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HYMÉNOPTÈRES

Les Hyménoptères constituent un des ordres les plus intéressants de toute la classe des insectes. La grande variété de leurs formes, leurs mœurs extrêmement curieuses, leurs instincts plus développés que dans aucun autre ordre, et les importantes considérations de zoologie générale et pratique dont ils peuvent devenir le sujet, donnent à leur étude un intérêt et un

(1) Les modifications faites à ce petit travail, en vue de l'améliorer dans sa nouvelle édition, datent de septembre 186T.

charme tout particulier, qui vont en croissant à mesure qu'on s'en occupe.

Si, jusqu'ici, cet ordre a été presque délaissé par les amateurs, s'il n'a même été cultivé que par un petit nombre d'entomologistes, cela tient à plusieurs raisons. C'est d'abord la crainte d'accidents. Les femelles d'une des grandes divisions des Hyménoptères, celle des Porte- Aiguillon, sont armées dun aiguillon dont la piqûre est douloureuse. Elle est cependant facile à éviter, et nous aurons soin d'indiquer les précautions à l'aide desquelles elle devient très-rare. La douleur se dissipe d'ailleurs promptement, selon ses degrés, par la pression et la succion de l'endroit piqué, une friction un peu rude, des fomentations d'eau froide, l'application de quelques gouttes d'ammoniaque étendue d'eau ou, bien mieux, d'acide phénique pur, sans mélange d'alcool ou d'eau, moyens qui préviennent toute suite fâcheuse.

On devra toujours emporter à la chasse un petit flacon d'acide phénique, muni d'un bouchon en verre allongé en pointe, à l'aide duquel on porte facilement ce liquide sur les points les plus circonscrits. Ce flacon, pour l'empêcher de se casser, doit être renfermé dans une capsule en bois.

Une seconde raison est l'extérieur des Hyménoptères, en général moins attrayant que celui des Lépidoptères et des Coléoptères; mais cette raison n'est qu'apparente. Dès qu'on est un peu familiarisé avec cet ordre, on y découvre des espèces, des genres, et même des familles entières, par exemple, celle des Chrysklides

(Guêpes dorées), qui, par la beauté et l'éclat de leurs couleurs, peuvent rivaliser avec les familles les plus brillantes des Coléoptères.

Une troisième raison enfin peut expliquer l'oubli immérité dans lequel cet ordre est resté jusqu'ici : c'est le manque d'un bon ouvrage, ni trop volumineux, ni trop superficiel, rendant possible et facilitant l'étude des familles et des genres, et donnant les diagnoses des espèces, tout au moins celles des espèces indigènes. Cet ouvrage est encore à faire ; car celui de Lepeletier de Saint- Fargeau, œuvre d'un hyménoptérologistc distingué, mais courbé sous le poids des années, des infirmités et des chagrins, est incomplet et défectueux sous tous les rapports, à l'exception de la quatrième partie, rédigée par M. Brullé, et formant un excellent gênera des familles non décrites par Lepeletier. Ceux qui voudront se familiariser avec l'étude de cet ordre feront bien de s'en tenir, pour le commencement, au Règne animal de Latreille, tome V, au Manvel de Boitard, tome III (extrait élémentaire du précédent ouvrage et de celui du même auteur sur les Crustacés et les Insectes), ou, s'ils peuvent se la procurer, à la partie des Hyménoptères de l'excellente Introduction à la classification moderne des Insectes (en anglais) de M. Westwood, dont il existe une traduction française.

La nature de ce petit travail ne nous permet pas d'entrer dans des détails sur les Hyménoptères, leur classification, leurs familles, etc. Disons seulement, pour ceux qui sont encore complètement étrangers à

cet ordre, qu'on appelle ainsi les insectes semblables aux Abeilles, aux Bourdons, aux Guêpes et aux Fourmis, et dont les principaux caractères sont les suivants :

Quatre ailes membraneuses, ayant des veines peu nombreuses, mais très régulièrement disposées, de manière à constituer des cellules très-aptes à concourir à la formation d'importants caractères génériques.

Organes de la bouche, composés généralement de mandibules cornées, d'une lèvre supérieure ou labre, de mâchoires avec leurs palpes maxillaires, et d'une lèvre inférieure ou lèvre, avec ses palpes labiaux, organes formant, par leur ensemble, une espèce de fausse trompe, rétractée dans l'état du repos, mais capable de s'allonger.

