quelques-unes de leurs pattes, les antennes

d'un grand nombre d'entre eux sont aussi très-exposées à se rompre.

En voyage on peut faire très-avantageusement usage de labenzine, non-seulement pour tuer les Orthoptères, mais encore pour les conserver jusqu'à son retour. Il suffit, pour arriver k ce résultat, de remplir des tubes ou des flacons bouchant bien, avec de la sciure de bois imbibée de benzine, dans laquelle on place les insectes en ayant soin toutefois d'ajouter de temps en temps un peu de benzine, à mesure qu'on s'aperçoit qu'elle s'évapore, c'est ainsi que nous avons vu rapporter des Basses-Alpes et des Pyrénées, un certain nombre d'Orthoptères dans un état de conservation très-satisfaisant.

Si l'on s'est servi de chloroforme, il est bon, au retour de la chasse, de laisser ses insectes quelque temps ù, l'air pour qu'ils reprennent leur souplesse, le chloroforme ayant la propriété de les raidir et les rendre plus ou moins cassants, propriété dont on combat ainsi les etfets.

La dessiccation des Orthoptères est une opération qu'il est un peu diiïicile de mener à bonne fin, surtout pour les grosses espèces qui tourncni facilement au gras. Afin d'éviter cet inconvéneint, et aussi pour conserveries couleurs, des entomologistes ont recommandé de vider ces insectes et de les bourer ensuite avec du coton. Cette opération donne en effet des résultats très-satisfaisant lorsqu'elle réussit, mais elle est délicate et demande une certaine dextérité pour être pratiquée avantageusement. Un des meilleurs moyens pour

dessécher les Orthoptères, est de les mettre dans la sciure de bois très-sèche, dans laquelle on a préalablement verse une piiiite quantité d'essence de thym ou de lavande. On peut employer indistinctement pour cet usage des boites en fer- blanc, en bois, en carlon, ou des flacons à large ouverture, ou bien encore de grands tubes en verre, fermés avec des bouclions de liège. Il faut avoir soin de ne pas mettre trop d'insectes ensemble, de façon que la quantité de sciure de bois qu'on em.ploie soit suffisante pour amener la dessiccation.

Les Orthoptères peuvent être piqués soit avant d'être sèches, soit après, ou encore avant que leur dessiccation soit complète; s'il sont entièrement secs, il faudra les faire ramolUr sur du sable mouille, comme il est dit page 43, afin qu'ils ne se brisent pas entre les doigts ou qu'ils ne perdent pas quelques-unes de leurs parties en les piquant. Pour les sécher de nouveau, après avoir été ramollis, on use du procédé ordinaire, qui consiste à les laisser à l'air libre. îl fout, dans tous les cas, lorsqu'on les fait sécher défmitivemient, maintenir les pattes et les antennes dans la position qu'on veut leur conserver. Pour les Forficules et les Blattes, nous recommandons d'attendre, pour les piquer, qu'ils soient dt\jà au moins à nioité secs, afin d'éviter la séparation de's anneaux du corps, ce qui arrive souvent.

Les Blattes, les Mantes et les Orthoptères sauteurs, doivent être piqués (icrrièrc le corselet do manière à percer en dessous le milieu de la poitrine. Cliez les espèces oîi le corselet se prolonge beaucoup en arrière

comme chez les Telrix, on ne peut faire autrement que (le les piquer sur le corselet même. 11 n'y a qu'un peli nombre d'espèces qu'on est obligé de coller à cause de la petitesse de leur taille.

Pour bien voir les ailes des Orthoptères, il est nécessaire de les déployer et de les étaler, on se sert pour cela d'étaloirs pareils à ceux en usage pour les Lépidoptères elles procédés sont à peu près les mêmes; pourtant il faut ici des rainures relativement plus larges et plus profondes, à cause des jambes postérieures Irès-développées.

La conservation des Orthoptères n'offre pas de difficulté sérieuse et nous pouvons renvoyer aux procédés déjà indiqués pour les Coléoptères et ceux qui le seront pour les autres ordres. Pour faire disparaître la moisissure, ou emploie très- efficacement l'éther ou l'alcool, tenant en dissolution une très-légère fraction de sublimé. Les moyens préservatifs tels que le camphre, les essences, peuvent servir à protéger une collection tant qu'elle n'est pas sérieusement attaquée, mais ils deviennent insutîisants si les insectes destructeurs ont dt'ji'i commencé à exercer leurs ravages. 11 faut alors avoir recours à des moyens plus énergiques, l'emploi delà benzine eu évaporatiou d ns les boites, soit imbibée sur une petite éponge, ou un tampon tenu en suspension à l'extrémité d'une grande épingle, soit versée sur une des parois intérieures de la boite ou

cadre et renouvelée à quelques jours d'intervalle, sufiVt généralement à la préserver pour un temps assez long ; mais si pour toute la collection on a le temps d'appliquer le procédé de M. de Selys , indiqué au chapitre : Conservation des NévroptèreSy nous pensons qu'il doit être efficace.

Une condition qui contribue beaucoup à la conservation des collections entomologiques en général, c'est qu'elles soient contenues dans des boites bien closes et renfermées dans un local bien sec et avoir soin de surveiller de temps en temps les boites qui renferment des insectes, pour arrêter dès leur origine les premiers germes de destruction, qui feraient sans cela des progrès rapides.

Louis Brisout de Barneville.

HEMIl^TERES

(Rhyngotes Fabricius).

Groupe des insectes munis d'un bec articulé contenant des soies internes et ayant des métamorphoses incomplètes.

Dans la structure des Élytres, ils présentent assez de différence, pour pouvoir facilement être divisés en deux

sections ou sous-ordres que l'on appelle Hémiptères Hétéropières et Homoplères.

Les premiers se faisant remarquer par des Élytres qui paraissent formées de il parties, l'une basilaire coriacéo l'autre apicale membraneuse ; les seconds offrant au contraire une surface égale et le plus souvent membraneuse.

Nous allons indiquer les meilleurs moyens de pouvoir chasser, récolter et conserver les insectes qui composent cet ordre.

DES i:^'§TIlL'nE]\^TS.

