TYPE DU CHRIST DIAPRES LES TRADITIONS
fait rensevelissement lui-même , lorsque le sang de ces blessures aurait été déjà étanché; on comprend alors que les plaies auraient été beaucoup plus sensiblement accusées sur le premier que sur le second ^
L'observation capitale, à notre point de vue, c'est qu'il ne nous revient rien de ces monuments vénérés, qui ne tende à les montrer en conformité les uns avec les autres, les différences s'expliquant par la diversité des circonstances assignées à leur production ; c'est que, tous ensemble, ils paraissent s'accorder soit avec les descriptions traditionnelles, soit avec les portraits de Notre-Seigneur qui ont été le plus anciennement tracés par les procédés ordinaires de l'art chrétien : tellement que, — la similitude ne pouvant être parfaite avec chacune de ces œuvres d'art, prise en particulier, puisque celles-ci diffèrent entre elles,— la place des Saintes-Faces, des Saints-Suaires, quant au type de figure^ est, parmi les images du Sauveur, dans ce milieu assigné aux combinaisons les plus pures qu'il nous sera possible de déterminer approximativement, par la résultante de toutes les données capables de nous renseigner.
En résumé, la figure attribuée à Notre- Seigneur, d'après les images vénérées comme le produit de sa vertu divine et le contact de son corps sacré, est on ne peut mieux en rapport avec tout ce que nous pouvons d'ailleurs savoir et penser de lui, et mieux qu'aucun autre monument obtenu par les procédés ordinaires de l'art. Eu égard, cependant, aux circonstances qui leur sont propres, comme elles ont été produites dans an tout autre but que de fournir des modèles aux artistes , il ne faut pas leur demander de remplir immédiatement cet objet , sans avoir à subir aucune transformation , aucune vivification. Il ne faut pas croire, en effet, quelles puissent dispenser l'art de remplir son office, et rendre inutile le génie de l'artiste. Eussiez-vous sous les yeux Tempreinte originale dans son intégrité primitive, à moins d'un nouveau miracle qui l'animflt et lui donnât l'inflexion propre à la situation où vous voulez représenter le Sauveur, vous ne pourriez vous contenter de la copier.
Masque moulé sur le cadavre, silhouette, photographie même, descrip-
1. Les différences dont nous parlons, a peine sensibles sur la planche de ChifDei, disparaissent i peu près sur la nôtre. On remarquera cependant que les cheveux de ces deux ligures nesont pas disposés de la même manière. Ceci pourrait fkire le sujet d*une objection, attendu que, dans la réalité, cette disposition aurait dû éire, sinon identique, au moins peu différeute, lorsque Tune et Tautre empreintes auraient été faites; mais il faut toujours accorder la part de« interprétations sur des linéaments peu visibles. Ces deux images ont été, â Besançon et à Turin, di*ssinées par des mains différentes; elles ont été gravées ensuite de la même main. Celle différence de cheveux exclut, d'ailleurs, Tidée d*un parti pris sur la rcs- ' semblance absolue de ces empreintes.
lions verbales, il arrive que tout cela est insuflBsant pour permettre à un pinceau habile de vous rendre avec vérité les traits d'une personne qui
vous fut chère.
Voilà cependant cette Face sacrde du Sauveur ! Nous la prenons comme elle nous parvient : extrait déla*y<S d'une substance précieuse, traduction énervée de l'original. (Voyez la fig. 1, pi. xi.) Fut-il jamais une expression de douleur comparable à celle-ci ? douleur dans la paix, sans contorsion, dans la possession de soi-même ; traits tendus, tirés^ éteints et sereins toutefois. C'est à faire peur , si l'on s'en tient à la première impression, peur comme on a peur de la souffrance, de la mort, du supplice I... N'en demeurez pas là, surmontez cette répugnance instinctive de la nature : vous serez consolé de voir souffrir ainsi, et vous commencerez à comprendre que le faire avec tant de perfection, c'est souffrir en Dieu.
Ranimez ces traits, ouvrez ces yeux, faites flotter le long des contours du visage une soyeuse chevelure ; que la barbe étanchée s'assouplisse et reprenne sa forme naturelle, et vous avez une figure de Christ d'une majesté et d*une douceur incomparables : nous en avons fait Texpérience sur le calque d'une Sainte-Face (fig. 2, pi. xi). Voudriez-vous une majesté plus imposante, un Christ triomphant, transfiguré, un souverain Juge? un plus vif raffermissement des traits, un peu de chaleur, de lumière, une modification de physionomie, et vous l'obtiendrez immédiatement.
Non I la saine critique ne fermera pas l'oreille aux échos de nos lointaines traditions; loin d'amortir ces sons trop affaiblis, elle tentera de rendre leurs répercussions plus sonores, pour mieux les juger; et tout entendu, tout pesé, tout confronté, tout analysé, l'esprit tenu en suspens, c'est au cœur de parler : il nous le dit, il y a là quelque chose qui vient de Jésus. Ce n'est qu'une ombre de ses traits, mais c'est une ombre divine ; divine à force d'être sainte dans l'abjection et la souffrance, elle inspirera, mieux qu'aucun chef-d'œuvre de main d'homme, l'ar" tiste même qui voudra apprendre à peindre Dieu dans l'éclat de sa gloire.
ETUDE Vu.