‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 106 sur 216 · Marangoni, Storia délia eapella di Saneta Sanctorum · texte numérisé non relu

Marangoni, Storia délia eapella di Saneta Sanctorum

2. La figure 2 de noire pi. xi eftl celle qui s'en rapproche le plus.

TYPE DU CHRIST d' APRÈS LES TRADITIONS. Sll

tingué de cette image peut s'y rapporter, en ce sens qu'elle en serait une traduction aussi exacte que l'auraient comporté, au viii^ siècle, par exemple, le savoir-faire et les pratiques d'atelier d'un artiste de médiocre talent.

Sera-t-il défendu, cependant, de tenir compte d'une interprétation des traits de Notre Seigneur, qui en atteste, une fois de plus, la largeur, la grandeur insaisissable ou inexprimable, en les exagérant? Elle nous ioviterait tout au moins à ne pas tellement les interpréter dans le sens d'une grâce ou d'une douceur, d'une finesse plus rapprochée de nous, que nous cessions de travailler à combiner dans ce divin visage des qualités qu'il réunissait assurément toutes, au plus haut degré et dans une harmonie parfaite ^

1. Comparée à Timage de la sainte Vierge, de Sain le-Marte-Majeurep cette peinture lui est très-iiifôrieure d*exécQtion ; mais, dès lors que l*one des deux au moins a été refaite, Ton ne peut rien en conclure contre les traditions qui feraient originairement provenir de la même main les œuvres primitives, dont nous ne vojons plus que des reproductions plus ou moins fidèles.

Nous dirons aussi un mot d*une autrff tradition , ou plutôt du complément des traditions eo vertu desquelles Timage du Sancta Satietorum s*e8t maintenue au premier rang parmi eelles qui ont le droit d*étre les plus honorées. Non-seulement, dil-oo, elle aurait été primitivement peinte par saint Luc, mais un Ange serait venu à Taide du saint Évangéliste, et sorait achevé miraculeusement son œuvre : c'est pourquoi elle est du nombre de celles que l'on nomme AchiropUeSt c*est-à-dire faites sans la main de Thonime.

L'origine miraculeuse de cette image fût-elle prouvée , il ne faudrait pas en conclure que les AehiropUes nous fassent connaître avec certitude les véritables traits de Notre-Seigneur. Formée par l'application de son divin visage, elle aurait pu subir l'influence de la matière sur laquelle elle aurait été produite, de la toile, par exemple, qui s'éraille , se eontre-tire, ou encore être altérée par le temps. Formée par le ministère des Anges pour satisfaire i de pieux désirs ou suppléer à de pieux efforts, l'expérience apprend que , dans de semblables circonstances, l'intervention divine se proportionne ordinairement, dans le choix des formes, aux dispositions, aux idées de ceux dont il s'agit de seconder les méritoires efforts, sans élever l'œuvre jusqu'à la sublimité des conceptions angéliques. Les Esprits célestes étant venus ainsi au secours d'un artiste, d'un écrivain, il a pu arriver qu'ils n'aient rien fait que ce qu'il aurait fait lui-même, s'il eût été plus maître de ses n5oyens d'exécution, et il n'y aura de réalisée encore qu'une pensée toute humaine : pensée assujettie k toutes les conditions d'époque, de lieu, de style et d'école.

Ces observations achèvent de nous' mettre i l'aise avec ces images précieuses, auprès desquelles nous voudrions rappeler la ferveur des anciens temps, bien loin de favoriser la tiédeur toujours croissante des modernes.

Que des traditions s'attachent à telle image, comme étant de la main de saint Luc, comme ayant été achevée par le ministère des Anges, il en reste au moins des présomptions f^ivorables, d'abord à l'image sur laquelle viennent ainsi s'accumuler les titres à la vénération, puis aux faits généraux dont on lui fait l'application. Qu'elle n'ait pas été peinte par saint Luc, qu'elle ait été. entièrement faite de main d'homme : ce n'est cependant pas sans motif qu'on lai attribue des titres qu'elle n'aurait pas ; ce ne sont là, le plus souvent, quand les tradiftioDf sont anciennes et continues , que des transpositions. D'autres images ont été

2i2 GUIDE DE L ART GURâTIEN.

