I. Préface du Roman de la Rose, par Clcmcnt Marot
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maîtres n'ont pas jugées dignes de coudoyer les incunables, les Aides, les Elzeviers et les Bodi^.
Déjà depuis plusieurs années k goût des livres -à figures a commencé à se répandre, à ce point même que
* tel ouvrage qui ne se vendait qu'une quarantaine de francs il y a trente ans se paye aujourd'hui trois, quatre et même cinq cents francs. Je ne veux pour témoins que les Chansons de Laborde, les Contes de La Fon- . taine, de l'édition des fermier»^nérauz» et les Bflisers dcL Dorât. Eh bien! malgré cela, aucun manuel, aucun Tade*mecum n'a ^urgi pour servir de guide aux amateurs. Tout ce qu^l'on trouve en fait d'indication dans les ouvrages de Brunct et de Q.uérard, comme dans les catalogues de vente, se borne à ces simples mots qui suivent la description typographique du livre : a avec figures » , ou bien : « figures de Moreau ou d'£isea; » dans quelques cas rares^ la désignation plus ou moins exacte du nombre de figures, ou encore la mention qu'elles existent avant la lettre. Mais jamais il n'est question ni des fleurons, ni des vignettes, ni.des culs-de-lampe* ; jamais le nom du graveur n'est prononcé. Et cependant de quelle importance la gravure n'est-elle pas dans une estampe ? De même qu'un mauvais chanteur p&ut gâ-
I, En style d'amateurs de livres illustrés, on appelle : frontispice, la planche qui est en tête d'un volume et qui assez souvent est allégorique; fleuron, la vignette qui est sur le titre, quelquefois aussi les petites vignettes représentant des écussons OU de nmpJes ornementB ; figures ou eetampes , mais plus souvent figures, les grands sujets à page entité; vignettes, les petits sujets à mi-page; et cul»<ie-lampe les vignettes placées à la fin des ehapîtrea, des actes de pièces de théâtre, des chants de poèmes, etc.
vin
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ter la plus belle composition musicale^ un mauvais graveor peut faire tort à l'œuvre du plus habile dessinateur. Qu*oa compare le burin si délicat et » fin de Ficquet, de Longueil, de Le Mire, avec celui de Fesaard, si lourd et si grossier, bien qu'il fût graveur ordinaire du roi. C'est même la crainte de voir l'idée du maître' mal rendue qui est cause de l'importance extrême que certains amateurs attachent aux eaux-fortes, qui n'ont pourtant jamais le charme des gravures terminées, quand elles le sont par un artiste de talent.
Le Manuel ou Catalogue raisonné que je présente au public contient la description de flus de quatre cent cinquante ouvrages illustrés^ choisis entre ce que f ai trouvé de plus beau ou de plus intéressant parmi les livres imprimés depuis 1700 jusqu'en 1800. On pourra s'étonner que je n'aie pas cherché à décrire tous les ouvrages depuis le commencement de k gravure, mais cela m'aurait entraîné trop loin et surtout complâement détourné de mon but Le véritable art du vignettîste ne commence guère qu'avec Cochin et Boucher, c'està-dire vers 1730. Les livres des premières années du XVIII" siècle sont dus à des artistes du XV11% tels que B. Picart, Romain de Hooge, Coypel, et d'autres peintres d'un talent indiscutable, mais généralement sévère, et qui ne possédaient pas cette souplesse, ce fini, cette afféterie même, — si l'on tient à se servir de ce mot injtiste, — dont Boucher a été le créateur, et que poussèrent ensuite si loin Moreau, Eisen, Marillier et Gravelot. Et cela est si vrai que Cochin lui-même , qui , comme élève de son père, participait plus du XYII*" siècle que Boucher, avait malgré tout son
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talent une certaine roideur dont il n'a presque jamais au se d^artir complètement, et qui £ait qu'aujourd'hui
où les artistes que je viens de nommer sont en si haute faveur, Cochin n'est pas le préféré^ quoiqu'il leur soit peut-être supérieur. J'aurais donc rigoureusement dû ne commencer la recherche des éditions illustrées du XYIII* siècle qu'à partir de l'époque que j'ai mentionnée. Et j'ose croire qu'à part certains ouvrages d'une réputation fieiite ou d'une beauté reconnue, tels que les Amours de Daphnis et Chloc% avec les dessins du Régent, V Histoire du Vieux et du Nouveau Testament^ de Mortier, et quelques autres qu'on trouvera dans ce catalogue, la majorité des amateurs ne me saura pas très-mauvais gré d'avoir omis des livres dont les gravures sont d'un genre si différent de celui qui lui a succédé et qui réunit la finesse et la grâce à la belle exécution.
