‹ Guide de l'amateur d'insectesChapitre 12 sur 32 · LÉPIDOPTÈRES · texte numérisé non relu

LÉPIDOPTÈRES

USTE!VSILES.

Le premier et le plus important est le filet à papillon, il doit être à la fois léger pour être manié vivement et avec succès, assez solide pour résister aux mouvements brusques; il est composé d'un cercle en fil de fer, d'environ 30 centimètres de diamètre, qui se plie en deux au moyen de brisures, il y en a même qui se plient en quatre et peuvent ainsi être emportés dans la poche ; autour de ce cercle est un ruban de soie auquel est cousu le sac , qui pour ne pas être déchiré par la première épine devra être en crêpe lisse de soie, la couleur verte est préférable, parce qu'elle est moins remarquée par les papillons ; le njanche en bambou a une douille en cuivre sur laquelle se visse le filet.

Filet Fauchoir.

Le fauchoir, sert surtout à récolter les chenilles vivant sur les plantes basses ; c'est un filet de même

forme que le précédent, mais il est plus fort-, le manche est en cornouiller, le sac est en canevas de lin ou de chanvre, retenu au cercle en fer par une coulisse en fort ruban de toile ; on le promène rapidement sur les plantes, les arbustes, afin de faire tomber' dans la poche les chenilles qui s'y trouvent ; il faut avoir soin d'examiner souvent le fond du sac, pour éviter de meurtrir et tuer les captures que l'on a faites et qui devront être de suite internées dans la boîte à chenille que nous décrirons plus loin.

La pince à raquette, fîg. 2, ressemble à une grande

Fisc. 2.

paire de ciseaux dont les lames sont remplacées par des raquettes en fer méplat d'environ 14 cent, sur 10, garnies de tulle souple, bordées de ruban de soie. Elle est destinée à prendre les papillons au repos, sur les troncs d'arbres ou les feuilles ; elle est indispensable pour les petites espèces qui vivent dans les endroits très-fourrés, ou le maniement du filet est impossible. h'Écorçuir^ fig. 3, est un instrument en fer forgé,

Fig. 4.

solidement emmanché, dont l'extrémité s'élargit en cuillère ayant les côtés tranchants} il n'est pas seule-

ment utile pour soulever les écorcos et nit'tl:e à jour les clifnilies et les chrysalides qui y vivciît ou qui y cherchent un refuge , mais aussi pour fouiller dans la terre, au pied des arbres, entre les racines, le long des murs, etc.

Le maillet, fig. 5. est un manche en bois autour

Fig. 5.

duquel est adapté un kilo de plomb, recouvert d'une garniture de liège et le tout enveloppé d'un cuir solide et parfaitement cousu, laissant dépasser environ 15 centimètres pour la poignée; ce maillet sert à frapper les arbres pour faire tomber les chenilles et les papillons nocturnes qui y restent immobiles pendant le jour. Le liège et le cuir n'ont d'autre but que d'amortir le coup, et éviter de faire des plaies aux arbres, en soulevant l'écorce; malgré ces précautions il ne faudra user du maillet qu'avec réserve et éviter de frapper les arbres dont l'éccrce et le bois seraient trop tendres ou résineux, comme les pins, les sapins et autres conifères.

La pince à piquer, fig. 6, est en acier trempé, à

Fiï. 6.

l'intérieur de la parlie coui-be, zon'. d; foites tailles pour empêcher les épingles fines de glisser lorsqu'on

les fixe dans le liège, extérieurement il y a aussi des tailles afin de donuer plus de prises aux doifils en développaut moins de force.

La pince fine, fig. 7, est indispensable pour saisir

Fi-. 7.

les objets que l'on craindrait de gàler en les touchant avec les doigts, le ressort doit en êlre très-souple. Les épingles, fig. 8, sont en laiton étamé, les

Fig. 8.

numéros 4, 5, 6, 7, sont les plus utiles pour les Lépidoptères, pour les Microlépidoptères l'on se sert des numéros 1 et 2 ; les meilleures en qualité sont celles que l'on fabrique en Allemagne , nos manufactures françaises ne peuvent atteindre \v, degré de perfection des premières, celles de 36 millimètres de longueur sont plus généralement adoptées que celles de 42 millimètres qui ploient trop facilement.