La tradition d'après laquelle Nicodème aurait eu quelque talent eu sculpture, n'est pas aussi répandue que celle dont saint Luc est Tobjeten qualité de peintre ; elle existe néanmoins fort anciennement, puisqu'on attribuait à Nicodème le crucifix miraculeux qui, ayant été, à Beyrouth, au VI® siècle, percé de coups par des Juifs, aurait répandu du sang^ C'est en vain qu'à cette tradition on opposerait la loi mosaïque. Rien ne prouve que, au temps de Notre-Seigneur, les Juifs, depuis longtemps en participation directe de la civilisation des Grecs, n'ont pas , en quelque mesure, usé de leurs arts; et l'on voit encore moins que les prescriptions de leur foi fussent alors comprises comme interdisant de. faire des effigies et des portraits. Les monnaies, dont ils ne craignaient pas de se servir, ne portaient-elles pas les efiSgîes des Césars ? Mais que Nicodème ait eu ou non un certain talent de-ce genre, il n'en résulte aucunement que le crucifix de Lucques, sur lequel repose cette tradition, vienne efTecliveinent de lui. Le Saint- Vouit^ comme on appelait chez nous, au moyen âge , cet antique crucifix, le Santo- Volto^ comme on l'appelle encore en Italie, cette vénérable image par laquelle jurajt Guillaume le Conquérant, que le Dante célèbre dans ses vers , dont l'effigie fut aussi gravée sur des monnaies, avait certainement des droits de premier ordre à la*vénération dont elle était l'objet; à nos yeux, il ne peut y avoir de doute, d'apràsle système de transpositions que nous avons exposé ; mais il faut tenir compte aussi de la facilité avec laquelle ces transpositions ont pu s'opérer dans la longue obscurité des temps. Nous sommes arrivés ainsi, plutôt opposéque portéà la crédulité, à l'examen des traits attribués à Notre-Seigneur dans cette image. 11 ne nous a pas été donné de voir l'original, et nous ne pouvons en juger que d'après des copies dont l'exactitude nous a été attestée , sur les lieux mêmes, par des témoins à portée de le considérer tous les ans aux jours de fêtes où on le découvre^. En examinant cettetête, on ne peut disconvenir qu'elle n'ait quelque chose d'extraordinaire; nous n'avons rien vu d'analogue ni dans l'art des catacombes, ni chez les Byzantins, ni dans les œuvres du moyen âge. On a objecté, contre les plus anciennes images de la sainte Vierge attribuées à saint Luc et

peintes par saint Luc ; d'autres images ont été produites par des voies miraenleuses. Celleci, pour les motifs que nous avons dits ou pour quelques autres encore, mérite d'être honorée au même degré : honorons-la ; et quant à la question spéciale qui nous occupe , sachons nous en tenir au peu de données que nous avons pu en tirer.

1. Le fait est rapporté dans les actes du deuxième concile de Nicée (actio iv), comae provenant de saint Athanase , ou plutôt d'un autre personnage quelconque du même nom. Sigebert, dans sa Chronique , le donne comme s*étant passé Tan 556, ce qui ôle toute possibilité de Tattribuer au grand patriarche d'Alexandrie.

3. Nous en donnons une reproduction pi. xii, fig. 1 , d'après la gravure de M. Perfetti.

TYPE DU CHRIST D'aPRÈS LES TRADITIONS. 213

autres, que leur type n'était pas assez juif, mais qu'il était grec. En temps et lieu, cette objection pourra recevoir sa réponse. Quant à cette figure de Notre-Seigneur , à son nez surtout» le cachet juif s'y trouve, au contraire , d'une manière très-prononcée , trop prononcée même pour répondre à l'idéal des traditions et à cette pensée que l'Homme-Dieu , tout en prenant des caractères propres à la race providentiellement destinée à lui donner naissance , avait dû s'en dégager cependant jusqu'à un certain point, élevant son type dans un certain milieu de perfection, dont dérivent et auquel doivent revenir toutes les races humaines; mais cela même ne serait rien moins que cx)ntraire à la tradition dont cette image est Tobjet. On comprend facilement qu'un Juif ait exagéré ce qui tenait à sa race, ce qui l'avait le plus frappé dans le modèle, d'autant qu'il ne l'avait plus sous les yeux, et que, par la nature bornée de son talent, il était moins capable de s'assouplir aux nuances qui élevaient à la perfection ce divin modèle.

Quelle que soit d'ailleurs la véritable origine du Saint-Vouit de Lueques, nous n'avons pas à retirer notre observation, y voyant, dans tous les cas, une tentative pour rendre, par une voie tout originale, les traits traditionnels du Sauveur ^

Nous avons rangé parmi les légendes, l'histoire de la statue de bronze qui aurait été élevée, dans la ville de Panéas, à Notre-Seigneur, par la Syrienne, personne d'un rang élevé, qu'il guérit d'un flux de sang et qui, elle-même, se serait fait représenter à ses pieds, dans la position qu'elle avait prise lors de sa miraculeuse guérison. Nous l'avons fait pour prendre comme point de départ la disposition actuelle des esprits, à l'égard de cette tradition en particulier, mais non pour faire absolument aux adversaires de nos anciennes traditions chrétiennes cette concession : qa'un fait, rapporté par Eusèbe, à savoir l'érection d un monument dont il parle comme existant encore de son temps et qu'il avait vu, puisse être rejeté en dehors des cadres de l'histoire proprement dite.