Comme pour les Coléoptères, il est nécessaire d'avoir deux fiiets, c'est-à-dire, un pour faucher, un pour pêcher, et comme ils n'offrent rien de particulier, nous renverrons au chapitre qui traite des Coléoptères, p. 14, Nous en dirons autant de l'écorçoir, du parapluie et du tamis, qui peuvent servir ici. Mais nous attirerons l'attention suT\a.na2}pe, dont l'emploi est des plus favorables à la chasse des Hémiptères, nous la prenons assez grande et d'environ deux mètres sur toute face. C'est avec elle que nous prenons les espèces les plus intéressantes et une fois le gros d'une collection formé, ou peut se passer des autres instruments, mais jamais de la nappe avec laquelle nous récoltons la majeure partie des Homoptères, les Cixius, les Delphax, les Acocepha" lus, les, Jassiis et les Typhlocyha. Pour toute cette famille il faut être leste et avoir toujours tout prêt : d'une main, un flacon muni de papier et de sciure, et de l'autrq un

tube destiné à faire monter, sauter, ou tomber dedans, les insectes qui sont sur la nappe ou bien dans le filet ; une fois l'insecte dedans, on le renverse dans le flacon un peu élhéré. Pour réussir avec la nappe, on rétend par terre au milieu d'une clairière, entourée d'herbes hautes ou d'arbres ou d'arbustes et l'on bat les uns et les autres avec une branche ou le filet et en se promenant tout autour. De celte nianièrc les lïomoplères, qui presque tous sont éminemment sauteurs, voltigent ou sautent dessus, et l'on n'a plus qu'à s'asseoir à son aise pour récolter ce qu'il y a dessus. Soit que l'on emploie la nappe ou le filet, et pour celui-ci, nous engageons, vu la fragilité des captures, de ne donner qu'un seul coup, deux au plus, puis examiner le fond de la poche ; nous ne saurions trop recommander de ne jamais employer le doigt mouillé , car ainsi vous abîmeriez sans remède vos captifs. C'est extraordinaire la quantité d'espèces, que presque sans fatigue, on peut, récolter ainsi et sans les abîmer; la nappe peut encore servir à verser dessus le contenu du filet.

Nous recommanderons d'emporter avec soi papier et crayon pour noter des observations, et tubes pour mettre les espèces rares; ainsi pour les i4^/«s, nous conseillerons de les nsettre dans un cornet ou dans un tube (chaque espèce séparée), en écrivant dessus le nom de la plante. Plus loin nous verrons la manière dont nous conseillons de les conserver.

De plus, pour compléter le bagage entomologique, il est nécessaire d'avoir des pinces très-fines et un flacon d'élher ou de benzine, eu outre ua flacon de rechange

et des tubes bouchés, ainsi que deux de grandeurs différentes poiu' y faire sauter les llomoptères ou faire tomber dedans lesHétéroptères, tels que hsCapiiles qu'on ne peut toucher sans leur eiilever un membre. Enfln un dernier moyen, facile pour les fumeurs, est l'emploi de la fumée de tabac, pour forcer un grand nombre d'espèces à sortir de leur cachette -, on prend ainsi des espèces très-rares, et les coiéoptéristes en tireront aussi très-grand parti. Pour les Hémiptères, ce moyen est très-bon pour trouver parmi les herbes un grand nombre de petites espèces qui sont fixées aux tiges et qu'on ne peut voir; nous avons pris ainsi un grand nombre de Tingis, de'^Paropia, elc, invisibles dans la poussière et que l'odeur de la fumée faisait fuir. Nous ferons donc entrer la pipe au nombre des instruments dont un bon chasseur doit être muni.

DE LA CDASSE.

Quel est le moment, quand peut-on, ou quand doiton chasser? On peut répondre : Toujours; mais s'il est vrai qu'il y ait toujours à trouver, cependant il est bon d'ajouter que ce n'est guère que pendant les mois de juin, juillet, août et septembre qu'il convient de chasser. Mais justifiant notre première réponse, toujours, nous dirons que pendant les froids, les pluies ou la rosée l'on peut encore chasser. Si le filet ne peut s'employer, on a l'écorçoir pour chercher sous les écorccs et la fumée de tabac pour faire sortir de leur retraite, les espèces qui

- oi —

hivernonl dnns les moup^^es, sous les délrilus ol dons k'S fagots.

Les espèces les plus communes peuvent sans contredit se prendre sans beaucoup de mal ni de recherches, à coups de filet ou avec la nappe, mais il y a quantité d'espèces que Ton ne pren'l qu'en les cherchant des yeux. Or ce sont sans contredit les meilleurs instruments pour la chasse, mais encore faut-il savoir où la faire? Ici encore un mot vient répondre : Partout; ainsi, en hiver^^ous pourrez, sous les mousses, prendre des llngis, des Paropia et des Jassites, ainsi que dans lesanfractuosités des écorces, des feuilles contournées, des Xylocoris, dans les fagots , des PacJujmervs, etc. ; mais nous le répétons, à moins d'y être forcé, c'est-àdire de n'avoir de hure que cette saison, il vaut mieux attendre l'été, car on prendra alors toutes les espèces que l'on trouve dans le trimestre d'hiver; mais c'est principalement à l'arrièrc-saison, septembre et octobre, époque à laquelle les Hémiptères complètent leurs mélamorphoses, que Ton prend le plus d'espèces dans nos climats. Cependant, dans le mois de mars, nous engageons i'hémiplérisle à ne pas oubUer la chasse dans les fourmillières, car plus tard il n'y trouverait plus rien, elle se fait comme pour les Coléoptères, page 23.

C'est surtout pendant l'été que la nappe fournira le plus d'espèces. On prendra ainsi quantité de Cixius, de DelpJiax, m.ais tous ces moyens, nous le répétons, feront récolter des espèces qui veulent bien venir tomber sous les doigts ; pour d'autres, il faut chercher plu^

minutieusement, et c'est à plnt ventre dans les herbes, dans les sablières, que l'on trouvera les espèces rares. C'est de la sorte, en remuant avec les doigts chaque brin d'herbe que l'on ivouyera V Eupelix cuspidata, le Dorydium Janceolatum. Cette dernière surtout, originaire de Sicile, et que nous avons prise dans inie sablière à Bourray, près Paris; dans les champs de blé et après le chaume, et surtout dans les champs de millet, dans le Midi, les Tettigomètres ; au bord de la mer, dans les soudes, VAnraca crassicornis ; dans les endroits humides et sablonneux, VAsiraca claviaornis,\e

Caloscellis Bonellii\ sous le thym sylvestre, lejParo^?a scanica, hï^Vlopa obiecta ei'ttivia ; en enlevant par plaques les thyms et les mousses, et enfumant ensuite la partie dénudée, l'on a bientôt fait une ample récolte. Dans les touffes d'herbes, en enfumant aussi la touflfe, vous faites le plus, souvent sortir des Attysanus; à Bourray, sous les thyms, nous recommandons encore une charmante espèce, inédite, un joli Capsus, trèsvoisin du Triguttatus Lin., et qui en diffère par l'absence de la tache du cubitus, espèce que je proposerai d'appeler Thymi^ et qui est d'un beau noir, brillant sur la tête, le prothorax etl'écusson, velouté sur les élytres, avec une fascie blanche au sommet et à la base de celles-ci.

