‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 103 sur 216 · TYPE DU CHRIST DIAPRES LES TRADITIONS · texte numérisé non relu

TYPE DU CHRIST DIAPRES LES TRADITIONS

et, %\ Yon s'attache aux œuvres. de ce style qui offrent le plus de supériorité relative, on reconnaîtra qu'ils ne sont pas toujours demeurés aussi éloignés qu'on l'avait pensée du but proposé. ( Kotr T. I, pi. vil.)

Les Christs dont nous parlons sont généralement représentés dans la gloire. S'il était quelque endroit ou le Sauveur pût apparaître dépourvu de noblesse et de beauté, dans un état d'apparente dégradation^ ce serait sur la croix. On a vu, en effet, quelques crucifix modernes que l'on s'est efforcé de rendre plus pathétiques, à force de les défigurer ou de les meurtrir ; mais ils sont rares, et la chose est sans exemple quand on se rapproche des hautes épOf|ues, où Ton aimait à rattacher au divin Crucifié des idées de victoire et de salut, et nullement de compassion et de torture : nous pouvons en conclure que la pensée de ces temps*l& eût été beaucoup plus de relever que de rabaisser le type de THomme-Dieu.

Non, à toutes les époques, les efforts de l'art ont tendu à réunir dans la figure du Christ les meilleures conditions de la beauté humaine; mais il est arrivé, selon la diversité des temps et des écoles, que ces conditions ont été comprises différemment.

On reprochait un jour au Poussin d'avoir fait de Notre-Seigneur Jésus- Christ une sorte de Jupiter Tonnant; à quoi il aurait, dit-on, répondu : I Vouliez- vous que je lui donnasse une figure de Père Douillet? » Émeric David rapporte ce fait en le rattachant à la thèse que nous soutenons : à savoir, que le Christ, en tout état de cause, doit être représenté beau. Mais ne comprend-on pas que le Beato Angelico, par exemple, vit le type de la beauté qui met sur la voie du divin, dans le maintien ' recueilli, dans la sérénité angélique d'un Saint sous VhabU religieux, comme l'était le prieur de son couvent, saint Antonin? Le Poussin, au contraire, qui a mis tant de recueillement et de douce mélancolie dans ses bergers d'Arcadie, aurait craint sans doute de demeurer trop humain, s'il n'avait essayé de peindre le Christ avec ce que l'on appelait alors plus de largeur et de force ; et, manquant le but qu'il se proposait en recourant à l'élargissement des formes, à la vigueur des muscles, à l'abondance et au mouvement de la chevelure, n'est-il pas arrivé au contraire à ce résultat, que, chez lui, par la noblesse des types, les pasteurs antiques l'emporteraient sur la figure du Fils de Dieu * ?

Pour juger de la beauté qui convient à cette adorable figure, il faudrait la voir, et il ne suffirait pas de la voir t... Avec le plus habile maniement du crayon et du pinceau, vous ne ferez pas un bon portrait, même ayant le modèle sous les yeux, si vous ne savez le comprendre. Se prendrait-on

i. Le PoDtfin a été qociquefois mienx inspiré dans ses types de Christ : dans celui, par exemple, dv tat^leara de la Guémon des deux Atfeugleê, au Louvre.

à regretter qu'il ne se soit pas trouvé, sur les pas de Jésus, quelque artiste capable de recueillir ses traits et Heles transmettre, sous une forme digne de lui, à l'innombrable postérité des chrétiens ? Mais quel peintre mortel, comprenant quel il était, devant lui n'eût laissé lomber ses pinceaux, et quel est celui qui, ne le comprenant pas , eût été capable de le peindre?

Il fallait un miracle pour que Jésus nous laissât sa parfaite image, ou plutôt il eût fallu toute une succession de miracles : il aurait pu les faire, ces miracles, lui qui renouvelle chaque jour des milliers de miracles pour nous donner à chacun, en propre, la réalité de son corps sacré. Mais il j a mis une grande différence : sa chair est le viatique nécessaire pour nous soutenir le long du chemin ; le voir comme il est, sera la récompense accordée au terme du voyage. Cette différence bien sentie, on comprendra facilement que le Sauveur ait bien pu quelque part imprimer miraculeusement son image, sans faire la continuité de miracles qu'il eût fallu ensuite pour la protéger contre l'insuffisance de la matière, les altérations du temps, l'oubli des hommes, les défaillances de Topinion, l'incertitude des témoignages, toutes les vicissitudes de ce monde, et mettre la généralité des chrétiens eo état de la connaître et de l'apprécier.

Au fait, si nous prétons l'oreille aux traditions, — non pas à ces traditions que rËglise a classées dans le corps des vérités révélées, en leur donnant la sanction de son autorité, mais à.ces traditions respectables encore dont elle favorise les données,sansen garantir l'authenticité, — nous entendrons diverses églises locales répéter qu'elles possèdent ou qu'elles ont possédé de ces images du Sauveur, qui auraient été imprimées directement par le contact de son divin visage. La Sainte Face, solennellement honorée depuis des siècles, dans la basilique de Saint-Pierre, est demeurée la plus célèbre dé toutes ; mais elle n*est pas la seule qui mérite l'attention. Pournous^ nous nous proposons de nous occuper de ces images plus sérieusement qu'on ne Ta fait jusqu'ici, au seul point de vue de l'art. Nous voulons savoir si elles ne nous apporteraient pas quelques lumières sur un point capital, à nos yeux, pour Tart chrétien : la question de savoir quels souvenirs on a pu conserver des véritables traits sous lesquels le Fils de Dieu a paru dans ce monde, et comment on doit s'en servir pour le représenter dignement. Mais, pour faire cette élude avec fruit, il ne faut pas prendre isolément les images dont nous parlons : comme moyen de contrôle, nous les comparerons les unes aux autres, et nous commencerons par recourir à deux autres sources d'informations : nous voulons parler des traditions écrites ou purement verbales, et des images formées par les procédés ordinaires de l'art, mais réputées avoir été faites par des auteurs contemporains, sinon en présence même du divin modèle.

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Ces divers genres de documents, écrits ou figurés, sont généralement considérés comme appartenant à la légende plutôt qu'à l'histoire. Ne fassent-ils que de la légende, dans le sens qu'on est convenu en dernier lieu d'attacher à ce mot, nous ne devrions pas encore les négliger. L'histoire ason prix, et la légende a le sien : avec l'histoire, on voit plus clair là ou elle pose son flambeau; avec la légende, on pénètre plus avant partout oà elle peut étendre sa lueur. Nous ferons, à l'une et à l'autre, leur part, dans deux études distinctes, sans vouloir rien céder des droits que pourrait prétendre à l'authenticité ou à la probabilité historique, une partie au moins des faits dont nous allons d'abord nous occuper dans eelleHsi.

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