Voir pi. I, au frontispice de ce volvme
316 GUIDE DE l'art GHRÉHEN.
grale. M. de Rossi s'appuie priocipalement, pour le soutenir^ sur la représentation des édifices formant le fond du tableau, dans la scène dont ii s'agit et dans celle du Reniement de saint Pierre^ qui ornent les deux bouts du sarcopbage : ces édifices étant ceux-là mêmes qui avaient été élevés récemment soit à Jérusalem , soit à Panéas ; ici , à côté du groupe même de l'Hémorrboïsse ; dans la Cité sainte, à proximité de la colonne qui rappelait effectivement la chute de TApôtre , suivie d'un si efficace repentir : monuments qui , par leur splendeur , exprimaient si bien le prodigieux triomphe du Christianisme , sujet principal représenté sur la face du sarcophage. Plus tard , Tœil s'étant accoutumé à voir ces monuments entrer dans Tordre habituel des choses , on n'eût pas songé à les faire figurer comme un élément dans l'idée du triomphe.
IMAGE d'ÉDESSE.
Les diverses images qui ont été vénérées ou qui le sont encore, comme ayant été le résultat d'une impression produite par le contact direct du visage de Notre-Seigneur, se rapportent toutes à quatre circonstances de sa vie ou de sa mort, comprises dans les écrits évangéliques ou qui reposent sur des traditions d'une valeur sérieuse : les relations qu'il aurait eues avec Abgare, roi d'Édesse; la sueur de sang au Jardin des Olives ; l'action courageuse de cette pieuse femme qui lui aurait essuyé le visage tandis qu'il montait au Calvaire ; et son ensevelissement.
Que le roi d'Ëdesse soit entré en relation avec le Sauveur et se soit fait son disciple, il est beaucoup de faits de l'histoire profane moins bien attestés, qui passent sans contestation ; qu'il ait écrit à Notre-Seigueuret qu'il en ait reçu une réponse, c'est encore assez probable; que leurs lettres aient été conformes en partie au texte conservé par Eusèbe« c'est moins probable , mais encore possible. Le fait d'avoir été classées , dans le catalogue de saint Gélase, parmi les livres apocryphes, nous porterait à croire que le texte de ces lettres a été altéré, sans exclure la possibilité de leur existence.
La première mention historique qui soit faite de l'image miraculeuse qu'Abgare aurait reçue par suite de ces relations, serait celle qui est consignée dans les actes des ^aints Samon et Guria, martyrisés en 306 « s*il est vrai que ces actes soient d'une rédaction presque contemporaine,
TYPE DU CHRI8T d'aPAÈS LES TRADITIONS. 247
comme Sandini afDrmeque Baillet lui-même l'avait accordé. Ces actes se oontententde dire d'ailleurs,en faisant allusion à la vertu qui était attribuée à cette image comme Palladium de la cité : que l'image avait été envoyée par Notre-Seignear^. Moïse de Khoren (370487) en parle comme ayant été risitée par sainte Ripsima et ses compagnes. Cachée pendant les persécu* tiens, longtemps demeui*ée dans l'oubli, elle aurait été remise en honneur par la miraculeuse délivrance que lui aurait due la ville d'Edesse, assiégée par Chosroës, roi des Perses. Le fait est rapporté par Ëvagre, au VI* siècle , d'après Procope ; mais , comme on ne retrouve pas dans ceux des écrits de ce dernier, qui se sont conservés , le passage dont il s'agit , ie témoignage d'Evagre a été longtemps considéré comme le plus ancien de tous : il fut invoqué par tes Pères du second Concile de Nicée , et le passage de son Histoire ayant été lu solennellement devant eux par Léon, lecteur de l'Eglise de Constantinople, celui-ci, après sa lecture, déclara avoir été lui-même à Édesse et avoir vénéré la sainte image.
A cette époque , son authenticité ne parait pas avoir été l'objet d'un doute; les défenseurs de la doctrine catholique, saint Jean Damascène, saint Germain de Constantinople, les papes saint Grégoire II , Adrien ^^ s'en prévalent comme d'un fait constant , et Ton ne voit pas qu'ils aient été sérieusement contredits par leurs adversaires.