La boite de chasse, fig. 9, doit être en fer-blanc

Fiff. 9.

pour mieux résister à la pluie et au soleil, le fond est garni d'une feuille de liège épais; il est indispensable qu'elle soit munie de deux tenons, pour y passer une courroie afin de pouvoir la porter en bandoulière, et avoir les deux mains libres ; on pique dans cette boite les captures que l'on fait pendant la chasse. La botte à chenille, fig. 10, de forme ovale, est pré-

Fifr. 10.

lérable, se plaçant plus facilement dans la poche, *elle a 14 cent, sur 8 cent, et 7 de hauteur ; sur le couvercle est pratiquée une ouverture bordée intérieurement, pour y introduire les chenilles sans qu'elles puissent sortir.

- lu — Le parapluie dont la figure 1 1 ci-conlre indique suffi-

Fipr. H.

•^ îr^'^^

samment l'usage est en coton blanc, les baleines sont recouvertes afin que les petites clienilles ne puissent se glisser dessous el qu'il offre intérieurement le moins de rrcoins possible, où les insectes pourraient se cacher. La Pelote^ fig. 12, est composée de deux morceaux

Fi-. 12.

de cartons ronds, recouverts de soie verte et reliés par un ruban : c'est sur ce ruban que se piquent les épingles. Lorsqu'on chasse, on la pend à la boutonnière

<— ii2 —

afin d'avoir toujours sous la main les épingles dont on peut avoir besoin.

FiK. 13.

La boîte à épingle, fig. 13, sert surtout à emporter une certaine quantité d'épingles, lorsqu'on part pour une expédition de plusieurs jours. Elle est très-commode, parce qu'on a de suite tous les numéros d'épingles, sans être obligé d'ouvrir plusieurs paquets.

La bouteille de mjanure, est un flacon à large goulot, au fond duquel est un tampon de coton, avec un morceau de cyanure de potassium au milieu ; le tout recouvert d'un papier fort, collé aux parois de la bouteille et percé de trous pour permettre l'évaporation ; lorsqu'on prend un lépidoptère trop petit et trop fragile pour être tué par les moyens ordinaires , il suffit de le mettre dans cette bouteille pendant quelques minutes pour qu'il soit complètement asphyxié sans être frotté ni déchiré,

La nappe est une pièce de toile sur laquelle on secoue les fagots, on tamise les feuilles sèches, afin do trouver les insectes qui s'y cachent.

Le filet à larges mailles construit dans le genre des filets à pêcher le poisson, est de forme cylindrique, fermé à l'une des extrémités, avec une coulisse à l'autre bout pour le clore à volonté, tendu dans le

milieu par deux cercles en baleine; c'est grâce à cet instrument que l'on peut se procurer les chenilles de certaines noctuéliles très-rares qui ne mangent que la nuit et se tiennent cachées dans les feuilles mortes tout le jour, l'on prend des poignées de feuilles que l'on met dans le filet et on les secoue jusqu'à ce que les chenilles tombent sur la nappe, que l'on met en dessous pour les recevoir.

h'étaloir, fig. 14, est destiné à étaler les ailes des

Fig. ii.

papillons, les côtés sont faits en peuplier, le fond de la rainure est garni de moelle d'aloës pour y fixer l'épingle du papillon.

Tels sont tous les instruments utiles pour se procurer des papillons, leurs chenilles et leurs chrysalides, mais ce que nous ne saurioiiS trop recommander c'est de ne rien oublier; avant àa partir, il faut faire trois fois l'appel de tous ces objets, l'oubli d'un seul peut faire perdre une journée de chasse, faute d'une bouteille, de la pelote, du moindre de vos instruments, le plaisir et l'intérêt que vous vous promettez seront changés en regrets et ennuis ; il faut donc avoir toujours ces objets réunis dans une gibecière ou un sac de touriste, fig. 15.

Nous donnons de beaucoup la préférence à ce dernier, qui permet d'emporter beaucoup plus , et n'entrave pas la marche et les mouvements.

CHilSSE DES CnE]\'ILLES.

Parmi les chenilles , les unes vivent à découvert sur les végétaux, d'autres se cachent pendant le jour et ne visitent que pendant la nuit les plantes qui leur servent de nourriture; d'autres habitent le sommet des arbres, d'où elles ne descendent que pour se transformer en chrysalides.

Les chenilles qui vivent à découvert sont nombreuses ; lorsqu'on parcourt la campagne pendant les beaux jours du printemps ou de l'été, il suffit d'examiner avec un peu d'attention le premier arbre venu pour y reconnaître de suite la présence et les ravages des chenilles. 11 semble donc que le lépidoptérologiste n'ait ici qu'à se baisser et prendre; mais cela a'est

vrai que pour ces larves communes qu'un collecteur de première année dédaigne même souvent de recueillir. Au contraire, pour trouver les chenilles des espèces rares, on peut dire hardiment qu'il est une foule de qualités indispensables, dont les principales sont un coup d'œil observateur , une longue habitude , et autant que possible , la connaissance pratique de la botanique rurale (l).