Toutes les fois qu'il y aura un accident de terrain, des buttes, des sillons ou des ados, mais anciens, nous conseillerons d'y chercher avec attention sur le côté le mieux exposé et le plus échauffé par le soleil; c'est ainsi que je prends dans le Midi, comme dans les environs û'e

Paris, au Vésiaet et à Bourray, les Ophtalmicus, les Neides. Au bord de la mer, dans les parties excavées, au contraire, bien abritées, nous prenions en assez grand nombre Y Henestaris Spinolx. Dans les endroits sablonneux et humides, il est incroyable ce que l'on peut prendre de bonnes espèces, mais il faut chercher avec attention en remuant avec les doigts et un à un pour ainsi dire chaque brindille d'herbe ; dans les espèces rares, il y en a plusieurs à prendre sur les plantes. 11 ne faut pas négliger aussi l'inspection de certaines difformités ou monstruosités que l'on peut rencontrer sur les tleurs ou feuilles, et même sur les branches, ainsi : On prendra sur les festuques , à Bourray, dans les sablières et dans d'autres endroits analogues bien probablement, le Donjdium lanceolatiim, sur l'Ononis arvensis le Metacanthiis punctipes, ainsi que le Cyllocoris aimulatus^suv certaines Graminées le MicropvsSpinolŒy nouvelle espèce que j'ai trouvée en grand nombre à la station de Conflans, forêt de Saint-Germain, le long du chemin de fer. Au bord de la mer, nous prenions en grand nombre le Micropvs sabuleti Fallen., qui se prend probablement dans les mêmes conditions en Italie ; sur les Teucrium le Laccometopus clavico7'7iis Lin., qui fait avorter la fleur et eu forme une cupule dans laquelle les larves vivent en famille; sur les Carduacées une grande quantité de Timjis ; sur les feuilles et tiges d'un grand nombre d'arbres fruitiers on en trouvera également, ainsi : sous les feuilles des poiriers en espalier, on prendra en quantité prodigieuse, suivant les localités, le joli TyiKjis pyri^ véritable fléau des poiriers.

Les feuilles conloiirnces cachent généralement des Xylocoris. Au bord des eaux, on prendra plusieurs petites espèces intérv'ssantcs, YHydroessa pygmxa et VHébnis piisilhts] dans le Midi, le Pelogomis marrjinatvs et des Solda dont ies espèces varient suivant les localités. Au bord des cours d'eau caillouleux, dans le Midi, nous recommandons le Chryptosemma aliemim, insecte très-agile, s'envolant avec une grande promptitude et qui se tient sur les cailloux au bord de l'eau même. Un autre genre dont la caplure est plus difficile encore, se trouve dans les mêmes localilés, nous voulons parler des Leptopns qui voltigent sur les pierres. Ce n'est guère que le soir que l'on peut les prendre, alors que l'ardeur du soleil est tombée, pendant le mois de septembre. Dans les endroits où il y a des flaques d'eau qui sèchent en été et qui sont recouvertes d'une espèce de couche licrbacée, on trouve dessous, en les enlevant, la Lichenobia Mi'lsanti, insecte également très-vif et qui fuit entre les doigts.

Dans les eaux, on prendra avec des fdets à pêcher toutes les Hydrocorises, et dessus les Gerrides et les Velides.

Nous attirerons l'attention re l'entomologiste hémiplériste sur les fourmis dont la marche nous conduira presque toujours à une capture : c'est ainsi que nous avons récolté le Lnchmis quercv.s, Aphis remarquable par la longueur de sou bec, trois à quatre fois plus grand que l'insecte, et qui était logé d'uue manière introuvable, sous les anfractuosités des écorces; presque toujours le temps sera utilement employé à

les suivre sur les branches, les arbres et les feuilles, et les plantes basses, comme dans les racines; vous trouverez toujours en les suivant, ou un Aphis, ou un Kermès^ ou une Cochenille.

Les Aphis forment quelquefois des excroissances vraiment extraordinaires, aussi avons nous déjà dit de ne négliger aucune monstruosité ou difformité des plantes; ainsi l'excroissance de l'orme renferme le Tetraneura iilmi; celle du pédoncule de la feuille de peuplier le Pemphigus bursariits, et celle si remarquable en forme de rein du Pistachier, le Pemphigus Pisiaciœ Lin. Les Aphis sont communs et se trouvent partout, mêmedans les racines de certaines graminées et de certaines plantes.

La chasse la plus difficile est celle qui a pour but de se procurer les cf des Kermès et des Cochenilles, et pour ce chapitre, nous ne pouvons malheureusement rien indiquer de précis ; c'est le plus souvent le hasard qui fait tomber dessus. Cependant, à l'égard de ceux vivant dans les serres, je pense qu'on pourrait s'en procurer un certain nombre en chassant la nuit, au moyen d'une lanterne, tous les insectes en général étant attirés par la lumière, mais l'occasion ne s'est pas présentée pour nous d'en faire l'expérience.

Cependant, pour VAspidiotus Lawi, on pourra se le procurer en grand nombre au m.ois de juillet, en enlevant avec précaution, avec une aiguille, des plaques blanchâtres qui se remarquent quelquefois en trèsgrande quantité sous les feuilles du laurier-rose. Pouv celui du rosier, en faisant de même des plaques qui se

trouvent sur la tige. Mais pour les o^ tîes Lecaniimi et des Cochenilles en particulier, c'est le hasard qui les fera trouver pendant les fortes chaleurs de l'été, mais plutôt avant midi ou le soir. Nous couseiiierons donc une grande attention autour des arbres où l'on remarque des femelles. Sous les mousses, où il y a un grand nombre ù'Ortlwsia, on pourra quelquefois récolter des ç^. Quant aux femelles, la chasse eu est facile, peu d'espèces étant ambulantes et la plupart étant fixées parle rostre à l'écorce des plantes où on les voit facilement. La meilleure manière de les recueiUir est d'enlever l'écorce avec un couteau et de les coiiserverainsi en collection. Pour le genre Porphyropliora, dont la femelle vit à la racine des plantes et qui se promène, nous l'avons trouvée sous les sables des dunes de Saint-Quentin, où sa présence attira bientôt une infuiité de cf qui se sont laissé prendre facilement. Il ne faut donc pas négliger d'examiner les racines, et pour ces espèces et pour les Aphis qui peuvent s'y fixer. Après avoir attiré l'attention du chasseur sur les divers moyens à employer pour collectionner, nous allons lui parler un instant du meilleur mode à employer pour conserver.