Extrémité postérieure de l'abdomen munie, dans l'une des grandes ài\\sioni{Terebrantia,Porle-Tarière], d'une tarière ou oviscapte, servant uniquement à déposer les œufs sur ou dans les matières organiques au milieu desquelles ils doivent éclore, et, dans l'autre grande division {Aculeata, Porte- Aiguillon), même extrémité postérieure de l'abdomen munie d'un aiguillon servant en même temps d'oviscapte et d'arme offensive et défensive.

Deux sexes, des mâles (cf) et des femelles (9), et, dans certaines familles sociales et nidifiantes, comme les genres Abeille {Apis) et Bourdon [Bombus), les familles des Guêpes [Vespidœ] et des Fourmis {Formicidce), un troisième sexe, des neutres ou ouvrières (°, ? ou p), ou, en réalité, une simple modification des

femelles, consistant dans l'atrophie des ovaires, ce qui les prive de la faculté d'être fécondées, sans leur ôter l'instinct de la nidification et des soins à donner à la progéniture des femelles fécondes.

Six pattes, dont la dernière paire reçoit d'importantes modifications dans les femelles et les ouvrières de certains genres sociaux nidifiants (^Abeille et Bourdon) et dans d'autres genres.

Métamorphose complète ; larves vermiformes et apodes (sans pieds), à l'exception d'une grande famille, celles des Tenthrédonides [Mouches à scie), dont les larves sont munies de pieds et ressemblent beaucoup aux Chenilles des Lépidoptères; aussi ont-elles reçu le nom de Fausses-Chenilles.

CHASSE DES HYMEXOPTERES.

Elle se fait autrement que celle des Coléoptères ; elle a plus de rapports avec celle des Lépidoptères, dont cependant elle (litière encore considérablemenl. Beaucoup d'Hyméiiùi/lères nichent dans la terre ou le sable (ce que les Lcpidontères, à l'état parfait, ne font jamais), ou vivent sur le sable, où l'on ne trouve pas de Lépidoptères et seulement un certain nombre d'autres insectes. En outre, on les rencontre sur les fleurs, et presque toujours au soleil. C'est donc principalement au soleil qu'il faut les chasser, soit sur les terrains couverts de fleurs soit du côté du midi, sur des talus en pente formés de terre un peu aride ou sur

de vieux murs. Lorsque, dans ces sortes de terrain et dans ces murs, on voit de nombreux trous assez profonds et ayant de 4 à 10 millimètres de diamètre, on est sur d'avoir rencontré le gîle d'une multitude d'Hyménoptères et souvent leurs colonies avec leurs métropoles. On n'en trouve pas, quand les murs sont peu anciens, unis, sans fentes ni trous ; exceptionnellement il y a quelques Chrysis et quelques autres Hyménoptères, au soleil, sur les murs blancs et unis Les terrains trop fermes, trop calcaires, trop pierreux ou trop meubles sont également stériles pour la chasse aux Hyménoptères, si ce n'e?t qu'on rencontre des Mutilles et certains Fouisseurs sur le sable même meuble, lorsque les autres conditions existent, c'est-à-dire, au soleil et dans le voisinage de fleurs ou de colonies de ces insectes.

L'instrument le meilleur pour la chasse des Hyménoptères, celui qui doit être employé le plus ordinairement, est le filet H est semblable à celui pour les Lépidoptères (voy. p. 106); mais le sac, en gaze ou eu crêpe, doit être un peu plus court. Outre ce filet en gaze, il en faut un autre en toile (voy. Coléoptères, p. 14) et une pince à raquette (voy. p. 107).

C'est sur les fleurs, au soleil, qu'on trouve le plus grand nombre d'Hyménoptères. On fait les chasses les plus abondantes, au printemps sur les chatons des saules, en été et en automne sur les Labiées, les Carduacées, les Ombellifères, pour ne citer que les familles les plus habituellement fréquentées par ces insectes. D'autres fleurs sont spéciales à des groupes

ou des genres divers. Les espèces indigènes du genre Reseda, le Réséda sauvage (Reseda lutea) et la gaude {tieseda luteola), sont le séjour habituel d'une infinité d'Hyménoptères. Un genre de la famille des Siricides, les Cephus (mouches ù scie du blé), attaque les graminées et mêmes les céréales. Sur les fleurs, l'herbe et les feuilles des plantes non épineuses, on chasse avec le filet en gaze, absolument comme pour les Lépidoptères, mais avec quelques précautions qu'il convient d'indiquer.