Impossible de nier l'existence même du monument : la critique la plus sévère ne peut que contester son origine et nier que Notre-Seigrieur y fût effectivement représenté. Mais si, d'une part , il parait prodigieux

qu'un monument public, élevé pour la glorification de l'auteur (Ju Chris* tianisme, ait survécu à trois siècles de persécution contre sa doctrine et

1. NoQt ne nom arrêtons pas au crucifix vénéré à Sirolo, près d*Humana, dans la Marche d'Ancôoe^ bien qu'il passe également, soit pour une œuvre de Nicodème, soit pour une csavre de stint Luc ; tout ce que nous pouvons en juger par des gravures, ne nous offre nidaot le type, ni dans la manière, rien qui cadre avec Tune ouTautre de ces origines: de sorte qne, jusqu'à meilleure information, nous ne voyons dans ces dires que la preuve d'aiie vénération très-méritée probablement, sur d'autres titres aujourd'hui ignorés.

244 GUIDB DB l'AET GHRÉTIBN.

ses disciples , comment s'expliquerait-on, de l'autre , que, dans cet espace de temps , païens et chrétiens aient complètement perdu la trace des véritables motifs qui avaient fait élever un monument de cette importance ?

Nous avons voulu juger par nous-méme des raisons par' lesquelles les protestants Beausobre et Jablonski avaient combattu la tradition chrétienne, avec une vigueur qui avait paru victorieuse , même à un savant aussi bien intentionné que l'était M. Raoul Rochette, et nous n'avons trouvé dans leurs écrits que des arguments négatifs , c'est-à-dire rien de sérieux ^

Les persécutions n'ont pas eu, en tous lieux , à beaucoup près la même intensité ; elles n'ont pendant longtemps porté que sur les personnes, et seulement sur celles qui étaient dénoncées; et lorsque, à partir de Dèce , elles prirent un caractère plus politique et prétendirent atteindre le Christianisme dans ses institutions et tout ce qui pouvait servir à l'entretenir ou à l'exprimer, il avait fait de tels progrès, que, dans beaucoup de localités éloignées de l'œil de l'empereur, il pouvait se trouver des magistrats portés à l'indulgence, portés même à favoriser plutôt qu'à combattre la doctrine qui allait, bientôt après, régner sur le monde. Â des arguments fondés uniquement sur une prétendue impossibilité, il suffit de répondre par des hypothèses possibles, et la tradition demeure , comme telle, dans toute sa force primitive.

L'Hémorrhoïsse aurait, selon l'expression d'Eusèbe, élevé à Notre- Seigneur cette statue, à la manière des Gentils, c'est-à-dire conformément à l'usage répandu chez les Grecs et les Roniaius , d'élever dans les lieux

1. Saiot Astérius, évéque d*AiDAsée, qui écrivait vers Tan iOO, citait ce groupe de bronze qui, de son temp», n'existait p}u8, comme un témoignage qui. avait longtemps subsisté en faveur de la vérité évangéiique.

Nous donnons son texte en entier : Discamus sanetœ mulieris yralUudinem, CuM emm esset a civitaU Paneade {est enim hoc oppidum PalesUnœ) œnea statua sanantem honoravU : haud indignum accepti beneficii munus hoc rependi arbitravU. Durât et autem statua ad annos plures, eos plane mendaeii arguens^ qui Evangelistas in crimen falsi auderent vocare : Nihilque obstiturum videhatur, ut ne ad usque nostra tempora statua sospes esset ae etiamnum utrumque ostenderet : nam inqunm , divinum miraculum tam gratam mentem muHetii beneficium consecutœ, nisi Maximinus ille , qui ante Constantinum Romani ImperH arcem tenuit, homo idolatriœ deditus^ impiusque Christo in statua invidens, œneam illam statuant ab oppido sustulisset : tametsi auferre non potuit rerum gestarum memoriam. Nam eeee staiua quidem non apparet ; Evangelium iamen ubique miraculum clamât atque prcsdical, ae Hœmoruhorsa ab Oriente usque ad Occidentem celebratur. Quoârca in vanum laboramt qtd materiam similem abstulit. Statua enim tametsi erecta et conspicua, iacebat, inanimé miracuti monumentum : at fama cum sermone rem assumens urbes et vicos quotidit pereurret et henefieU auetorempresdicai. (Excerpta photiana, M^i^im. bibl. vet. Lugd. 1677. T. V, p. 819.

Page 1