DE t^^ C©]^*JEK':-^ATIO]^.

Pour conserver une chasse, il faut, aussitôt rentré, s'occuper de débrouiller les espèces, de les séparer et de les piquer, ou de les coller, suivant leur grandeur; en supposant qu'on ne puisse le faire de suite, il convient pourtant de sortir les insectes des tubes ou des flacons

dans lesquels ils sont, après les avoir complètement tués soit par l'éther, soit par la chaleur, ce dernier moyen t étant de beaucoup préférable ; car quelquefois par l'é- i ther ils ne sont qu'ancsthésiés, et au bout de quelque ; ^ temps ils recommencent à remuer un membre, puis * * l'autre et bientôt à marcher, et alors ils peuvent s'abi- S^ mer. Nous conseillons donc de les chauffer légèrement ^, ; dans un tube à peine bouché ; puis, l'opération ter- - minée, on débouche et on laisse refroidir complètement, ""^ puis ensuite on le remplit de sciure bien sèche, onf|' le bouche, et dans cet état on peut le conserver indéfiniment, /s/

Lorsqu'on aura le temps, on pourra reprendre ses chasses que l'on fait ramollir, pour les piquer ou les coller. Pour les ramollir, on les verse sur une carte que l'on met au-dessus de sable mouillé contenu dans une soupière. Un autre moyen, qui nous a parfaitement réussi, consiste à mettre chaque fois, pendant une chasse de plusieurs jours, les insectes récoltés et tués dans un flacon renfermant de la feuille de laurier-cerise hachée assez grosse. Ce moyen a l'avantage de les conserver à l'état flexible et de permettre, aussitôt qu'on a un instant de libre, de pouvoir les arranger. Nous avons encore aujourd'hui, après quatre ans, plusieurs llacons dans lesquels nous conservons des doubles depuis ce temps. Ce moyen, qui n'est pas du reste de notre invention, nous a été communiqué par M. Wollaston de Londres, qui a rapporté ainsi toutes ses chasses de Madère. Dans une excursion de plusieurs jours, si l'on peut occuper ses soirées à coller ou à pi-

quer, alors nous conseillerons pour cela, afin de ménager la place, de coller les petits insectes sur des bandes de caries, sans les couper un à un, et de piquer plusieurs cartes à la môme épingle, en les appliquant l'une sur l'autre et les maintenant par une autre épin gle à chaque extrémité. Par ce moyen, on écoiiomise singulièrement la place , et arrivé chez soi, l'on n'a plus qu'à couper les cartes et à piquer chaque morceau avec une épingle. Pour mon compte, je préfère rapporter mes chasses à la maison pour les arranger à mon aise.

Pour la conservation définitive en collection, il faut ou coller ou piquer ; j'en ajouterai une troisième pour les Aphis, Kermès et Cochenilles, la conservation dans l'alcool affaibli ; car il est de toute impossibilité de leur conserver une forme sans cela. Aussi conseillons-nous, pour ces espèces, d'être pourvu de petits tubes tout prêts à recevoir la capture aussitôt prise, et en mettant le nom de la plante sur une étiquette collée d'avance. Il sera certainement plus aisé d'étudier ces insectes dans un liquide quel qu'il soit, que lorsque, collés ou piqués, ils seront desséchés et raccornis; pour moi, dans cet état, ils sont bons à jeter, puisqu'ils ne peuvent servir qu'à rappeler un nom. En rangeant ces petits tubes par ordre dans un cartop, cela ne sera pas plus désagréable à la vue, et je ne vois rien qui s'oppose à ce mode de préparation.

Le piquage se fait en général sur l'clytrc gauche comme pour les Coîéop'ères ; poumons, nous préférons l'écusson : c'est la pièce <}ui offre le plus de résistance et

qui s'abîme le moins. De plus, comme il est quelquefois ulile de voir le dos de l'insecte, on ne peut pas le faire lorsqu'une élytre est retenue par l'épingle. Il serait peutêtre préférable de piquer l'épingle à la base du prothorax, un peu au-dessus de l'écusson, car dans les Hémiptères, dont les parties sont juxtaposées, la partie antérieure, c'est-à-dire le prothorax et la tète, se détache avec une très-grande facilité, et elle serait retenue ainsi au reste du corps.

Nous collons sur carton, d'autres préfèrent le mica ; quoi qu'il en soit, nous ne laissons déborder aucune partie de l'insecte, afin de le mettre mieux à l'abri de tout accident, le plus petit choc enlevant à celui-ci une antenne, à celui-là une patte. Quand on a plusieurs exemplaires, on fera bien d'en, coller un sur le dos et un sur l'abdomen de chacun des sexes, afin de pouvoir étudier les différences sexuelles.

Nous employons pour coller une dissolution de gomme dans laquelle nous ajoutons un peu de sucre ou de miel pour la rendre moins cassante, et un peu de calomel pour l'empêcher de se moisir. Quelques personnes poussent l'exagération jusqu'à piquer toutes les espèces, même les Lecanium cf , et pour cela, on emploie un fil de fer, d'argent ou de platine ; et dans ce cas, le fond de la boite doit contenir un morceau de moelle de sureau, partout où il est nécessaire de piquer. Pour nous, nous préférons l'excès contraire ; car en piquant, nous abîmons toujours, tandis qu'en collant, jamais.

Quant à l'esprit-de-vin comme moyen de conserva-

tion, le mélange suivant nous a paru un des plus convenables.

Alcool à 25 degrés. . . 150 grammes.

Eau 200 —

Sublime 1 —

Ce mélange peut servira mettre les Coléoptères pendant la chasse, mais non les Hémiptères qui tous, excepté ceux cités plas haut, s'abîmeraient par ce moyen, et pour ceux-ci en chasse, il faut de toute nécessité les mettre dans un flacon sec rempli de papier enroulé, et par précaution pour enlever l'humidité occasionnée par l'éther et les insectes eux-mêmes, on y met une certaine quantité de sciure de bois blanc, bien lavée et bien sécliée. Pour la préparer, on prend la sciure qu'on tamise d'abord à un tamis, pour enlever le plus gros que vous rejetez, puis à un tamis mnins gros par où passe le plus fin que vous rejetez également pour ne prendre que la portion qui reste sur ce second tamis. Vous la lavez d'abord à grande eau, puis à l'esjirit de vin, ce qui la débarasse de toutes les portions solubles qui pourraient par l'humidité salir les insectes, puis vous la faites bien sécher. Elle est alors dans l'état le plus satisfaisant.