Il ne serait pas sans inconvénient, en capturant les Hyménoptères, de ne pas tenir compte de leur nombre et de leur position dans le filet. Sur les Ombellifères, par exemple, ils sont souvent tellement nombreux que, malgré soi, on en remplit le filet, et qu'en voulant le vider sans précaution, on se fait piquer d'autant plus fort qu'on est moins sur ses gardes. Il faut donc soigneusement examiner le filet après chaque coup, l'assujettir et le fermer de manière qu'aucun insecte ne puisse s'échapper, enfin, expulser les insectes inutiles, surtout les Hyménoptères communs, tels que les Abeilles des ruches, les Guêpes des espèces communes, etc., qui ne servent qu'à gêner et à exposer à des piqûres. Quant aux insectes qu'on veut garder, il faut les réunir dans un coin du filet. La meilleure manière de faire, c'est d'appuyer le bout du manche par terre, le cercle de fer contre un mur, contre la boîte de chasse ou contre la poitrine, et d'élever d'une main, aussi haut qu'on le peut, le fond du filet, en serrant et fermant de l'autre la base de celui-ci tout autour. Les

insectes alors remontent dans le fond. En les suivant avec l'autre main depuis la hase jusqu'au fond et en resserrant toujours le filet au-dessous d'eux, on finit par les emprisonner dans le coin supérieur qu'on tend alors, avec les deux mains en sens inverse, contre un mur, contre la terre ou la boîte de chasse. Selon qu'on veut piquer les insectes sur place ou les luer dans de la vapeur d'élher ou dans celle de chloroforme, pour les piquer à l'aise à la maison, il faut procéder d'une manière différente ; voici comment :

Tous les insectes poilus, et tous ceux d'un volume trop considérable pour être introduits dans un flacon à goulot étroit, doivent être piqués sur place. Après avoir tendu le filet avec les deux mains en sens opposé, comme nous venons de le dire, on augmente cette tension, de manière à rendre immobile l'insecte qu'on veut piquer, et on lui transperce le milieu du corselet de part en part avec l'épingle, de façon que celle-ci, du côte de sa tête, ne le dépasse plus que d'un tiers ou d'un quart de sa longueur. Si l'on a placé le filet par terre, ce qui en général est plus commode et plus sûr, il est bon de faire entrer la pointe de l'épingle dans le sol, pour rendre l'insecte immobile et l'empêcher de se dégager. Toutes ces précautions minutieuses ne doivent pas être négligées, si l'on ne veut pas souvent voir un gros Hyménoplère, tel qu'un Bourdon ou un Frelon, s'envoler déjà piqué, en emportant l'épingle et en ne laissant pour souvenir qu'une piqûre douloureuse. Après que tous les insectes volumineux ou poilus sont piqués, on les retire avec précaution, en faisant traverser à la

tète de l'épingle le tissu du filet. Quand il n'y a plus dans celui ci que les insectes piqués, on les dégage facilement en le retournant. Lorsqu'il y en a d'autres, il faut d'abord, de la manière que nous avons indiquée, les faire remonter dans l'extrémité supérieure du filet, la replier et la fermer soigneusement avec des épingles, afin d'empêcher les ini^ecles de redescendre, puis retourner la partie inférieure pour la vider. Pour éviter ces embarras et les piqûres auxquelles on est toujours exposé, quand le filet contient à la fois beaucoup d'Hyménoptères, insectes vifs, agiles et qui changent continuellement de place sans qu'on y puisse toujours faire attention, il vaut beaucoup mieux le vider après chaque coup, et ne prendre à la fois qu'un seul insecte ou un petit nombre.