Parmi les arbres, ceux qui nourrissent le plus grand nombre de chenilles, sont le chêne, l'orme, le bouleau et le peupher. 11 suffit de frapper le tronc de ces arbres, des deux premiers surtout , dans les derniers jours de mai, ou dans le commencement de juin, pour en faire tomber un grand nombre de larves de Lépidoptères.

Quant aux chenilles qui vivent à découvert sur les plantes basses, une fois que l'on connaît Tépoque de leur apparition et les végétaux dont elles se nourrissent, il suffira pour les trouver d'avoir de bons yeux et beaucoup de patience. Observons seulement que s'il est un grand nombre de chenilles qui se tiennent à l'extrémité des feuilles , il en est beaucoup d'autres au contraire qui se retirent pendant le jour au bas de la tige.

La plupart des chenilles de noctuélites vivent so-

(1) En effet, lorsqu'un auteur, même sans spécifier de plante, indique d'une manière générale que telle chenille vit sur les labiées, les caryophyllées, les légumineuses, comment poumt-on espérer de réussir dans ses recherches, si l'on ne connaît pas au moins l«s principales plantes dont se composent ces familles ?

litaires et cachées sous les graminées et sous les plantes basses. Ces chenilles ne mangent que la nuit, et le jour elles se retirent sous des feuilles sèches aux environs de la plante qui les nourrit. C'est ici que l'usage de la nappe, du parapluie et du filet à larges mailles devient nécessaire ; on fera des amas de feuilles sèches dans le voisinage des plantes où l'on remarquera que les chenilles ont mangé ; on secouera ensuite ces tas de feuilles en divers sens ; puis, après avoir rejeté les feuilles par poignées , on examinera le fond de la nappe ou du parapluie, pour en retirer les chenilles que ces diverses secousses y auront fait tomber. On sent, du reste, que le hasard doit jouer un rôle immense dans cette sorte de chasse, qui, en échange de beaucoup de peine, donne souvent de médiocres résultats. 11 est vrai.de dire, par compensation, que c'est à peu près le seM'l moyen qu'on puisse employer pour se procurer une foule de chenilles de rares noctuélites.

Parmi les chenilles, il en est plusieurs qui se nourrissent exclusivement de graines ; d'autres se renferment dans les .siliques de certaines légumineuses; d'autres, enfin, vivent dans les capsules de plusieurs caryophyllées, particulièrement dans celles des genres Silène, Lychnis^ Agrostemma, Gypsophila, etc. D'autres sont essentiellement lignivores ou médullivores, et vivent dans l'intérieur des arbres, dans la tige des roseaux (1), etc., etc. Quelques-unes vivent de lichens, d'algues ou autres plantes cryptogames.

(1)11 est indispensable de reconnaître l'ciuverture que les chenilles ont pratiquée pour s'introduire dans les végétaux 5 pour arriver a

II en est un grand nombre qui sont frugivores, surtout parmi les pyralites et les tinéites ; elles vivent dans l'iatérieur des pommes, châtaignes, etc.; il en est quelques-unes aussi qui vivent dans la graisse ou dans les matières animales en décomposition.

Le blé qui nous sert d'aliment , la laine et la soie qui nous vêtissent, la plume de nos lits, etc., servent de pâture à une foule de chenilles, dont l'énumération exigerait un volume s'il fallait entrer dans le champ de la spécialité.

EPOfjUE OU IL COIVYlUtVT DE CHASSE ïi LES CISE]«1LLES.

S'il est vrai qu'on trouve des chenilles dans toutes les saisons, il ne l'est pas moins que c'est au printemps et en automne qu'on en rencontre davantage. Ceci posé, nous allons suivre l'ordre du calendrier dans Tindicalion des mois où paraissent les principales espèces.