Les Hémiptères sont en général abandonnés par ceux qui s'occupent d'histoire naturelle, et bien à tort, car aucun ordre ne présente plus de variétés de formes. A quoi tient cet abaiidon ? C'est ce que l'on ne pourrait dire et il est réellement à regretter que tous ceux qui veulent s'occuper d'entomologie s'adonnent

exclusivement ou aux Coléoptères ou aux Lcpîdoplères.

Nous ne pouvons penser que ce soit répulsion, car s'il est vrai que quelques espô.;es, et c'est le plus petit nombre, exhalent une odeur désagréable, il est aussi vrai de dire qu'elle ne persiste pas après la mort, et que nous ne voyous pas qu'elle soit plus désagréable que celle que répandent un grand nombre de Carabiques, de Melasoraes et de Coccinelles.

Peut-être y aurait-il un motif plus sérieux, qui serait le manque de collections pour se guider, ou le manque d'ouvrages pour se renseigner. Il est vrai que pour les premières, elles sont peu nombreuses, cependaut en cherchant un peu on trouverait encore.

Quant aux seconds, ils ne manquent pas, et le jeune étudiant en aura tout autant qu'il lui en faudra, et s'il ne trouve pas tout réuni dans un même ouvrage, du moins il trouvera toutes les familles traitées par des auteurs sérieux.

Comme ouvrage pour les Hémiptères européens, nous trouvons Panzer, Germar, Herrich, SchœlTer, Curtis, Walberg, Gorski, Âmyot. Ce dernier, quoique ayant une manière de voir particulière, donne cependant avec sa classification mononymique, une sjnonymie qui permet toujours de s'y reconnaître. Dans les ouvrages généraux, nous trouvons Olivier et Lepelletier de Saiut-Fargeau, dans l'Encyclopédie méthodique j Burmcister, Ilahn et 11. Schœffcr ; Laporte de Castelnau, Blanchard, Spinola; Guérin Meneville, dans l'Iconographie du lègue animai; Amyot cl Ser-

ville, Suites àBuffon; Spinola, Tableau synoptique;' Costa, Ins. d'Italie; et les (Catalogues du Brilhish Muséum, Dallas pour les Hétéroplères, et Walker pour les Homoptères. M. Mulsant s'occupe activement de la Vau7ie des hémiptères de France, dont les deux premiers volumes sont déjà parus et en vente chez l'éditeur de ce Guide. Enfin plusieurs familles ont eu leurs historiensparticuliers. Burmeister,Genera pour les Homoptères ; Spinola, Études des Fulgorelles ; Germar pour les Cigales, dans les Archives de Thon ; le même, dans le Magasin d'Entomologie, volume IV, pour les divers genres d'Homoptères. Fairmaire pour les Membracides, dans les Annales de la Société entom.; nousmême sur les Tetligonides ; Kirschbaum sur les Athysanus, etc. Pour les Aphides, Kaltenbach et Koch ; pour les Hétéroptères, Fieber qui a parcouru plusieurs genres, entre autres les Corixes et les Tingis ; Meyer Dur et Kirschbaum sur les Capsites, et enfin un assez grand nombre de Faunes locales moins importantes, mais dans lesquelles nous trouvons bon nombre d'espèces nouvelles. Humboldt et Bonpîamd, Palisot de Beauvois, Th. Say, Ilemprich et Ehrenberg, Brullé, Boisduval, Guérin, Boheman, Stâl, etc., etc., et enfin je finirai par les auteurs indispensables, ceux par qui j'aurais dû commencer : Linné et Fabricius. Je n'ai eu ici en vue que de faire voir en courant et grosso modo, que cet ordre a été traité par beaucoup d'auteurs, et que ce n'est pas le manque de travaux qui doit arrêter l'essor de l'hémiplériste. Une fois entré dans la lice, il trouvera des devanciers qui le mettront à même de

marcher avec autant d'ardeur qu'il est possible, et si les collections ne sont pas nombreuses, si surtout celles publiques qui devraient être à la tète sont au contraire à l'échelon opposé et font défaut, il en trouvera de particulières qui lui viendront en aide, et avec le temps, il finira par en posséder une qui à son tour deviendra l'exemple et le modèle des autres.

D"" Victor SiGNORET,

Membre de plusieurs sociétés savantes, Ex-Président de la Société entoraologique de France.

NEVROPTÈRES

N'ayant pas à discuter ici les questions de classification qui ont été soulevées à propos de l'ordre des Névroptères, nous le prenons tel que l'a constitué Latreille, et tel qu'il est présenté dans l'ouvrage de M. le docteur Rambur (1), le meilleur et le plus complet que nous possédions encore sur ces insectes. ÎVous prévenons cependant que, selon les vues de MM. Érichson et de Siebold, les Odonates, les Termitides, les Pso-

fl) nistoire naturelle dps Insectes Névmplérfs, 1 vnl. in -S", faisant partie des Suites a Buflon. Roret, 1842.

cides, les Perlides et les Éphémérides, ayant des métamorphoses incomplètes, et la lèvre divisée, devaient être annexées aux Orthoptères.

Le nombre des amateurs de Névroptères est fort restreint, quoique ces insectes soient remarquables à beaucoup d'égards par leurs dimensions, leurs formes variées et la grande diversité d'organisation et de mœurs qu'offrent les différentes familles.

Un attrait de plus, qui devrait décider à collectionner davantage les Névroptères, c'est la chance de rencontrer beaucoup de nouveautés, dans un champ très-vaste et qui n'a été que peu cultivé.

Nous ne pouvons nous expliquer cette abstention presque générale des entomologistes, que par deux motifs sérieux : le manque de travaux descriptifs qui permettent de reconnaître les espèces, dans des familles où il y en a tant d'inédites, et la difficulté de préparer et de conserver les Névroptères.