Les Hyménoptères glabres, c'est-à-dire entièrement sans poils, tels que les Vespides (la famille qui contient les Guêpes), les Fouisseurs (Hyménoptères creusant la terre pour faire leur nid, commes les Pompiles, les Crabrons, etc.), les Fonnicides (toutes les fourmis), peuvent être recueillis dans un flacon bouché à l'éraeri, comme les Coléoptères (p. 21); mais ce flacon doit avoir un goulot assez étroit, sans quoi la plupart des Hyménoptères en ressortiraient et s'envoleraient. On remplit ce flacon d'étroites bandes de papier fin, et l'on y verse, pour la capacité d'à peine un demiverre d'eau, dix à douze gouttes d'élher ou de chloroforme, dont la vapeur rend les insectes insensibles, et les tue si le flacon n'a pas été ouvert au bout d'une heure. Comme chaque fois qu'on ôte le bouchon il s'échappe

une certaine quantité de vapeur d'élher ou de chloroforme, i! faut emporter à la chasse plusieurs llacons semblables, et une petite quantité d'éther ou de chloroforme de réserve, pour en verser de nouveau dans le flacon de chasse lorsqu'il n'en contient plus assez, chose qu'on reconnaît facilement à ce que les insectes restent trop longtemps sans devenir immobiles, tandis qu'ils le deviennent promptement et presque instantanément tant qu'il y a la quantité voulue de vapeur d'éther ou de chloroforme.

Pour faire entrer les insectes dans le flacon, on le débouche, et on l'introduit dans le filet jusqu'à l'extrémité supérieure de celui-ci qu'on soulève un peu. On dirige les insectes sur l'embouchure, au dessus de laquelle on tend et on ferme le filet à l'aide de la main libre, le manche étant appuyé par terre. On donne pardessus le filet quelques légers coups de doigts sur l'embouchure, afin de faire descendre l'insecte dans le flacon, où il devient promptement insensible, si on a la précaution de boucher immédiatement l'ouverture.

Quand un des insectes ne descend pas assez vite au fond du flacon, on n'a qu'à retourner celui-ci, après l'avoir bouché; l'insecte alors remonte vers le fond.

En remettant de temps à autre quelques gouttes d'éther dans le flacon, et en le fermant exactement chaque fois, les insectes qu'il contient meurent promptement ; si non, on ajoute de nouveau quelques goutles d'éther à la fia de la chasse, et on tient le flacon bien bouché pendant une demi-heure ou une

houro. Au Ijoiil de ce Icnips tous lo.^. inspclcs sont morls. Quant à ceux piqués sur los épingles, on peut les tuer, s'ils ne meurent pas promptement, soit en chauirant fortement la tête de l'épingle, après avoir fait passer celle-ci à travers le trou d'un carton ou d'une planchette, afin que la chaleur n'agisse pas sur l'insecte lui-même, soit en portant avec la pointe d'une épingle une quantité minime de nicotine sur la bouche dcTinsecte.

La chasse la plus habituelle et la plus fructueuse des Hyménoptères se fuit donc au soleil et sur les fleurs, où la manière de les prendre est la même que pour les Lépidoptères. . iMais leur chasse sur les fleurs n'est pas la plus instructive, parce qu'on y trouve plus rarement les différents sexes d'une même espèce réunis, et parce que dans certaines familles, l'un des sexes étant aptère, c'esl-à-dire privé d'ailes (les neutres ou ouvrières chez les Formicides, les femtUes chez les Mutillides et chez les Pizomachus, groupe des Jchneuinoni(h's), ce sexe ne se rencontre qu'exceptionnellement sur les fleurs Pour trouver ensemble le.-» d.lférents sexes des mêmes espèces, il f;iul chercher les nids des Ilyménoplères. On les trouve, comme nous l'avons déjà dit, sur le sable, la terre ferme et un peu aride, les vieux murs, sous la mousse et les pierres, etc., au grand soleil et du côté du midi. Celle clia-se ne se fait plus en fauchant, mais en posant le filet par terre ou contre le mur rapidement et à plat, au moment où les insectes sont sur le point d'entrer dans leur nid, ou en les prenant au vol près de celui-ci. Elle n'est pas