La plupart des historiens subséquents en parlent dans le même sens, avec plus ou moins de détail» avant ou après l'empereur Constantin Porphyrogénète qui , l'ayant fait solennellement transporter à Constantinople, en 944, en écrivit lui-même une histoire circonstanciée.
Cette translation a été l'objet d'une fête qui se célébrait dans l'Ëglise grecque le 16 août : les Menées, à pareil jour, consacrent une notice historique à la sainte image ; à la même date , elle est représentée dans le calendrier moscovite publié par Papebroch, dans les propylées de mai Ae%Acta Sanctorum; elle l'est également, dans le même calendrier, au 1! octobre, jour commémoratif du deuxième concile de Nicée.
Arrivés aux temps modernes, nous voyons la plupart des apologistes qui traitent des images, Bellarmin,Baronius,6retzer, Frédéric Bor- Tomée, les BollandisleS) Capisucchi, Sandini, Sarnelli, etc., admettresans difficulté l'authenticité de l'image et son histoire, et les invoquer à leur appui.
C'est seulement au xvm* siècle que les écrivains catholiques deviennent
1. Sandini, BUtma fmrdUm tacrœ , in-8«. PaUvii, HSi, Ù€ CkrUto. p. Î60.- Sunut, ^ pnUak Satu^ûTum ki$t. Noveuber, p. 361 .
2i8 GUIDE DE LABT CHUTIBN.
généralement plus timides, sons la pression de la fausse critique et de l'incrédulité. Salvaggio dit que la tradition relative à l'image d'Édesse est rejetée par les érudits; il n'ose la soutenir, et ne la rejette pourtant pas ^ Bottari la dit suspecte aux critiques modernes, et déclare néanmoins que le témoignage d'Evagre lui paraît d'un grand poids. Or , quels sont ces érudits, ces critiques modernes? Des protestants, des jansénistes et de& catholiques qui, les suivant à la remorque, ne paraissent pas s'en douter. C'est ainsi que M. Raoul Rochette n'a fait que répéter Beausobre et Jablonski. L'on cite encore, comme ayant approfondi la question, Thomas Istigens. Dans ces écrivains, la vaste érudition est aussi notoire que le mauvais vouloir est évident. Qu'ont-ils opposé, cependant, à des traditions positives? De simples dénégations ou des preuves purement négatives : le silence d'Ëusèbeest donné comme la plus forte. — Eusèbe parle des rapports d'Âbgare avec Notre-Seigneur, de leurs lettres; comment ne dit-il rien de l'image? — On répond qu'Eusèbe, peu favorable aux images, à raison de ses tendances ariennes, devait être peu disposé à mentionner un fait qui l'eût condamné. Quoi qu'il en soit, il reste toujours trois siècles d'obscurité qui permettent aussi bien de nier que de croire, mais non pas, certes, au même titre: car, en croyant pieusement, on s'appuie sur la tradition, qui, par elle-même, demeure, jusqu'à' preuve coutraire, un monument positif: monument qui repose presque infailliblement sur un fond de vérité, alors même qu'il n'est pas justifiable dans toutes ses parties; et le catholique qui manque du courage devenu nécessaire pour résister à l'esprit du doute , laisse perdre ce bien précieux. Ne vaut-il pas mieux se tenir ferme dans le sentiment d'une légitime possession, en répétant, avec Baronius : Possideoquia possideo?
L'image d'Édesse a disparu de Constantinople, avec cette multitude de reliques insignes accumulées par Constantin et ses successeurs, qui se sont répandues dans la chrétienté, ou bien se sont perdues, lors des désastres de l'empire d'Orient. Ici le fil de l'histoire, que nous tenions depuis que l'Eglise avait conquis sa liberté , nous échappe une seconde fois y et c'est encore à la tradition d'y suppléer.
Deux églises se disputent principalement l'honneur d'êti*e en possession de l'image d'Edesse : Saint-Sylvestre m Capite^ à Rome; Saint-Barthélémy, à Gênes. Il est très-facile de concilier ces prétentions rivales, puisqu'il est constant que l'image primitive s'était au moins reproduite une fois dans l'occasion la plus solennelle , lorsque l'empereur Constantin Porphyrogénète la fit transférer à Constantinople. Un