‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 105 sur 216 · TYPE DU CHRIST D APRES LES TRADITIONS. !I · texte numérisé non relu

TYPE DU CHRIST D APRES LES TRADITIONS. !I

si on ne dit les impressions qu'il fait naître et les sentiments qu'il transmet.

Que nous interrogions les interprètes des saintes Écritures, que nous méditions les principes de l'art et du beau, que nous prêtions L'oreille aux traditions populaires des chrétiens, que nous nous enquérions des lumières puisées par des âmes véritablement saintes dans leurs communications avec Dieu, soit qu'on fasse ou non la part de l'imagination et de ses jeux possibles, dans ces deux dernières sources d'informations : il est remarquable que, trouvant assez de différence pour constater la distinction des courants, nous arrivions toujours au même résultat, au point de ne pouvoir éviter de nous répéter, quand nous voulons transcrire l'un après l'autre ces divers témoignages.

pmTRArrs du christ RârurÉs des temps apostoliques.

D'après diverses traditions, plusieurs images du Sauveur auraient été peintes ou sculptées dès les temps apostoliques. Nous en citerons trois sur lesquelles portent ou bien ont porté principalement des traditions de ce genre : le tableau de la chapelle Saint-Laurent, dite Sancta Sanctorum^ à Rome, attribué à saint Luc; le crucifix de Lucques, réputé de la main de Nicodème : l'un et l'autre existent encore ; la statue élevée à Panéas parTHémorrhoîsse de l'Évangile : elle fut détruite au temps de Julien TApostat, mais nous aurons à examiner s'il n'en est pas resté quelque imitation.

Que saint Luc ait peint, sans être peintre de profession , la chose à nos yeux est probable ; nous n'en exposerons pas ici les raisons, jugeant qu'elles trouveront plus convenablement leur place dans notre étude sur l'iconographie de la sainte Vierge : car s'il n'est pas impossible que le saint Ëvangéliste ait fait le portrait de Notre-Seigneur, ce sont surtout des images de la sainte Vierge qu'on lui attribue.

Quant à la vénérable image du Sancta Sanctomm^ chapelle comprise autrefois dans l'enceinte du palais de Latran, alors demeure des Papes, elle a été considérée pendant longtemps comme l'un des objets les plus précieux que renfermât la Cité sainte, et traitée comme représentant par excellence son divin modèle. Lorsque l'escalier du prétoire de Pilate,dont le Sauveur avait monté les degrés au jour de sa Passion, avait été transforié à Rome, on n'avait pas cru pouvoir lui (lonner une destination plus sainte que de le faire servir d'accès au sanctuaire qui renfermait cette t. 44

image privilégiée; des monnaies ont été frappées à son effigie , d'illustres confréries fondées pour concourir à sa garde; le grand Pape Innocent III Ta fait entourer d'un riche encadrement d'argent orné de bas-reliefs au repoussé ^ Échappée aux persécutions des iconoclastes, venue alors à Rome, objet de quelque miracle auquel se rapportent, nous le croyons, les traces d'un coup qu'elle porte à la joue droite, elle ne manque pas de titres pour justifier les honneurs exceptionnels qu'on lui rend. Le chrétien jaloux de se montrer le digne héritier des Ages de foi se prosternera devant elle sans rien lui marchander de ce dont elle peut se prévaloir, mais aussi sans prétendre éclaircir toutes les ombres demeurées sur son origine ; il . l'honorera pour tout ce qu'elle est, qu'il le sache ou ne le sache pas ; il honorera sans réserve Celui qu'elle représente.

La nature de nos études nous obligeait de l'examiner à un autre point de vue, et de voir s'il ne serait pas possible d'en tirer quelques inductions relativement aux véritables traits de Notre-Seigneur. Nous avons appris alors qu'à une époque où les derniers vestiges de l'image primitive, consumée par le temps, étaient menacés de disparaître, elle avait été recouverte d'une toile; et bien qu'on se soit efibrcé de la reproduire, traits pour traits, sur cette toile, il en résulte qu'on ne voit plus aujourd'hui qu'une copie, ou tout au plus un calque de l'original : celui-ci étant néanmoins toujours là et n'ayant rien perdu de ses droits, comme relique, à la vénération des chrétiens.

L'image nouvelle, ainsi superposée à l'ancienne, a vieilli à son tour^ tellement que, par l'effet de l'obscurcissement des teintes, joint au miroitement du verre qui la recouvre , nous n'avons pu en distinguer les traits dans la partie inférieure du visage ; mais dans les régions du front, du nez et des yeux, nous en avons parfaitement saisi l'ensemble; quelques détails seulement nous ont échappé. Habituellement, elle est voilée, mais à certains jours on la découvre, et il nous a été permis alors de la considérer d'aussi près que possible. Ni la copie peinte, conservée dans la sacristie voisine, ni les dessins nombreux et divers qui en ont été gravés, ne peuvent en donner une idée suffisante ; généralement on n'a pas osé aborder de front le caractère de ces grands yeux ouverts en larges amandes^ avec unetixité extraordinaire, et les plus hardis ou n'ont pas su le rendre, ou l'ont attaché, par voie d'interprétation, à une coupe de visage qui en change l'effet.

Au résumé, si l'on prend pour terme de comparaison les descriptions traditionnelles des traits de Notre-Seigneur, tout ce que nous avons difr-

Page 1