facile, à cause de la difficulté qu'on a d'appliquer le filet assez rapidement et assez à plat sans casser l'anneau, et à cause de rextrême agilité avec laquellti les insectes de certaines f;imilles, comme par exemple h& Po77ipilides, les Larrides, s'échappent latéralement sous les bords du filet, ou pénètrent dans la terre ou dans le mur, dès qu'ils se trouvent à l'entrée de leur nid. Celte chasse toute spéciale s'apprend mieux par l'expérience et par fexercice; comme elle use beaucoup les filets, il est toujours utile, surtout lorsqu'on fait une excursion un peu lointaine, d'emporter un filet de rechange, ou du moins du fil de fer pour raccommoder l'anneau s'il se casse, et une aiguille avec de la soie pour fermer les trous du filet. Disons une fois pour toutes, qu'avant le premier coup de filet il faut soigneusement examiner, s'il n'y a pas dans le voisinage, cachées sous des herbes et des branches inofïeusives, quelques ronces, ennemies acharnées et véritable fléau des fdets et de la chasse. Pour chasser sur les ronces mêmes, il faut se servir soit de la pince à raquette (page 107), soit du filet à sac de toile {Coléopt., p. 14).

La chasse près des nids n'offre aucun danger quand il s'agit des Hyménoptères solitaires, dont chaque individu a son nid isolé et ne s'occupe pas de sou voisin. Lors même qu'on en trouve de grandes colonies, on n'a à se préoccuper que des individus auxquels on donne directement la chasse ; car entre ces insectes il n'existe pas la communauté d'intérêts et d'instincts guerriers qui rendent si redoutables les habitants

d'un nid d'Hyménoptères sociaux. On rencontre quelquefois des colonies très-nombreuses d'Hyménoptères nidifiants solitaires, tels que d'Andrènes, de Sphécodes, d'Anthoplîores, de ferceris, de Philanthes, et on peut les prendre en masse sans la moindre crainte. li en est autrement des Hyménoptères sociaux, tels que les Bourdons {Bombiis) et les Guêpes (les différentes espèces du genre Vespa, et surtout le géant des espèces indigènes , le Frelon , Vespa Crahro) , dont la taille, l'aiguillon et les habitudes guerrières et vindicatives rendent la chasse près des nids dangereuse, si l'on ne prend certaines précautions que je vais indiquer. Il faut se placer à quelque distance du nid, et ne chasser que les individus isolés ou les petits groupes de deux à quatre individus, sans donner aucun coup de filet vers les troupes plus considérables qui quelquefois s'accumulent près du nid ou à son orifice, et qui souvent se jettent sur le chasseur, avec l'intention non douteuse de punir son attentat contre la colonie. Si l'on veut simplement observer leurs mœurs, il faut se tenir entièrement immobile ; les insectes alors, pourvu qu'on ne soit pas directement devant l'orifice du nid, de manière à en barrer le chemin, ne font pas attention à l'observateur. Veut-on prendre le nid tout entier, ce qui se fait le mieux, lorsque la plupart de ses habitants sont rentrés, pendant la nuit et à l'aide d'une lanterne -, on observe d'abord, pendant le jour, la direction que les insectes prennent après être entrés dans l'orifice ; car entre celui-ci et l'entrée véritable du nid (quand il s'agit des nids sou-

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terrains, les plus fréquents), il y a toujours une espèce de conduit ou de chemin, quelquefois multiple. C'est la direction ds ce conduit qu'il faut avant tout bien étudier. Pour s'emparer du nid, on saisit d'abord, à l'aide d'une longue pince, une large pelote de ouate ou d'éloupe, fortement imbibée d'éther ou de chloroforme, et on l'introduit tout le long du conduit, jusqu'à ce qu'on soit arrêté par une résistance. On retire rapidement la pince, et on pousse de la même manière une seconde pelote imbibée d'élher ou de chloroforme, puis on bourre tout le conduit de ouate, d'étoupe ou de chiffons. Au bout d'une demi-heure environ, après avoir pris succes-sivement avec le filet tous les insectes isolés qui sont venus pour rentrer pendant et après l'opération, et dont le nombre est très-grand pendant la journée, on commence à travailler à l'aide de la pioche et de la pelle (ou simplement à l'aide d'un fort couteau, lorsqu'il s'agit d'un nid petit et situé, peu profondément), toujours avec beaucoup de précaution, de manière à ne pas endommager le nid, ni ouvrir une issue à ceux de ses habitants qui ne seraient pas complètement engourdis. Lorsque le nid est dégagé, on trouve d'ordinaire, dans la cavité qu'il occupait, un très grand nombre de ses habitants engourdis. On les enlève à l'aide de la pince, et on a toujours tout prêt un filet, pour le cas où un certain nombre des insectes n'aurait pas été atteint par la vapeur d'éther. On emporte le nid dans une grande boite, dont deux des parois au moins sont formées de toile métallique. Un garde-manger peut très-bien servir à cet usage. A