Vers la fia de février, ou dans les premiers jours de mars, lorsqu'une douce température commence à succéder aux gelées de l'hiver, on doit explorer les feuilles

cette découverte, on aura soin d'examiner plus particulièrement les feuilles mortes ou languissantes-, c'est le plus sûr indice du voisinage des chenilles; car les feuilles dont elles ont attaiiué la tige se décolorent et ne tardent pas a mourir; c'est un principe qui ne souffre pas d'exception ; fort de cette connaissance, l'amateur de Lépidoptères arrivera facilement a la découverte du trou pratiqué par la clienille, et ensuite à la conquête de celle-ci.

sèches à l'aide de la nappe ou du parapluie, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment. A l'aide de cette méthode, on se procurera un grand nombre de chenilles de noctuélites appartenant aux genres Agrotis, Noctua, Triphœna, etc. Les plantes aux environs desquelles il convient particulièrement de faire des amas de feuilles sèches, sont les suivantes, que nous nommons à peu près dans l'ordre successif de leur développement : la violette, le lieri'e terrestre {glechoma hederaceà), la benoîte (geum urhamim], différentes espèces à'oseille^ principalement les rumex acetosa et acetosella, les plantains {planlago lanceolata et pfantago média), et surtout la grande primevère (primula verts elatior), qui croit dans les clairières des bois. C'est ainsi qu'on pourra se procurer les chenilles des noctuelles Tenehrosa, Festiva, Brunnea, Sigma, Baja, Bella , Ditrapezium. (1) {tristigma) , Triangulumy Rhomboidea, C. nigrum.; celles des Apamea BaHlinea, Anceps (infecta), Unanimis, Strigilis ; des Aplecta herbida, et Nebulosa; des Triphœna Linogrisea, Fimbria, Orbona. La chenille de la Triphœna Janthina vit principalement sur Varum maculatinn, et c'est aux environs de cette plante qu'il convient de la chercher. On explorera les graminées, surtout celles

(t) Nous avons cru devoir, conformoment à la méthode suivie dans le Sppxirs gèiv'ral (1"$ Lépi'JnptèrPs, restituer aux espèces les noms anciens, donnés par les premiers auteurs qui les ont fait connaître, c'est en admettant ce principe du droit de priorité généralement adopté aujourd'hui, qn'on arrivera à faire cesser toute confusion dans les synonymies, et a posséder une nomenclature uniforme.

qui sont longues et rudes, pour y trouver les chenilles de plusieurs espèces des genres Lçucania et Caradrina, notamment celles des Leucania pitdorina, Turca et Impura; de la Tripliœna interjecta, de la Cerigo ajtherea; de la Pachetra leucophœa, etc. La chenille de la Noctua Xanthographa est commune darj^ tous les bois des environs de Paris ; on la trouve sous la plupart des graminées ; mais elle se nourrit d'un grand nombre de plantes basses.

Le système de chasse dont nous venons de parler devra être continué jusque vers la mi-avril, époque où les chenilles vivant de plantes basses, qui ont passé l'hiver, sont d'ordinaire, presque toutes métamorphosées On continuera cependant de visiter les rumex acetosa et acetosella, jusque vers le commencement de mai, pour y chercher plusieurs chenilles rares, entre autres celles de la Nochia glareosa {hebraïca) de la Tœntocampa gracilis, etc. Vers le 20 avril, et même plus tôt, il faudra ramasser avec soin les chatons des saules marceaux, des trembles, peupUers, etc., pour y recueillir les chenilles de plusieurs espèces de Xanthia, entre autres celles des A', silugo, cerago et ocellaris, qui vivent dans les chatons de ces arbres.

La chenille de la charmante Xanthia xerampelina vit exclusivement, pendant le jeune âge, dans les fleurs du frêne, tandis que c'est le hêtre qui fournit, au premier printemps , la chenille de la Tœniocatnpa macilenta, ainsi que celle de la Xanthia aurago, rare aux environs de Paris -, elle a été prise à Fontainebleau.

Le mois d'avril est un des mois les plus favorables; c'est vers le commencement de ce mois qu'il faut chercher la chenille de la Pliisia chrysitis sur l'ortie dioïque, dans les endroits marécageux; celle des Plusia iota et V. aureum sur l'ortie, le chèvrefeuille et la consoude, dans les clairières humides des bois. C'est aussi le meilleur moment pour la recherche de la chenille de la Chelonia hébé, qui vit sur la mille-feuille, le séneçon, etc., dans les parties sèches et brûlées des terrains siliceux calcaires. A la même époque, la chenille de la Chelonia civica est parvenue à toute sa taille. On la trouve dans les clairières arides des bois, sur la mille-feuille, les rumex, etc., etc. Celle de la Chelonia villica vit principalement sur les orties, le lahium album^ etc.; celle de la Callimorpha dominula habite les lieux humides, sur l'ortie, la cynoglosse, la buglosse et autres boraginées. Une excellente localité pour cette espèce est le bord de la Bièvre, au-dessus de Versailles, en se dirigeant vers Laminière. C'est encore à la fin d'avril qu'il convient de rechercher la chenille de certaines Sésies, entre autres, celles des Sesia mutillœformis, tipuliformis et asiliforwis ; la première vit dans l'intérieur des jeunes branches du pommier, la deuxième dans l'intérieur du groseilUor, et la troisième dans le tronc des jeunes trembles et peupliers. A cette époque, on n'oubliera pas d'explorer les lichens qui croissent le long des parapets des ponts, ou contre les vieux bâtiments, pour y recueillir les chenilles des Bnjophila perla, fjlandifera et ravula; celle à'Àlgcs vit, au contraire, sur les lichens des

