SAINTE FACE
La célébrité d'une image en vénération, le concours qui se fait autour d'elle, tient beaucoup au lieu qui en reçoit le dépôt, à la clarté des traditions qui s'y rattachent, au prix que lui accordent ses possesseurs. AGoustantinople, l'image d'Édesse avait acquis une importance qu'elle ne conserva plus , dans tous les cas, en admettant qu'elle soit venue, en effet , mais obscurément , à Gênes ou à Rome , et que , dans Tune de ces deux villes, on* la possède encore. Dans la capitale du monde chrétien , au contraire , c'est la sainte Face dite de Véronique qui , d'après de nombreux témoignages , non pas contemporains, il est vrai, mais des xi^' et xu' siècles, était en possession, depuis la fin du vu» siècle au moins, d'une vénération et d'une renommée qui a pu s'obscurcir par intervalle, mais qui, le nuage passé , n'en a été que plus éclatante.
On n'a pas eu toujours la même pensée quant à l'origine de cette précieuse einpreinte; toutes les versions tombent d'accord pour estimer qu'elle avait été produite dans le cours de la Passion, par conséquent qu'elle devait représenter le Sauveur dans un état d'exténuation et de souffrance, à la différence de l'image ou des images précédentes, où il devait apparaître dans la fleur de sa vie terrestre. Aujourd'hui, on la rattache généralement à l'action de la pieuse femme qui^ sur le chemin du Calvaire, aurait eu le courage d'essuyer le visage ensanglanté et meurtri du divin condamné : tradition consacrée par l'une des stations du Chemin de h Croix ^. Mais plus anciennement, aux xii^'et xiu<» siècles, par exemple, on avait cru plutôt que cette empreinte provenait du Jardin des Olives, où le Sauveur aurait essuyé son visage inondé d'une sueur de sang : dans celte supposition, la pieuse femme dont le souvenir et le nom se sont toujours
centaine d'tuteun qni en ont parlé. Baronins , Sandini, ete., croient probable qae rinage de saint Sylfeitre est celle même d^Édesse ; les BoUaodittes, le marquis de Serpos, CapeleUi, etc., tiennent pour Timage de Gênes. D*après Giustiniani {Ann. dl Genova, p. 16S), elle serait ▼enue dans celte ville en 1384, donnée par Tempereur Jean Paléologne au doge Léonard de Monta Ito.
1. D*après les Boliandistes, on montrait, an 1183, à Jérusalem, la maison de cette pieete femme. (i«r vol. de février, p. t86.)