‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 114 sur 216 · MIRACULEUSE · texte numérisé non relu

MIRACULEUSE

Que des images du Sauveur aient été peintes de son vivant, qu'elles l'aient été par des Saints, qu'elles Taieut été même par des Anges appelés à seconder des désirs humains, il en résultera pour ces images des droits extraordinaires à la vénération, mais non pas la certitude qu'elles doivent nous transmettre les traits de leur divin modèle dans leur exacte vérité. Pour atteindre cet autre résultat, il eût fallu, dans le premier cas, de la part de l'artiste, un talent proportionné à sa bonne volonté^dans le second cas, il faudrait encore que la faveur accordée par rentremise des espi its céle^es eût expressément pour but ce que nous nous proposons, longtemps après, en des circonstances complètement étrangères à ceux qui en étaient l'objet. Maisque, au contact du visagedeNotre-Seigneur,

un tissu ait pris l'empreinte de ses traits , il est de l'essence du fait qu'une telle image les reproduise exactement, dans une mesure toutefois limitée, d'après la nature et la profondeur, pour ainsi dire, de l'impres-

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sion, avec des différences analogues à relies que l'on observe entre une •peinture achevée, une esquisse, une ébauche^ une simple silhouette : il se peut très-bien que cette image, exacte selon la mesure de son genre de production, ne puisse nous apprendre rien de plus que ne cnmportentde faibles linéaments et un Irger estampage. Ensuite, aussitôt produite, bien qu'elle Tait été miraculeusement, elle est assujettie,, à moins d'un nouveau miracle, à toutes les conditions d'existence de la matière sur laquelle elle repose : elle se tire, si le tissu se tire, et selon qu'il s'élargit, qu'il s'allonge, qu'il se courbe, elle subit elle-même, nonobstant son origine, toutes ces modifications.

Une ombre est une image produite directement par le modèle ; et cependant elle n'est qu'une ombre: la photographie est une invention admirable: l'image qu'elle parvient à fixer n'est cependant qu'une ombre plus délicate, et quiconque lui demanderait plus qu'elle ne peut donner, s'exposerait à l'erreur; il faut de Tart, et beaucoup d'art, pour tirer bon parti de cette belle invention. Voyez, livrée à elle-même, ce qu'elle fait surtout de la physionomie ; et, si bien réussies que soient les épreuves, vous n'en obtiendrez^ peut-être jamais aucune qui rende l'homme comme le fait le tableau d'un grand maître; qui veut s'en servir, le fera mal s'il se contente de copier : il doit interpréter.

L'on comprend qu'une image produite par le contact du corps puisse être assimilée à celles que la mobilité de l'ombre nous montre si fugitives, mais que les lois de la nature permettent de fixer, quand l'industrie humaine en a surpris le secret. Ces considérations nous font pressentir ce que nous pourrions vraisemblablement attendre des images que Notre- Seigneur nous aurait laissées de lui, par le moyen qui est l'objet actuel de notre étude.

Les faits relatifs à la production de ces images n'étant pas de ceux que l'Ëglise protège directement de son autorité, il est naturel, d'ailleurs, qu'ils ne nous parviennent pas sans obscurité, au travers des ruines, des contradictions, des concurrences, des contrefaçons, entassées pendant dix-huit siècles de luttes, où l'Eglise a bien eu assez à faire en sauvant, à force de victoires, les vérités définies, essentielles à son existence. Que ces images elles-mêmes se soient perdues, se soient effacées, se soient altérées, tout cela est dans l'ordre de leur nature et de la situation qui leur est faite : faveur accordée occasionnellen^ent^ pour le bien personnel deceux quien étaient l'objet, elles auraient atteint leur but immédiat, bien avant tous les accidents qui nous privent d'en profiter au même degré.

Joignez à cela que ces vénérables empreintes vont deveuT d'autant plus difficiles à bien apprécier, que leur conservation est en-

tourée de plus de soins ; qu'elles sont rarement exposées aux regards, et en des conditions telles qu'il demeure ordinairement impossible d'en* distinguer aucuns linéaments.

Nous l'avons éprouvé à Rome, dans l'église de Saint-Sylvestre in capite : après avoir attendu avec un peu d'espoir l'exposition des reliques, annoncée pour une fête prochaiiie, nous n'avons pu apercevoir, sous le verre qui nous séparait de l'image dont nous aurions aimé à démêler les traces, qu'une surface noircie par le temps.

