CHRYSALIDES
On sait que les chenilles accomplissent leurs métamorphoses de plusieurs manières ; les unes, à l'instar du ver à soie, filent une coque plus ou moins dure ; les autres se suspendent horizontalement ou verticalement, soit au tronc des arbres, soit aux parois des murailles. Il en est plusieurs qui pratiquent sous l'écorce des arbres une p ftite loge dans laquelle elles renferment leurs chrysalides ; le plus grand nombre s'enterrent au pied des arbres ou au bas des plantes qui leur ont servi de nourriture.
A l'exception de quelques espèces comme le Bombyx grand Paon (Saturnia pyri) ou comme l'écaillé fuligineuse [Chelonia fuliginosa), dont la première fait sa coque, soit au pied des ormes ou des arbres fruitiers,
soit aux enfourchiires des branches de ces arbres, soil contre le chaperon des murs qui les avoisiuenl, dont la seconde file sous les rebords ou dans les interstices des vieilles murailles, A l'exception, disons-nous, de quelques espèces, les chenilles fileuses font leur coque tantôt au sommet des branches d'arbres, tantôt à l'extrémité des tiges, tantôt encore dans les racines des plantes qui les ont nourries ; mais, dans tous les cas, elles dissimulent si bien le lieu de Umr nouvelle retraite, que c'est un bien grand hasard que de le découvrir, il faut donc renoncer à ce genre de chasse, excepté pour quelques familles, les Zygénides, par exemple, qui suspendent pour la plupart une coque on bateau à l'extrémité des longues graminées voisines de la plante sur laquelle elles ont vécu ; c'est ainsi que vers la fin de juin, dans les lieux arides où croissent en abondance, le Lotus cornkulatus, Hippocrepis coinosa et les CoroniUa varia, minima, on se procure les coques des Zygœna peucedani, hippocrepidis, etc.
Pendant l'hiver et au premier printemps, on peut espérer de rencontrer la coque de la Harpija Milhauseri, incorporée au tronc des chênes surtout dans les bois exposés au midi, et dont le taillis est peu fourré. Cette coque est extrêmement difficile à découvrir parce qu'elle se confond avec l'écorce des arbres dont elle fait partie.
C'est aussi dans l'hiver qu'il faudra chercher les coques des Dicranura erminea, vinula et bifida. Ces coques épaisses et très-dures se trouvent au bas des trembles et des diverses espèces de peupliers,
La plupart des Lépidoptères diurnes ou rhopalocères , se suspendent horizontalement ou verticalement, selon les différents groupes auxquels ils appartiennent, soit en dessous des feuilles, des végétaux, soit même contre les murailles des vieilles habitations.
En soulevant avec un instrument l'écorce des ormes, on y trouvera aisément, dans l'hiver, les chrysalides des Acronycta, psi, aceris, etc., sous l'écorce des peupliers, celle de V Acronycta megacepliala, et sous l'écorce des frênes, celle de V Acronycta Ikjustri.
Mais une recherche qui sera beaucoup plus fructueuse que toutes celles dont nous venons de parler, c'est celle des chrysalides dont les chenilles se sont enterrées au pied des arbres.
On fouillera au pied de ces derniers, dans un rayon de 12 ou 15 centimètres au plus, et à une profondeur de 6 ou 7 centimètres au moins, soit avec l'écorçoir, soit avec la pioche dont nous avons parlé plus haut. On aura soin ensuite d'éparpiller la terre afm de ne perdre aucune des chrysaUdes qui pourraient s'y être logées (1).
L'orme et le peuplier sont les arbres au pied desquels on trouve le plus de chrysalides. La raison en est simple ; indépendamment de ce que ces arbres nourrissent un grand nombre de chenilles, ils ont en outre l'avantage d'être isolés, étant pour la plupart du
(1) Pour pratiquer l'opération que nous venons de décrire, il convient de choisir une terre meuble ; plus la terre est dure et résistante, moins il y a de chance pour y trouver des chrysalides.
temps disposés par rangées, ou tout au moins en quinconce, le long des routes, des rivières, etc., tandis que les chênes, les bouleaux, et autres arbres forestiers, offrent presque toujours des taillis peu pénétrables aux influences de l'air et de la lumière; d'ailleurs dans un massif d'arbres, il est impossible de savoir quels sont ceux au pied desquels les recherches doivent être dirigées de préférence.
Si l'on fouille pendant l'hiver au pied des ormes qui bordent les routes, on y trouvera les chrysalides du Smerinlhus Tilix (1). Celles de plusieurs espèces de noctuelles, entre autres les Tœniocampa stabilis, insiabilis, cruda {aiïibigiia), miniosa ; Mamestra hrassicœ; Hadena oleracea ; Diphtera Orion, etc., enfin plusieurs chrysalides de géomètres telles que celles de V Amphydasis hetularia, de Biston hirtaria, Phigalia pilosaria, etc., etc.
Sous les peupliers, particulièrement dans les lieux humides, on pourra trouver à la même époque les chrysalides, du (Smerintims populi), et celles de plusieurs Noiodontides, ainsi que les chrysalides des Cymalophora ocularis [OrAogesima) et de Tœniocampa popnleti qui commencent à éclore dans les premiers jours du mois de mars.