arbres. Enfin les lichens qui tapissent le tronc des arbres exposés au midi, particulièrement le tronc des chênes, des ormes et des peupliers, devront être soigneusement visités, parce qu'ils servent de nourriture à un grand nombre de chenilles de lithosies, au nombre desquelles nous mentionnerons les Lithosia complana, complannla, griseola, etc., etc. La chenille de la lithosia Caniola préfère les lichens des toits et des murailles.

Vers le 10 mai, lorsque les bois se couvriront de feuilles, c'est alors que l'on devra commencer, soit à l'aide du maillet, soit avec un bâton, à frapper le tronc ou les branches des arbres, pour en faire tomber les jeunes chenilles. On trouvera sur le chêne les chenilles des Catocala spuiisa et Promissa, la première en battant les branches dans le parapluie, ou en frappant le tronc de l'arbre avec le maillet ; la seconde se tient pendant le jour dans les rides des écorces avec lesquelles elle se confond souvent par sa couleur.

La Catocala nnpta se trouve sur le saule et le peuplier, elle arrive à toute sa taille en juin et juillet, elle descend aussi souvent entre les rides des écorces.

Les Catocala dilecta et Elocata ont été prises quelques fois à Fontainebleau, la première sur le chêne,

(1) Nous n'avons pas besoin de faire observer ici que les noms finançais qui ont elé pour la plupart créés par Ernst et Geoffroi sont bien rarement en harmonie avec les noms latins, les seuls qui soient usités dans les classifications actuelles. C'est pourquoi nous les avons supprimées.

la seconde sur le peuplier ; c'est alors que le chêne, l'orme et la plupart des arbres forestiers sont dévorés par des myriades de chenilles, appartenant pour la plupart à la tribu des bombycites, à celle des noctuÉ- Htes et des phaléniles. Il serait superflu de les énumérer ici. Qu'il nous suffise de dire quê'le passage du mois de mai au mois de juin est l'époque de l'année où les chenilles pleuveut, pour ainsi dire, des arbres. L'expérience seule peut apprendre au lépidoptérologiste quelles sont les espèces qui méritent d'être recueillies. A cette époque, on fera bien de chasser aussi, sur le tronc des arbres, certaines chenilles qui, pendant le jour, se tiennent immobiles entre les interstices des écorces, principalement sous les mousses et lichens qui les garnissent et que le maillet ne saurait faire tomber. C'est ainsi que le chêne procurera les chenilles des uocluelles Aprilina, Munda et Lœvis, le peuplier et les saules, celles des noctuelles, Ypsilon et Lota, etc.

C'est encore vers la fin de mai qu'on trouvera, mais rarement, sur diverses espèces de peupliers, la chenille de la feuille morte qui porte le nom de cet arbre [Lasiocampa populifoHn). Celle de la Nymphalis popiili vit sur le tremble et se métamorphose ordinairement vers le 25 mai. C'est vers la fin du même mois qu'on doit chercher la chenille du Limenitis Sibylla, dans les clairières sombres des bois humides, sur le chèvrefeuille commun (Lonkera poricli/menum), celle du Limenitis Camilla sur la même plante, et aussi sur le Symphoricarpos 7acemosa, planlè exotique qui décore

les jardins. On trouve aussi la même chenille sur le caniérisier des bois (Lonicera xylosteum).

A la même époque, la chenille de la Chelonia purpurea se trouve, parvenue à toute sa taille, sur le genêt à balai (Spartium scoparium), la grande ortie (l/rtica dio/ca), la vigne, etc., etc. Cette chenille est polyphage, ainsi que la plupart de ses congénères, et n'est pas rare certaines années.

Le commencement du mois de juin est encore propre à la recherche des chenilles de Bombycites et de Noctuéliles. C'est l'époque où la chenille de la feuille morte du prunier {Lasiocampa pnini) se change ordinairement en chrysalide. Cette chenille vit rarement sur les arbres fruitiers; on la trouve dans les bois, sur le chêne, le bouleau et particulièrement sur l'orme. La chenille du Bombyx clumeti se tient cachée sous les feuilles de pissenlits (Leontodon taraxacum), de l'épervière piloselie {Hieracium pilosella) et de plusieurs autres chicoracées. La chenille du Liparis y. niffrum, celle de ÏOrgyia fascelina, se trouvent : la première sur les arbres forestiers, dans Ic;s bois humides ; la seconde sur les genêts {Spartium scoparium^ dans les lieux arides.