Je vais maintenant expliquer le plan que j'ai suivi
et dont je me suis bien rarement écarté.
J ai décrit ;
lo Les livres français ou étrangers imprimés et illustrés en France;
2® Les livres français imprimés et illustrés à i'é^ tranger;
3" Les livres étrangers imprimés à l'étranger, mais illustrés par des artistes français : tels sont l'Arioste de Birmingham et le Shakespear d'Oxford;
4« Dans quelques cas rares et exceptionnels j'ai ad-
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inia, lofiqii'tls sont très-beaux, des livres tout à £ût étrangers, tels que le Nmtismata de Valcavî;
5" Enfin je me suis attaché à donner avec la plus scrupuleuse exactitude, sauf les erreurs inévitables dans ce genre de détails , le nombre de figures, vignettes et culs-de-lampe qui se trouvent dans chaque ouvrage, et les noms de tous les artistes dessinateurs et graveurs qui y ont coopéré.
Dans mon choix de livres i*ai toujours donné la préférence aux œuvres littéraires sur les œuvres scientifiques, et supprimé le plus possible ce qui ne fait pas partie du bagage des ouvrages illustrés proprement dits, comme les œuvres de Buffon, l'Antiquité expliquée du père Montfaucon, etc.
Les éditions Cazin, quoique toujours jolies, ne seront pas très-souvent citées dans ce recueil» d'abord parce que beaucoup d'entre elles n'ont rien qu'un portrait ou un frontispice, et ensuite parce que les figures qui les ornent sont fréquemment des réductions de figures plus grandes, qui se trouvent dans des éditions antérieures. Mais j'ai à m'expliquer sur l'admission dans ce catalogue de quelques livres d'une certaine description^ comme diraient nos voisins les Anglais. Les austères trouveront que j'en ai trop donné et les voluptueux que je n'en ai pas donné assez. Ma réponse à leurs réclamations est cell&-ci : de même que la loi est athée, l'art est sans préjugés; et si Carrache, Gravelot, Borel, Eluin, comme graveur, et i^inct ont mis le même soin et se sont autant distingués dans leurs compositions libres que dans les autres, je n'ai vu aucun motif pour
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les exclure. Mais lonqae d*inhabiles crayonneurs n'ont employé leur temps qu'à représenter sans talent» sans
esprit, sans grâce, et souvent sans possibilité d'exécution, les scènes luxurieuses de romans érotiques, j'ai impitoyablement retranché leurs viles productions de la liste des ouvrages illustrés, quel que puisse être, dans leur genre spécial, le mérite de ces romans. C'est donc en vain qu'on y chercherait Justine (même cellede l'édition Cazin), la Philosophie dans le boudoir, le Rideau levé, et cent autres productions, Ubres ou chastes, mais mal ornées. En un mot, <je décris les livres à figures et non les livres à images.
L*ordre alphabétique étant la plus simple et la plus commode de toutes les classifications , c'est lui que j'ai adopté. Je n!ai pas jugé à propos de parler du prix des ouvrages : car il n'y a pour ainsi dire plus de prix courants dans le commerce de la librairie dés qu'il s'agit de livres rares, curieux ou artistiques; et quant à ceux des ventes publiques, ils ne pourraient servir qu'à démontrer le plus ou moins de bonheur qui a présidé à telle ou telle vente et le plus ou moins de fortune ou de caprice des amateurs qui y ont assisté. Mais il est un genre de mérite particulier aux livres à figures qui en augmente le prix dans des proportions incalculables : je veux parler des épreuves avant la lettre. Ainsi un Molière de Bret en parfaite condition, superbes épreuves, reliure ancienne en maroquin rouge, se vendra de quatre cents à cinq cents francs ; un autre avec les figures avant la lettre se payera de mille cinq cents à deux mille francs. Certes, sans parler de leur rareté, il y a souvent une différence très-marquée entre'