Nous avons dit que la recherche des chrysalides au pied des chênes, était généralement une recherche
(1) En Suède, et dans les parties septentrionales de l'Europe, où l'oruie ne vpgéte plus, la chenille de ce sphinx vit sur le tilleul ; c'est pour cela que Linné, qui l'a décrit le premier, lui a imposé le nom de Svnjrinthits Tilix.
stérile ; il n'eu est cependant pas toujours ainsi, surtout lorsqu'il s'agit de chênes arrivés à une certaine grosseur, placés sur la lisière des bois, à une assez grande distance les uns des autres, et bien exposés aux rayons du soleil. On trouvera sous ces arbres ou en soulevant la mousse qui en garnit le pied, plusieurs espèces de chrysalides de Notodontides et de Noctuéliles, dont les chenilles se sont métamorphosées pendant l'automne ; dans les mois de juillet et d'aoîit si l'on touille au pied des chênes situés ainsi que nous venons de le dire, on y rencontrera les chrysalides de VHadena protea, et de VAhrioph aprilina, espèces qui éclosent vers la fin de septembre ou dans le commencement d'octobre ; dans l'ouest de la France, c'est ainsi qu'on se procure la chrysalide de VHadena roboris.
Il arrive souvent que plusieurs chenilles de Noctuélites qui vivent sur les plantes basses, dans l'intérieur des bois viennent se métamorphoser au pied des chênes; nous citerons, entre autres, V Axilia putris et la Xylophasia hepatica, dont on trouve quelquefois les chrysalides en soulevant la mousse qui tapisse le bas des gros chênes. Comme la chenille de cette dernière espèce opère sa métamorphose dès le mois de février, c'est dans les mois de mars et d'avril qu'il convient d'en chercher la chrysalide.
Enfin un excellent moyen de se procurer les chrysalides de plusieurs espèces rares, entre autres celles des Agrolis porphyrea, agatina et ericœ, un moyen qu'on emploie avec succès dans le centre et dans
Touest de la France, c'est de suivre les paysans lorsqu'ils arrachent les bruyères (1). Les racines de ces plantes recèlent dilîérentes espèces de chrysalides appartenant pour la plupart à de rares Noctuéliles, ou à de bonnes Géomètres.
Pour compléter ces renseignements sur la chasse aux chrysalides, nous extrayons quelques passages d'un article publié en Angleterre par le révérend Joseph Greene.
Après avoir cherché à démontrer, fort spirituellement que l'insuccès est du, neuf fois sur dix, au manque de patienf^e du chasseur, et donné une liste de 113 espèces de chrysalides trouvées par lui au pied des arbres, il dit : Ceux au pied desquels il faut chercher de préférence, sont : le saule, le chêne, l'orme, le bouleau, le hêtre, le frêne et l'aubépine ; on ne devra cependant pas négliger entièrement les autres arbres, lorsqu'on les rencontrera isolés, quoiqu'il y ait beaucoup moins à trouver -, c'est à la racine des sapins, entre autres, que l'on rencontrera les Boarmia ahietaria et Trachea P imper (la.
Septembre et octobre sont la meilleure époque pour la recherche des chrysalides. Plus tard, elles deviennent d'autant plus rares que la saison est plus avancée, la différence est dans la proportion de deux à huit en Janvier.
Les seules choses nécessaires dans cette chasse sont : un écorçoir et une petite boite garnie de
(1) Dans certains pays, cela s'appelle écobuer les bruyères.
mousse, pour contenir les chrysalides, qui seront prises en main le moins possible et avec beaucoup rie précaution.
Les meilleures localités sont les parcs et les vergers où il y a des arbres disséminés. Les arbres autour desquels les animaux domestiques ont enlevé le gazon, ceux situés sur les bords des rivières, des digues, etc.; un sol sec et friable est le plus avantageux pour cette chasse.
Lorsque l'on a rencontré ces conditions, on introduit l'écorçoir à environ vingt centimètres du tronc et à la profondeur de dix centimètres; on éparpille la terre comme il est dit page 107, on examine aussi la partie découverte par l'enlèvement de la terre et l'on tâte doucement, pour lâcher de découvrir les cocons qui sont adhérents à l'arbre et aux racines ; si cependant celles-ci sont fortement entrelacées, il n'y a pas d'avantage à les examiner. On doit visiter aussi avec beaucoup de soin les nœuds et les crevasses formés dans l'écorce; on est souvent étonné du peu de dimension des trous ou crevasses par lesquels une chenille peut pénétrer. Il faut également chercher dans et sous la mousse qui recouvre les racines et le bas du tronc ; c'est presque toujours de cette manière que l'on se procure des chrysalides de Bombyx.
En fouillant autour des arbres dont les racines ne sont pas du tout à découvert, il ne faut pas s'écarter de plus de dix centimètres du tronc, ni pénétrer à plus de huit centimètres de profondeur. Lorsque l'on aura fouillé dans un sol trop dur pour que les chenilles
aieut dû y pénétrer, si l'on remet la terre en place après l'avoir bien divisée, il est probable que plus tard on sera dédommagé de sa peine par des chrysalides que l'on y rencontrera.
Quoique nous ayons indiqué septembre et octobre comme la meilleure époque pour la chasse des chrysalides, on peut en trouver cependant toute l'année, et, bien que le printemps et l'été soient consacrés de préférence à la recherche des papillons et des chenilles, si l'on sort alors avec lécorçoir, on trouvera à l'utiliser, ne serait-ce que pour préparer la place, comme il est dit plus haut, au pied des arbres que l'on aura reconnus propices pour la transformation des chenilles.
COmSERVATIOTV DES CHRYSALIDES.
Pour conserver et faire éclore chez soi les chrysalides qu'on aura recueillies, on aura soin de les enterrer à moitié dans des boites ou des pots à demi remplis de terre de bruyère, de manière à ce que la pointe ou partie postérieure de la chrysalide, reste enfoncée dans la terre, tandis que la partie antérieure par laquelle le papillon devra sortir sera dirigée vers le ciel. On recouvrira ensuite les chrysalides avec une couche légère de mousse qu'on aura soin d'humecter de temps en temps.