Nous avons contribué autant qu'il dépendait de nous à résoudre la première de ces difficultés, par la publication successive de plusieurs Monographies sur l'ancienne famille des LibelluUnes de Latreille, soit seul, soit avec la collaboration de M. le docteur H. A. Hagen, de Kœnigsberg. Ce dernier s'est récemment occupé des Termitides et des Phryganides. On possède encore, pour ne citer que les travaux récents, ceux de M. Pictet, sur les Phryganides, les Perlides et les Éphémérides ; de M. Schûmel, sur les Raphidides ; de M. Schneider, sur' les Crysopa; de MM. Klug et Weswood, sur les Némoptérides, et en sus de l'ouvrage de

M. Rambur, cité plus haut, le Manuel entomologique (le M. le professeur Bnrmei.sler (1).

Quant à la dilTicullé de préparer et de conserver les Névroptères, nous espérons prouver par les indications que nous fournirons tout à l'heure, qu'elle n'est pas plus grande que pour tout autre ordre d'insectes, les Coléoptères exceptés.

Nous commencerons par quelques indications trèscourtes sur la manière de chasser et de recueillir les Névroptères, en citant rapidement les différentes familles que l'on a rassemblées sous ce nom.

En général, la chasse aux Névroptères n'offre rien de particulier, la plupart de ces insectes étant ailés, vivant à découvert à leur état parfait, et voltigeant en plein jour. On peut dire qu'elle est comparable à la recherche des Lépidoptères, et qu'un simple filet de gaze, s'ajustaiit au bout d'une canne, est suffisant pour le chasseur. 11 faut pourtant que celui-ci se munisse de boites de chasse assez spacieuses, en raison de la forte taille de beaucoup d'espèces, et éloigne suffisamment

(1) Nous ajoutons encore l'excellent ouvrnge de M. Hagen, Synopsis of the Neuroptera of ISoiih America (Smithson. Inst. 1861). — Les travaux de M. Kolenalisur sur les Trichopières, 1848-1859. — Ceux de M. Brauer sur les Chrysopa, l'50, et sur les Névroptères d'Autriche, 1857. — Enfin le Synopsis des Névroptères d'Espagne, par M. A. Edouard Pictet, lils du célèbre professeur (1865).

les individus capturés, pour qu'ils ne se déchirent pas les uns les autres au moyen de leurs pieds et de leurs mâchoires, souvent très-robusles. Un flacon d'alcool est encore nécessaire à ceux qui veulent conserver de cette façon les Éphémères et les larves des autres familles.

Les Odonates (Libellulines Latr.) voltigent presque toujours, à l'ardeur du soleil, sur les eaux stagnantes couvertes de plantes aquatiques, ou dans leur voisinage. Ce n'est pas sur les eaux courantes qu'il faut les chercher, excepté pour celles de la sous-famille des Caloptérygines (1).

Les Agnathes (Éphémérides) volent en société sur les rivières et les marais. Plusieurs espèces se rencontrent aussi sur les arbustes ; quelques-unes voltigent pendant la nuit et s'approchent des lumières.

Les Termitides vivent en société, à la manière des Fourmis, dans les contrées chaudes et tropicales. Plusieurs se sont introduites dans les magasins des ports de mer de l'ouest et du midi de la France.

Les Psocides, qui ressemblent à des pucerons, se trouvent en général sur les arbres, et plusieurs espèces habitent les maisons, où elles attaquent les collections entomologiques.

(1) M. Blisson recommande aussi pour la chasse aux Libellulines de se pourvoir, en partant, de petits morceaux de papier carré-long doubles, au moyen desquels on rapproche les ailes l'une contre l'autre. On pique ensuite l'insecte à plat, sur le côté, au fond de la boîte de chasse, à travers le thorax, et l'on fixe également le papier par deux autres épingles, qui ne traversent pas les ailes. De cette manière, les Libellules occupent moins de place, et ne se détériorent point en s'agitant.

Les diverses familles que M. Rambur réunit sous le nom de Planipennes ont des mœurs très-diverses : parmi les Panorpides, le genre curieux des Boreus se compose de quelques petites espèces aptères, du nord des deux continents, que l'on rencontre, en hiver, sautillant dans les feuilles sèches ou sur la neige dans les bois. Les Bittacus volent dans les forêts à la manière des Tipules, et les Panorpa se trouvent sur les buissons et les herbes, dans le voisinage des eaux de rhémlsphère boréal.

Les Némoptérides habitent les contrées chaudes de l'ancien continent; ils volent à l'ardeur du soleil.

La famille nombreuse des Myrméléonides est à peu près cosmopolite, mais étrangère aux contrées froides. Les uns volent au grand soleil, les autres à l'ombre. Il faut les chercher dans les localités sablonneuses, qui se prêtent aux habitudes de leur larve, si connue sous le nom de Fourmilion.

Les Ascalaphides ont des mœurs analogues. Cependant, les espèces européennes se trouvent principalement dans les prairies humides des montagnes, où elles volent en s'élcvaut et en s'abaissant alternativement, à la manière de certaines Perles et Éphémères.

Les Hémérobides sont cosmopolites. Beaucoup d'espèces volent à l'ombre, dans le voisinage des eaux ; d'autres à l'obscurité, et se retirent dans l'intérieur des maisons.

Les Hantispides des pays chauds se rencontrent dans les herbages et sur les buissons.

Les Semblides forment une réunion assez hétérogène.

Les Baphidia, de l'ancien monde, se trouvent sur le tronc des arbres, et volent au soleil. Les grandes Corydalis sont américaines. Les Sialis, de l'hémisphère boréal, se trouvent dans le voisinage des eaux, sur les ponts, les pilotis, etc.

Les Perlides (Perla et Nemura) forment une famille nombreuse, dont les espèces se rencontrent en général près des eaux, et volent, tantôt le jour, tantôt vers la soirée.

La dernière division des Névroptères , celle des Phrijganides, est cosmopolite et fori nombreuse. Les espèces vivent dans le voisinage de l'eau. Les unes voltigent sans cesse sur l'eau même; d'autres autour des buissons et sur la cime des arbres, à la manière des Adèies ; d'autres, enfin, volent peu et courent sur les roseaux. Plusieurs sont nocturnes : un bon moyen de se procurer des Phryganides consiste à secouer les buissons qui se trouvent près des ruisseaux. Les larves, qui sont aquatiques, et qui vivent dans des sortes de tuyaux, préfèrent les eaux courantes aux eaux stagnantes. Sous ce rapport leurs mœurs sont opposées à celles des Odonates.

PRÉPARATIOIV.

