‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 112 sur 216 · BetUka, in-folio · texte numérisé non relu

BetUka, in-folio

222 GDIDB DE l'art GHBlh'IBN.

aurait été anciennement conservée à la bibliothèque du Vatican, ou on l'a vainement cherchée.

Serait-il vrai que l'empereur Tibère lui-même , gravement malade, aurait obtenu sa guérison ^ par le contact de la sainte image, qu'il aurait eu en conséquence quelque velléité de faire admettre le Christ parmi les dieux de Rome?... Si nous parlons de ces circonstances, du récit attribué à saint Méthode par Marianus Scotus, c'est parce qu'on ne peut prouver qu'elles n'aient un fond de vérité, dont on tirerait une présomption en faveur des traditions qui font venir la sainte Face à Rome dès les temps apostoliques ; mais nous n'avons aucun besoin desoulever les voiles d'une pareille antiquité pour le degré de vraisemblance auquel nous aspirons; nous n'affirmons rien qu'à partir de ce qui suit :

Le Liber Pontificalis atteste que, pour obtenir la protection divine, le pape Etienne II (752-756) , menacé par les Lombards, fit sortir processionnellement dans les rues de la ville, avec de grandes démonstrations de respect, Timage de Notre-Seigneur, dite Achiropite, c'est-à-dire /isêto soi» la main de C homme: on ignore s'il ne s'agit pas, dans ce texte, de l'image du Sancta Sanctorum du palais de Latran, qui était aussi désignée sous ce nom; mais,dans une Histoire delà basilique de Saint- Pierre, adressée au pape Alexandre III, Pierre Mellius, qui était chanoine de cette basilique, affirme que, darisl'oratoire de la Mère de Dieu,dit de Véronique, se trouvait le suaire dont le Christ s'était servi pour essuyer sa très-sainte Face 3. Or, cet oratoire avait été construit par le pape Jean VII (705-708), qui y avail élevé, au dire de Jacques Grimaldi, l'autel du saint Suaire. Le même auteur cile divers monuments des xi* et xii* siècles, qui attestent l'existence de cet autel, sa désignation et l'importance attachée à la relique qui s'y conservait. A dater de cette époque, les témoignages viennent en affluence. Innocent III, le deuxième dimanche après rÉpiphanie,fit faire une procession où la sainte Face fut portée avec grande vénération et grand concours de peuple, cérémonie souvent renouvelée par ses successeurs ; les papes Honorius III, Grégoire IX, Alexandre IV, Clément IV, Nicolas III, Nicolas IT, Urbain V, Clément VI, Nicolas V, Paul II, Paul V, Clément VII, Grégoire Xin,sont spécialement connus, ou comme ayant eux-mêmes honoré d'un culte particulier le voile de sainte Véronique, ou pour en avoir encouragé et réglé le culte; Urbain IV en avait fait faire une copie, qu'il envoya comme un don d'un grand prix aux religieuses de Cîteaux

1. D*aprè9 la légeode repréieotée sur les toiles peintes d^ Reims, ce serait Vespasien qai aurait été guéri par la sainte Face.

S. BolL, T. vu de juin, appendice ée BaHUea S. Pelri, n» 68; Benoit XIV, d$ CanoniU' tione, Lib. IV, part, ii, cap. xiii, n» 13; Mabiilon, lUr Ualicum,

TYPE DU GHfilflT D APRÈS LB8 TRADITIONS. 2S8

de MontreaiMes-Danies S près de Laon. L^s auteurs les plus sérieux n'hésitent pas, en présence de si grandes autorités; et il serait facile d'en citer on trës^and nombre qui admettent sans difficulté l'authenticité de cette

sainte Face.

On rapporte, dans la Vie de sainte Brigitte, qu'un gentilhomme de son pays ayant intérieurement peu de respect pour cette précieuse relique, la Sainte en eut connaissance par révélation et crut devoir l'en reprendre et lai en affirmer l'authenticité.

De nos jours, le culte de la sainte Face a repris une vive recrudescence : de nombreuses copies en sont imprimées sur toile, on les fait toucher à rorigînal,et ce contact est attesté par un écrit; répandues dans la chrétienté entière, elles sont recherchées avec une grande avidité par les fidèles, et nous pourrions citer telle de ces images devant laquelle de pieuses mains entretiennent, jour et nuit, une lampe allumée ; devant laquelle de ferventes prières obtiennent journellement des grâces signalées. Des litanies ont été composées ou seulement propagées à cette occasion, en l'honneur de la Face sacrée du Sauveur, envisagée dans sa réalité même; on les récite en réparation des blasphèmes par lesquels le saint nom de Dieu est si souvent outragé, et cette dévotion produit des fruits abondants.