Vers la Saint-Jean, on devra chercher la chenilly du [Bombyx castrensis) sur le ciste hélianthème, le tilhymale à feuille de cyprès (Euphorbia cyparissias), le genêt, etc ; celle de la noctuelle la Cleophana Unarix sur la plante du même nom ; celle de la vanesse carte géographique brune iVanessa prorsa), depuis le 25 juin jusqu'au 8 juillet, sur la grande ortie, dans

les clairières marécageuses des bois. Cette chenille vit en famille comme la plupart de ses congénères, et est très-commune dans la forêt de Compiègne, surtout du côté de Pierrefonds. Plus près de Paris on la trouve, mais moins abondamment, sur les bords de la Blèvre, au-dessus de Versailles, dans les forêts de Bondy, de Châville, etc. Celle de la Catocala fraxini sur les les trembles des forêts.

Le mois de juillet qui est en général une saison peu favorable à la recherche des chenilles de noctuélites, est, au contraire, le temp? le plus propice pour trouver les chenilles de Sphinx. C'est à cette époque qu'il faudra chercher la chenille du Beilephila Euphorbiœ, sur différentes espèces d'Euphorbia, principalement le Cyparissias dans les endroits sablonneux.

Vers le 15 juillet, on commence à trouver la chenille du Pterogon senotherœ. sur les Epilobium roseum et montanu?», elle n'est pas commune aux environs de Paris ; celle de V Acherontia Atropos sur la pomme de terre et les Lycium barbarum et Europœmn\ celle du Sphinx Ligustri, sur le troène (^Ligustrum vutgare)f\e \i\a.s, (syringa vulgaris)\ celle du Sphinx Convolvuli, sur le Convolvulus arvensis.

Vers le commencement et jusque vers le milieu du mois d'août, on cherchera la chenille du Beilephila porcellvs sur le caille-lait jauae (Galium verum) ; celle du Beilephila galii sur la garance {Bubia tinctorium) ; il est bon d'observer que ces deux chenilles vivent solitaires et cachées au bas de la plante, pendant le jour; celle du Macroglossa stellatarum vit sur le

caille-lait blanc (Gnliiim mollvgo) ; cejles des fuciformis et bomhyliformis se trouvent, la première toujours cachée pendant le jour au bas des touffes de la scabieuse mort-du-diable [Scabiosa swcmrt),la seconde sur les chèvrefeuilles.

La chenille du Deilephila elpenor doit être cherchée depuis le 10 août jusqu'au commencement de septembre, sur plusieurs espèces d'épilobes, au bord des étangs ou des mares. On la rencontre aussi sur la vigne, mais beaucoup plus rarement.

C'est vers le mois d'août qu'on trouvera la chenille de la Gortijna flavago dans l'intérieur des tiges de l'hyèble (Sarnbucus ebulus) ; celle dès Nonagria ttjphœ et spargarAi dans la tige des Typha et des Sparganium qui croissent au bord des mares, dans les lieux marécageux ; celle de la Nonagria palvdicola vit dans l'intérieur des tiges de V Arwido phragmites.

Dans le mois de septembre on battra le tronc ou les branches des saules et des peupliers pour y recueillir la chenille des Pygœra curtida, anachorela, reclusUy anaslomosis, etc. On trouvera sur le chêne la chenille du Pygœra bucephala, et celle de plusieurs autres bombyciles et noctuélites. Vers la fin du même mois et vers le commencement d'octobre, on se procurera en battant les chênes celle du ISotodonta qiierna.

La fin de septembre ou le commencement d'octobre est l'époque la plus favorable à la recherche des chenilles de deux belles noctuelles, les Thyalira bâtis et derasa; on trouvera les chenilles de ces deux Lépidoptères sur difTérentes espèces de ronces et sur le

framboisier (Rubus fruticosus, cœsius et idœus). II est bon de remarquer que la première de ces chenilles vit à découvert, tandis que la seconde se cache en dessous des feuilles. C'est à la même époque qu'on devra rechercher les chenilles de la Mamestra Persicarix et de la Phlogophora Lucipara; ou les rencontrera également sur la ronce et sur diverses autres plantes.

Vers le mois de novembre, on devra de nouveau faire des amas de feuilles sèches, et y chercher, comme nous l'avons dit plus haut, les chenilles qui doivent passer l'hiver.