Pour la plupart des familles, la manière de piquer et d'étaler les Névroptères, ne dilfère pas du mode ordinaire adopté pour les Hyménoptères, les Hémiptères et les Diptères. Il en est ainsi pour les familles

des Panorpides, Némoptérides, Myrméléonides, Ascalaphides , Nymphides , Hémérobides , Mantispides, Semblides, Perlides et Phryganides. Cependant, pour les Myrméléonides, et même pour les Ascalaphides» l'abdomen, souvent long et fragile, se détache ou se fracture facilement, et il y a utilité à le consolider, au moyen d'un crin passé dans la longueur du corps, sans préparation, si c'est au moment de la capture ; ou bien trempé dans une colle quelconque, s'il s'agit d'un exemplaire desséché.

Les familles des Termitides et Éphémérides présentent des difficultés, principalement ces dernières, à cause de la mollesse et de la fragilité de leurs téguments. Il est très-utile d'en conserver des individus dans de petits tubes de verre remplis d'alcool faible, comme M. le docteur Siguoret conseille de le faire pour les Pucerons, page 55, ce qui n'empêche pas de piquer d'autres exemplaires avec des épingles d'une grosseur appropriée.

Les Psocides et beaucoup de Phryganides sont de très-petite dimcinsion. Il y a lieu de les préparer comme les Tinéides, en remplaçant l'épingle par un fragment de fil métallique très-fin et inoxydable, que l'on pique sur un fragment de moelle de sureau, lequel est fixé à une épingle assez forte. On peut aussi, au moyen de gomme, coller ces petits insectes sur des fragments de mica ou sur de petites cartes.

Dans la Revue des Odonates ou Libellules d'Europe (1S50), j'ai décrit, page 376, les divers modes de préparation proposés par MM. Poudras (de Lyon), avant

1840 (1); Toussaint de Charpentier (2) et Blisson, en 1840 (3) ; Millet, t,n 1847 (4), et j'ai indiqué quelques modifications à ces divers procédés.

Aujourd'hui, tout en fournissant ces citations qui permettent de recourir aux sources, je crois bien faire, pour plus de clarté, de décrire le plus simplement possible les procédés que je regarde comme les meilleurs, tels que l'expérience de près de trente années m'a permis de les améliorer.

Libellules fraîches : Les divers modes proposés reposent sur l'extraction des viscères de l'abdomen et du thorax, afln d'empêcher la putréfaction, et de diminuer l'altération des couleurs. L'animal est ensuite rendu plus solide par l'introduction de ouate dans le thorax, et d'un petit support dans l'abdomen.

En rentrant de la chasse, s'il s'agit de Libellulides de forte taille, ou d'Eschnides, je fais avec des ciseaux une incision partant du milieu de la poitrine, et se prolongeant jusqu'au huitième segment de l'abdomen en dessous, ayant soin, s'il s'agit d'un mâle, d'inter-

(1) De Selys Longchamps. Monographie des LibelluUdées d'Europe, Roret, 1840. — La Revue, publiée en 1850, en forme la suite et le complément. Les principaux travaux que j'ai publiés depuis sont le Synopsis des Ca'opléri/gines, le Synop.'sis des Gomphines, en 1853 et 1854, et le Synopsis des Agrionines, en Ï860-18G2-18G3-18G5, en six livraisons ; puis avec la collaborntion du docteur Hagen, la Monograpine des Caloptérygines (1854), et la Monofjraphie des Gomphines (1858).

(2) LibeUulinœ Europeœ. Leipsic, ISlO.

(3) Armâtes de la Société entomologique de France, tom. :x, page 4i3.

(4) Recherches des Odonales de Maine-et-Loire (Extrait. Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers).

rompre l'incision aux deuxième et troisième segments, aQn de ne pas altérer les organes génitaux externes, dont les caractères ont une grande importance. Au moyen d'une pince, j'extrais les viscères, et je place, dans l'intérieur, du papier ayant la forme de l'abdomen, et d'une couleur appropriée s'il s'agit d'une espèce à abdomen transparent. Du jaune, du rouge, du bleu, du verl clair, et plus souvent du blanc, suffisent pour rétablir approximativement l'effet de la coloration ; car les dessins noirs subsistent naturellement, et quant aux espèces peu nombreuses où le vert et le bleu sont associés, le bleu clair suffit, les restes du pigment vert modifiant assez la couleur du papier. Pour les Eschnides et Gomphines à abdomen cylindrique, je fais un petit rouleau de papier qui, en tous cas, doit être plus long que l'abdomen, pour se fixer dans le thorax, dont on complète le bourrage au moyen d'un peu de ouate.

Pour les Libellulides de petite taille, et surtout pour les Agrionidcs, je regarde en général l'extraction des viscères comme inutile, à moins qu'il ne s'agisse de femelles remplies d'œufs. Je me borne donc, pour assurer la solidité de l'abdomen, à introduire par le thorax un support traversant le corps dans toute sa longueur. Je préfère un ou plusieurs crins, à un fil de fer inoxydable ou à un végétal (graminée ou feuille de pin), parce que le crin est plus flexible et ne se brise point. Le fil de fer est d'ailleurs plus lourd, et l'on n'a pas toujours sous la main un fil métallique inoxydable.

Les Odonales élant empaillés ou empalés comme Dous venons de le décrire, on les étale à la manière des Lépidoptères, mais avec beaucoup moins de précautions, puisque leurs ailes n'étant pas couvertes d'écaillés pulvérulentes, on peut employer sans inconvénient de petits carrés de verre pour peser sur elles.

Les procédés des auteurs cités plus haut, et que j'ai résumés dans la Bévue des Odonates, sont sous quelques rapports plus ingénieux et plus artistiques ; toutefois, je ne les recommande pas spécialement, parce que, tout en donnant les moyens d'imiter mieux la coloration naturelle, ils peuvent altérer davantage les formes, ou même produire des dessins contre nature.

Libellules desséchées. Cette partie qui n'avait pas été traitée par les auteurs que j'ai cités, est au moins aussi importante que celle qui concerne les insectes fraîchement pris, puisqu'il s'agit des exemplaires que l'on reçoit de l'étranger, de ceux que l'on n'a pu préparer au moment de la capture et enfin du rajeunissement, si je puis m'exprimer ainsi^ des anciennes collections.