Il en a été, d'ailleurs, du voile de sainte Véronique, comme de l'image d'Édesse : plusieurs églises à la fois ont prétendu le posséder. Tandis qu'on rhonorait à Rome, on croyait encore l'avoir conservé à Jérusalem; Jaen, en Espagne, faisait reposer ^s mêmes prétentions sur une autre image, à

laquelle le pape Clément VII avait attaché, en 1529, des indulgences spéciales : tout peut s'expliquer également par des doubles ou des reproductions. Il en est de môme d'un certain nombre d'autres images qui ont été signalées comme se prévalant de titres analogues, en divers temps et lieux: à SozopoliA, ville de Pisidie , à Zante, des tles Ioniennes; et chez nous , à Toulouse, dans un monastère du diocèse de Sarlat, etc. Ces diverses images, outre qu*elles peuvent se rattacher à celle d'Édesse ou à celle de sainte Véronique, par des reproductions miraculeuses elles-mêmes, pourraient encore n'en avoir été que des copies plus ou moins directes, obtenues par les procédés ordinaires de l'art. Elles seraient ensuite deve-

1. On t irès-soiivent, et dès une haule aqiiquité, repréMDtë sainte Viroaiqttd tenant déployé le ? oile sur lequel se dessine la sainte Face. Le Dictionnaire des Antiquitéi cM-' tienna en donne, page 25, un exemple du viu^ ou ix« siècle , emprunié à une custode à'Agnut Dti, publiée avant lui par Paciaudi, de Sacr, Chrisit balnèis, pref., p. 11. Le Père Honoré de Sainte^Marie a publié une estampe de la sainte Face de Montreail, que nous reproduisons pi. xi, fig. 7.

224 GUIDE DE l'art CUR^IBN.

nues les objets» à leur tour, d'une grande vénération, cooime celle de Montreuil (aujourd'hui à la cathédrale de Laon), qui est connue pour n'avoir pas eu une autre origine/ On conçoit qu'en des temps obscurs, comme il s'en rencontre si souvent dans Thistoire, les souvenirsdu peuple aient pu les confondre avec les monuments qu'elles devaient seulement rappeler.

VU

SAINTS SUAmES.

Les saints Suaires qui portent l'empreinte du corps entier de Notre-Seigneur, forment, comparativement aux saintes Faces, où le visage seulement du Sauveur est imprimé, une catégorie spéciale. On donne quelqueibis le nom de Suaire au voile de sainte Véronique; mais, pour plus de clarté, il est préférable de réserver ce nom aux reliques de la seconde catégorie. Il en est deux de ce genre,très-conDueset honorées : l'une à Besançon, l'autre à Turin. Nous ne parlons pas des autres linges sépulcraux du Sauveur, que l'on croit posséder en d'autres lieux, parce qu'ils ne portent aucune des empreintes qui, seules, sont l'objet de nos recherches ^

Les traditions locales relatives aux Suaires de Besançon et de Turin ne se rattachent pas, comme dans les exemples précédents, à des traditions générales, quant au fait même de l'empreinte; mais, d'un autre côté, elles reposent sur le fait certain de l'ensevelissement de Notre-Seigneur. Qu'il ait alors laissé l'empreinte de son corps sur les divers linges dont il fut enveloppé, il n'y a rien là qui ne soit conforme à ce que nous savons, d'ailleurs, des voies de Dieu en pareilles circonstances ; prêtez à ces voies une sufBsanle attention , vous verrez qu'il aime à laisser de semblables gages, quand il rencontre des &mes qui en sentent le prix.

L'histoire n'a, d'ailleurs, conservé aucune trace du Suaire de Besançon, antérieurement au xiii* siècle, où, probablement, il fut apporté de l'Orient, sans intermédiaire, par un ecclésiastique de cette ville, k 9on retour de la Palestine; ni de celui de Turin avant le xiv« siècle, où il paraît d'abord en Champagne entre les mains de Geoffroy de Charoy, porte-oriflamme des rois Philippe de Valois et Jean le Bon. Transporté à Chambéry par Marguerite de Gharny^ sa petite-fille, vers 1471, il y fut précieusement conservé par les ducs de Savoie, jusqu'à la fin du

i. Le Vénérable Bède fait menlion d'un Saaire qoi aurait été nne source d*abondantfli bénédietioni pour la famille qni en aTait le dépôt.

Page 1