MAIKIERE D'ELEVER LES CHEIKILLES».

L'éducation des vers à soie peut servir en général de modèle à celle des autres chenilles. Toutes les fois donc qu'on trouvera une chenille sur une plante , on est à peu près sûr de l'élever en lui fournissant une quantité sutrisante de cette plante, qu'on aura soin de tenir fraîche et de renouveler souvent, surtout dans le moment des grandes chaleurs.

Il y a beaucoup de chenil'es qui sont polyphages. On pourra lesnourrir indistinctement avec toute espèce de végétaux.

Dans rétal de captivité, la laitue et la romaine conviennent particulièrement à la plupart des chenilles de noctuélites qu'on trouve sous les feuilles sèches, eu automne ou au commencement du printemps.

Mais pour la pl!4>art des autres chenilles c'est un

ali ment trop aqueux qui relâche les tissus, et qui bien souvent étiole d'avance les couleurs de l'insecte parfait que la chenille doit produire.

Les chenilles qui doivent s'enterrer seront élevées dans de grands vases, ou dans des pots à fleurs à demi remplis de terre de bruyère. Afin de donner de l'air et de la lumière aux chenilles , on couvrira ces pots ou ces vases avec de la gaze, du canevas ou de la toile métîiUique. On aura soin en outre d'étendre sur la terre dont nous venons de parler un lit de mousse et de feuilles sèches, afin que les chenilles puissent s'y blottir, ainsi qu'elles ont l'habitude de le faire dans la nature. Nous recommandons surtout ce moyen pour les chenilles de noctuélltes qu'on se sera procurées à l'aide de la nappe ou du parapluie; il devient indispensable pour les chenilles qui passent l'hiver à l'état de captivité.

Pour élever les espèces qui aiment la chaleur, telles que les écailles (Cheloniaj et en général toutes les chenilles fileuses, il est préférable d'avoir des boîtes dont le couvercle soit {nesque uussi profond que la boite elle-même ; on aiaa soin de supprimer une partie dudit couvercle et de la remplacer avec de la gaze fixée par de la colle.

Certaines espèces qui vivent au sommet des montagnes , souvent entourées de brouillards, ont besoin pour être élevées que l'on remplace artificiellement celte humidité. M. Fallou a récemment construit dans ce but un instrument pour pulvériser l'eau, avec lequel il a obtenu de très-bons résultats.

On nettoiera souvent les boîtes et les pots où il y aurait un grand nombre d'individus pour éviter que les crottes n'engendrent en se moisissant des exhalaisons nuisibles.

PREPARATIOIV ET C0]\SERYATI01V DES CHE!%ILLES.

Nous ne terminerons pas cet opuscule sans dire quelques mots sur la manière de préparei et de couserver les chenilles dans les collections , et c'est ici l'occasion de recommander aux jeunes amateurs de ne point négliger l'étude des chenilles, qui est si importante en entomologie. Quelquefois, en efl'et, ce n'est qu'au moyen des larves qu'on peut déterminer d'une manière positive certaines espèces, et, dans la pratique, c'est en élevant les chenilles, qu'on se procurera les papillons les plus frais et les plus rares, ainsi qu'un grand nombre d'espèces qu'on ne rencontre presque jamais à l'état d'insecte parfait.

Pour étudier les chenilles à son aise, pour reconnaître celles qu'on a déjà une fois trouvées, il est bon de pouvoir les conserver, afin de les avoir sans cesse sous les yeux. Plusieurs méthodes sont cmoloyéesàcet effet.

La première manière de conserver les chenilles n'exige aucune préparation préalable, elle consiste à les enfermer dans des petits liibes de verre remplis d'alcool très-étendu avec de l'eau distillée, et bouchés bien hermétiquement -, mais avant de plonger ainsi les

-chenilles dans les fioles d'esprit de vin où elles doivent définitivement demeurer , il faut avoir soin de les laisser séjourner quelques heures dans d'autre alcool où elles puissent dégorger les matières acres et colorantes dont elles se débarrassent pendant leur agonie.

L'esprit de vin, du reste, quelque faible qu'il soit, a l'inconvéuienl d'altérer, au bout d'un temps plus ou moins long, les couleurs des chenilles, on ferait donc bien de lui substituer la liqueur suivante :

Esprit de vin 350 grammes.

Eau distillée '250 id.

Sublimé corosif 10 id.

Alun calciné 80 id.

La seconde méthode consiste à injecter dans les chenilles, avec une très-petite seringue, après les avoir vidées, un mélange de cire colorée, fondue avec de l'essence de térébenthine.