La Sainte-Face est exposée dans la basilique de Saint-Pierre, du haut d'une tribune trop élevée et trop éloignée de l'œil des fidèles, pour leur permettre de rien voir de plus que son reliquaire. Les chanoines seuls de l'insigne basilique ont le privilège de l'approcher, et si vous les consultez, ils vous diront que les traits imprimés sur le voile de sainte Véronique sont tellement obscurcis, qu'il leur est à eux-mêmes impossible de juger de l'ensemble qui en résulte, quand ils n'ont observé la relique que dans son état ordinaire.

Dans des circonstances exceptionnelles dont nous parlerons bientôt, Dieu heureusement a mis ceux qui étaient présents à même de mieux voir, et il nous a été donné de nous éclairerdeleurtémoignage, pour apprécier la valeur des copies qui seules sont arrivées jusqu'à nous. Ce n'est aussi que d'après des copies, et non pas même d'après des copies immédiates , niais d'après des gravures, que nous pouvons nous faire une idée des empreintes de l'église de Saint-Sylvestre, de Gênes, de Besançon et de Turin. Quant au voile de sainte Véronique, nous en avons eu sous les yeux des copies,— l'une chez Mgr deFa1loux,chanoine de Saint-Pierre, Tautre dans la sacristie de la cathédrale de Velletri, — qui peuvent passer pour être de première main, quoique nous n'en ayons pas la certitude. Il ne nous est donc pas permis de donner nos observations comme le résultat d'une étude accomplie: nous croyons toutefois que, par la critique et la confrontation des témoignages, on peut tirer des documents dont nous avons pu disposer, quelque insuffisants qu'ils soient, des inductions légitimes et des présomptions de vérité.

D'après ce qui nous est parvenu de divers auteurs dont nous n'avonspu vérifier les citations, l'image de Gênes et celle de Sainl-Sylvestre seraient d'une parfaite conformité de traits , avec cette seule différence que les traits seraient moins apparents sur la seconde^; ils auraient, en outre,

1. Ces indications doivent se trouver dans Tun ou l'autre des ouvrages suivants, qae doos n*avons pu nous procurer : Compendio di memorie chronologiche coneemante la reUnion, k morale délia na%ione ArTnena, par le Mis Gioyani de Serpos, 3 yoI. in-S», 1786, T. I, p. 155 à 170; Capeletti, VArmenia, Piren%e, T. I, p. 22 et suiv. — D*après des renseignements re-

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une véritable valeur esthétique*. Carletti, dans Y Histoire de V église de Saint'Syhestre in capite 3, a donné une gravure de l'image qu'on y conserve, et nousàla reproduisons (pi. xi, fig. 8) ; Mozzoni, dans ses Tableaux chronologiques ^ , publie Timage de Gênes sous deux aspects différents que nous reproduisons: dégagée de son encadrement (pi. xi, fig. 3), et telle qu'elle paraît dans ce même encadrement (fig. 4) ^.La figure donnée par Carletti est beaucoup plus jeune; la barbe n'y atteint que faiblement les lèvres, et s'étend sur le menton avec le soyeux d'une croissance nouvelle et toujours intacte. Il est évident que cette figure, dessinée selon la manière d'à peu près, trop habituelle au xvm® siècle, ne traduit pas littéralement l'original; elle offre néanmoins, dans sa coupe générale, une pureté de lignes, une simplicité, une naïveté de contours, s'il est permis de parler ainsi, qui ne s'expliqueraient pas, si le dessinateur avait été principalement dirigé dans son interprétation, comme il arrive d'ordinaire en pareil cas, par le goût de son temps, qui tournait alors à l'affcc-

CMÎUU à Gtoes même, le 13 juillet 1867, la Sainte-Face conservée dans régUse Saioi- Bartkéleray est très-Tisibie ; on l*expose à certains jours de fête. Outre les renseignements rerbaox, nous en avons encore puisé dans Topuscule iutilulé : Noti%ia elkiiUniea critica del wUo Sudario, inr3^ ou petit in-lS; il ne porte pas de nom d*auteur, mais nous savons qu'il eit de P. Picconi, barnabite. Nous avons vu dans la sacristie de la cathédrale d'Ancône une copie de cette image , où il est sensible que , par les pointes de Teneadrement qui semblent partager la barbe en trois, on a entendu seulement partager les cheveux de la barbe.*

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