la campagne, il est plus facile de les élever et d'obtenir leurs parasites (les Mvtilles pour les Bourdons, le Metoecus paradoxus pour la Vespa Germanica, etc.). On n'a qu'à laisser le nid fermé d'abord et à pourvoir aux besoins de ses habitants. Au bout de quelques jours on le laisse ouvert. Le? insectes, alors, prennent eux-mêmes soin de leur subsistance et rentrent régulièrement dans le nid. Vers l'époque de l'éclosion des parasites, il faut fermer le nid jusqu'à ce qu'on les ait recueillis. Eu ville , on laisse le nid constamment fermé, en renouvelant journellement la nourriture de ses habitants, et en n'oubliant pas de leur donner de l'eau, sans laquelle ils meurent promptement.

La chasse au filet en gaze est difficile sur les ronces, sur les chardons, sur tous les végétaux épineux, et même sur ceux qui ont simplement des branches trop fortes el trop nombreuses. Là on se sert de la pince à raquettes et du filet en toile.

La pince à raquette est la même que pour les Lépidoptères (pag. 107). Son usage exige une certaine habitude, surtout quand il s'agit de chasser sur les chardons, dont il faut éviter de saisir les fleurs ou capitules, parce qu'elles empêchent les branches de l'instrument de se rapprocher, et qu'elles permettent à l'insecte pris de s'échapper. Il faut aussi que les raquettes soient couvertes, non de gaze ou de tulle comme pour les Lépidoptères, mais d'une toile métallique assez forte pour immobiliser les gros Hyménoptères SI vifs et si vigoureux, et percées de mailles ou de trous assez larges pour que la tête des plus grosses

épingles puisse pénétrer facilement au travers, sans quoi on aurait la plus grande difficulté à fixer les insectes, et l'on s'exposerait à en perdre la plupart et à être fréquemment piqué.

Les Tenihrédonides, les Siricides, les Ichneumonides, les Cynipides se trouvent en grand nombre sur les fougères, les feuilles des arbres et des arbustes, et même sur leurs branches et leurs troncs. Les Tenthrédonides s'y trouvent même, au printemps, avant que les feuilles aient poussé. Il faut les y faucher avec le ûlet en toile (p. 92) ; le filet en gaze s'userait et se déchirerait trop vite. Toutes les fois que le filet en toile est rempli, on en tourne le fond en bas, et on l'ouvre, après avoir couvert son anneau avec l'ouverture d'un filet en gaze dont on tient le sac tendu de bas en haut. De cette manière les Hyménoptères remontent et se réunissent dans l'extrémité supérieure du sac en gaze, où on les isole pour les prendre de la manière indiquée ci-dessus (p. 93, 94). Pendant qu'on vide le filet en gaze, on referme soigneusement le filet en toile, pour l'examiner de nouveau plus tard et y prendre les insectes qui y seraient restés. Outre les Hyménoptèx'es, on capture ainsi beaucoup de Coléoptères, d'Hémiptères, de Névroptères, etc.

Un très-grand nombre d'Hyménoptères peuvent aussi être pris sur des nappes et des serviettes tendues sous les arbres et les buissons qu'on bat [Coléopt.,^. 16 à 17), ou à l'aide d'un parapluie ou du Thérentome de M. de Grashn. Il faut seulement qu'une ou deux personnes s'occupent exclusivement de ramasser les Hymé-

noptères, ou de les saisir à l'aide du fdet en gaze et de la pince à raquette, tandis que les autres recueillent les autres ordres. Lorsqu'on a terminé la chasse au soleil, on trouve encore à l'ombre, par les journées chaules, de nombreux Hyménoptères, en fauchant sur toute espèce d'arbres, d'arbustes, de fleurs et d'herbe, ou en battant les premiers.