« Au lieu d'injecter, dit M. Boitard, on peut remplir « le corps de la chenille avec du coton haché trèsce menu, dans lequel on met un peu d'arsenic et d'alun « calciné réduits en poudre. »

Mais ce n'est que pour mémoire que nous parlons de ces diverses méthodes, dont l'emploi est long et difficile et dont les résultats sont loin souvent d'atteindre le but qu'on se propose.

Celle que nous avons adop'.ée définili'^ement, après avoir essayé de toutes les autres , et dont nous avons été le plus satisfait, est la vieille méthode d'insufflation sur laquelle nous nous étendrons un peu plus longue-

ment bien qu'elle soit mentionnée ci fort bien expliquée par plusieurs auteurs.

Voici de quelle manière on devra procéder pour soufller les chenilles qu'on désirera conserver dans sa colîoction :

Oïl commencera par vider entièrement la chenille en la pressant entre le pouce etTiodex et en faisant sortir avec soin par l'extrémité de l'abdomen tous les intestins et viscères. Lorsque le corps de la chenille ne contiendra plus rien, ce dont il sera facile de s'assurer en voyant si la peau est bien transparente, on introduira dans l'anus un tube de paille proportionné à la grosseur de la chenille, et on le fixera à la peau, soit avec un fil, soit, ce qui est préférable, avec une épingle trèsfine : on allumera ensuite du charbon de bois dans un réchaud, et quand le charbon sera bien incandescent on placera au-dessus un vase en tôle de forme concave ou une simple plaque de tôle extrêmement mince : la tôle ne fardera pas à s'échauffer et à dégager une grande quantité de calorique, c'est alors qu'il faudra souffler la chenille en la tenant à quelques centimètres au-dessus de la tôle et en roulant le tuyau de paille dans ses doigts pendant qu'on soufflera, afin que la chenille sèche également de tous les côtés. Dans l'espace de deux ou trois minutes, selon la grosseur de la chenille, l'air chaud qui se dégage sans cesse de la tôle aura entièrement retiré de la peau toute l'humidité qu'elle contenait, et la chenille aura conservé la forme qu'on lui aura donnée pendant l'opération. On saura que le travail est terminé lorsqu'en pressant légèrement

la chenille entre les doigts , on senlira que la peau est sulTisarnment tendue. Quand on sera obligé de s'arrêter pour reprendre haleine pendant qu'on soufflera la chenille, il faudra avoir soin de la retirer du feu, car si on la laissait quelques secondes seulement dans l'air cliuud sans la -souffler, la peau prendrait un mauvais pli qu'on ne pourrait plus faire revenir. La chenille étant préparée , il ne restera plus qu'à retirer la paille ou à la couper et à traverser l'insecte de part en part avec une épingle, à moins qu'on ne préfère le fixer avec de In gomme dissoute dans l'eau, sur un petit morceau de liège ou de moelle de sureau.

Le choix des chenilles qu'on veut ainsi conserver en les soufflant doit être fait avec quelque discernement ; ainsi les chenilles velues , telles que celles des Écailles et de certains Bombyx fB. crafœgi, quercus, primi, trifolii, aitriflua, etc., etc.) devront être tuées peu de temps après le dernier changement de peau ; sans cette précaution, les poils se détacheraient du corps pendant qu'on pressurerait la chenille pour la vider , et l'on n'aurait dans sa collection que des sujets Incomplets et méconnaissables. Il faut aussi, autant que possible, faire choix d'individus bien sains, car lorsqu'une chenille est ichneumonée , outre qu'on risque de crever la peau en la vidant, les piqûres d'ichneumons laissent de petits trous par lesquels l'air s'échappe , ce qui fait souvent manquer l'opération. Enfin, il ne faut pas vouloir souffler une chenille pendant qu'elle mue, état qu'on reconnaît facilement au gonflement des anneaux et à la tension de la tête, parce que dans ce moment la

chenille perd ordinairement sa forme et la vivacité de SCS couleurs.

Une dernière observation qui s'applique à toutes les collections enlomologiques en général, mais bien plus spécialement à celle des chenilles, c'est de tenir ses boites dans un lieu, bien sec. Si l'humidité venait à pénétrer dans les cartons , les chenilles soulïlées qu'ils renfermeraient se déformeraient immédiatement et la collection serait détruite ; car les chenilles perdraient bien vite cette apparence de vie qu'on parvient à leur donner, avec l'habitude, quand on les prépare par la méthode d'insufflation que nous venons d'expliquer.

Page 1