Je ne conseille pas aux Naturalistes voyageurs de préparer, ni d'étaler les Libellules. Qu'ils les piquent donc solidement, mais sans aucune autre préparation que de passer un crin dans la longueur du corps, s'ils en ont le loisir. Pour les voyages lointains, le meilleur système consiste à retirer l'épingle des Libellules dès que l'animal est mort et à les entasser dans des hoites par couches superposées séparées par des lits min-

ces de ouate. De la sorte elles occupent fort peu de place et ne sont pas dans le cas de se briser par des épingles qui se détachent, mais il faut avoir bien soin de placer dans la ouate un peu de camphre ou d'y verser de temps en temps du naphte et de coler le couvercle de la boîte pour éviter les ravages des insectes rongeurs ; — quelques voyageurs envoient aussi des Libellules dans de petits cornets plats, mais fréquemment on trouve les pieds ou l'abdomen fracturés ou bien les insectes rongeurs s'y introduisent.

Voici comment je procède pour la préparation de Libellules desséchées : Je les ramollis sous une cloche de verre, en les piquant sur une planche de liège, qui nage sur de l'eau. Dix à douze heures suffisent, selon la solidité des espèces. Le ramollissement n'olTre pas d'inconvénients, excepté pour quelques espèces dont le corps est en partie couvert d'une exsudation pulvérulente. Pour celles-là, il faut des ménagements, ou bien encore séparer l'abdomen, que l'on s'abstient alors de ramollir.

Après avoir changé les épingles, s'il y a lieu, j'étale sur des planchettes en bois avec rainures en liège, au moyen de petits carrés de verre suffisamment pesants pour maintenir les ailes étendues. Aussitôt, avec un pinceau j'imbibe tout le corps et les ailes d'alcool rectifié. Cela tue les germes des insectes rongeurs, s'il y en a, solidifie l'exemplaire, et favorise la dessication. J'y trouve un avantage si grand, que je ne m'arrête pas à l'inconvénient de ternir parfois les couleurs métalliques, ou de coller quelques poils. — S'il y a de la

pulvérulence, je m'abstiens de l'opération. On pourrait encore essayer dans la même condition, le naphte, qui s'évapore plus rapidement et qui tue plus sûrement les insectes destructeurs.

L'insecte étalé étant sec, si son corps n'a pas été préalablement traversé par un crin, un "morceau de papier ou tout autre support, voici comment je procède pour lui donner de la solidité :

Au moyen de la pointe d'un scalpel, je sépare l'abdomen pour y introduire un ou plusieurs crins, une feuille de pin desséchée, une fine paille de graminée, ou bien un fil métallique inoxydable, trempés dans une colle composée de gomme arabique et d'un peu de farine dans laquelle je verse, de temps en temps, un peu d'alcool saturé d'arséniate de soude. Pour empêcher cette colle de se dessécher, on la place sous la cloche à ramollir, ou bien on y ajoute un peu d'eau. La colle qui n'est pas récente devient meilleure, se fendille moins, et prend une couleur brune qui convient à l'emploi qu'on en fait. Je replace l'abdomen contre le thorax au moyen de la même colle, eu introduisant dans son intérieur le bout du support, que, dans ce but, j'ai laissé dépasser l'origine de l'abdomen. En général, ce dernier forme intérieurement en se séchant, un petit canal longitudinal, qui permet facilement l'introduction du support végétal ou du crin. Je n'emploie de fil métallique que lorsqu'il s'agit de femelles remplies d'œufs, qu'on ne peut transpercer qu'avec un fil métallique pointu et même, dans ce dernier cas, s'il s'agit de petits Agrions, ou de Libel-

Iules à abdomen très-court, il est plus prudent de s'abstenir de toute préparation interne, sauf à recoller plus tard l'abdomen ou les segments qui viendraient à se désarticuler.

11 ne faut pas séparer du corps l'abdomen de plusieurs individus à la fois, afm de ne pas s'exposer à des méprises fâcheuses.

Ces opérations que je viens de décrire , ramollir, étaler, et préparer, ne sont pas très-longues, car avec un peu d'habitude on peut facilement préparer tout à fait vingt à vingt-cinq Libellules par heure.

M. Hagen emploie une colle beaucoup plus solide que la nôtre : c'est de la gomme laque dissoute dans de l'alcool. Son inconvénient est de se sécher très-rapi^lement, ce qui rend les rectifications plus difficiles. Cette observation concerne surtout les réparations que l'on aurait à faire aux ailes. Pour celles-ci, lorsque des fragments sont détachés ou qu'elles sont fendues, j'emploie ordinairement de la gomme arabique purifiée, dissoute dans l'eau, et j'ajoute parfois un peu d'alcool. Je ne me dissimule point que la gomme se fend souvent, et tombe parfois en se desséchant (1). Aussi une main sûre et exercée préférerait en général la gomme laque ou le vernis blanc.

(1) L'on obvie a cet inconvénient en y ajoutant un cinquième de miel ou de sucre [Hémiptères, p. 56).

COlVSER¥ATI0IV.

Je m'abstiens d'employer le sublimé corrosif et ses dissolutions dans l'alcool. Ce minéral détruit les épingles, et produit sur le corps des Névroplères des eCflorescences blanches, qui cachent les formes et les dessins. Je proscris également le savon arsenical, qui graisse et empâte les exemplaires ; l'arséniate de potasse, dissous dans l'alcool, graisse et attire l'humidité. Je n'ai éprouvé aucun de ces inconvénients avec l'arséniate de soude, dissous dans l'alcool jusqu'à saturation (1).

Au moyen d'un pinceau On, j'en passe légèrement une couche sous l'abdomen, le thorax et aux lèvres des individus desséchés, et presque jamais je n'ai vu les insectes rongeurs attaquer les exemplaires préservés de cette façon. Je ne fais cette opération que lorsque toute préparation est achevée, et que les insectes sont prêts à entrer dans la collection ou dans les magasins de doubles.

Il va sans dire que si un exemplaire est attaqué on le nettoie et on l'humecte largement avec le préservatif adopté. Si l'humidité momentanée apportée au thorax par l'alcool fait perdre aux ailes la régularité de l'étalage, on en est quitte pour replacer l'insecte sur les

(1) L'acide arsénieux dissous dans l'alcod paraît avoir les mêmes avantages. 11 sera bon également d'essayer l'application de l'acide phénique que l'on préconise depuis quelque temps.

planches à étaler jusqu'à ce qu'il soit séché, ce qui a lieu en peu d'heures.

Quant aux boîtes d'exemplaires non étalés, je me borne à les surveiller, à y placer du camphre, et à y verser de temps à autre du naphte ou de la benzine sur des morceaux de ouate. Ce sera sans doute encore le cas d'essayer l'emploi de l'acide phénique.

Liège, 29 soptenilne 1859 (I).

Edm. DE Selys Longchamps.

Membre de la Sociét j entomologique de Franco et de l'Académie royale des Siences de Belgique.

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