On se procure quantité d'autres Hyménoptères, en fouillant les mousses, les herbes courtes, les feuilles sèches, en retournant les pierres, en cherchant sur les terrains sablonneux et arides, surtout au soleil. On réunit ainsi beaucoup de Mutillaires, de Formicides, de Proctotrupides etc.

Tout le monde sait que, pour observer et chasser les Fourmis et toute la famille des Formicides, il faut aller à la recherche des fourmilières, comme pour les Coléoptères qui y vivent (voy. Coléoptères, p. 31). Ajoutons encore que les Fourmis aptères, qui forment la masse des fourmiUières, sont des neutres ou ouvrières, et que les mâles et les femelles, ailés, ne volent que vers l'époque de l'accouplement ; qu'il faut donc tâcher de connaître cette époque (qui tombe le plus ordinairement au milieu de l'été) et de trouver ces deux sexes, en examinant souvent les fourmilières qu'on a découvertes.

Une chasse qu'il faut encore signaler, c'est celle sur les arbres coupés, surtout sur les bûches de chêne régulièrement entassées, dans les bois et les campages, ou même dans les chantiers. Sur ces monceaux de bois, le mode de chasse est le même que sur les murs.

On y trouve de grands nombres d'Osmites, de Chrysidides, d'Odynères, de Pemphrédonides,de Braconides, d'Ichneumonides , surtout du groupe des Xorides (genres Xorides et Xylonomus), ainsi que de nombreux Coléoptères,- dont ces Braconides et ces Ichneumonides sont les parasites. Il est à remarquer que, sur les bûches de bouleau, je n'ai jamais rencontré aucun Hyménoptère, pas même un Ichneumon, probablement parce que le nombre des Coléoptères qui nichent dans les troncs de bouleau est minime, tandis que dans ceux de chêne il est très-grand.

11 y a encore beaucoup d'autres manières de se procurer des Hyménoptères. On élève et on fait édore les chenilles et les cocons des Tenthrédonides, absolument comme on le fait pour les Lépidoptères ; les galles de certaines plantes, telles que le chêne et les rosiers pour les Cynipides, l'ajonc pour les Chalcidites ; les parasites des Lépidoptères ( /c/iwei«wjomi/e.s) qu'on obtient d'éclosion en élevant des chenilles. En conservant des morceaux et des détritus de vieux bois, on peut se procurer un nombre considérable d'Hyménoptères qui y nichent (Osm//e5, Siricides, Sapyga, etc.). En collectionnant au printemps ou en automne des tiges de ronce, on aura au commencement de l'été ou au printemps suivant des éclosions de plusieurs espèces de Ceratina, d'Osmia et d'autres genres. En fouillant au printemps et en automne dans les feuilles mortes et les mousses, on trouve des Ichneumonides qui s'y sont cachés. Après les inondations, le sable des rivages fournit aussi quelques Hyménoptères ; mais, endom-

mages par l'humidité, ils sont rarement en assez bon état pour pouvoir être incorporés dans une collection.

11 y aurait encore d'autres détails à donner sur la chasse et l'étude des Hyménoptères , mais l'espace nous manque pour le faire, et ce que nous en avons dit peut suffire comme introduction pratique. Ajoutons seulement que les Hyménoptères trop peu volumineux pour pouvoir être piqués, doivent être collés à la pointe de petits morceaux de papier ferme ou de carte, ou, mieux, sur des paillettes de mica(v. Coléopt., p. 41 à 43). 11 faut mettre le moins de colle possible, afin de ne cacher sous cet enduit aucun détail important pour la description de l'espèce. Eu général, il ne faut coller que les insectes qu'il est impossible de piquer. Des Hyménoptères d'un volume en apparence minime se laissent encore piquer avec du fil d'argent mince sur de petits carrés de moelle de sureau, qu'on fixe euxmêmes dans les boites à l'aide d'épingles.

Pour recueillir ces espèces minimes (Micryménoptères ou Microhyménoptères), il est bon d'emporter des tubes en verre un peu épais, longs de 4 cent. (v. Coléopt., p. 20), rempHs de très-étroites bandes de papier, et dans chacun desquels on met une à deux gouttes d'éther ou de chloroforme.

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