CONVERGENCE DES IMAGES DANS LA LIGNE ASCENDANTE
Dans les sciences physiques, qui jouissent par privilège du nom de sciences exactes, quand on a réussi à grouper un certain nombre de faits, on s'efforce de concevoir une hypothèse qui les explique tous; a-t-on
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réussi à la trouver, des faits nouveaux viennent-ils surtout s'adapter au cadre ainsi tracé, cette vérité est traitée à Tégal d'une vérité démontrée : elle règne, au grand profit de la science, dans le domaine qui lui est propre, et pour la détrôner, il ne faut rien moins que la parfaite constatation d'un fait imprévu, incapablede s'accorder avec elle. L'ensembledesfaitsexposés, relativement aux anciennes images du Christ qui nous sont connues, ne peut s'expliquer que par l'existence, parmi les chrétiens^ de plus andeus portraits dont le souvenir ne nous est point parvenu. C'est une hypothèse, mais une hypothèse au moyen de laquelle tout s'explique, et à laquelle nous prétendons accorder une valeur vraiment scientifique.
IjCs images des Catacombes, celles des sarcophages, celles des mosaïques, celles des médailles, sont trop distinctes dans leurs types pour qu'on puisse les faire dériver immédiatement les unes des autres; trop semblables pour qu'il soit permisde leur refuser une même source, d'oii proviendraient aussi, par des voies indéterminées, ces autres images qui :ie posent traditionnellement avec une prétention spéciale à l'exactitude, en tant que véritables portraits.
Il faut remonter d'autant plus haut, pour fixer la position d'une source commune, que les courants qui en émanent sont plus dissemblables c!e composition et moins divergents de direction. La situation des courants traditionnels , relativement aux images du Christ aux iv^ et v*' siècles, est par elle-même l'indice d'une ancienneté rektivement considérable, de la part du type qui leur a probablement servi de source commune; il ne serait pas improbable que le point d'intersection de toutes ces lignes ne fût autre que la personne même du Fils de Dieu.
La doctrine de l'Église primitive, loin d'être un obstacle à celte persuasion, nous invite, au contraire, à la maintenir. L'accord des docteurs catholiques est presque unanime pour invoquer, dans les controverses avec les iconoclastes anciens et modernes, quelques-uns au moins des faits traditionnels de Panéas, d'Édesse, les images attribuées à saint Luc, etc. S'il ne nous atteste pas l'exactitude historique de ces faits euxmêmes, il nous donne du moins l'assurance qu'aucune prohibition dogmatique ou disciplinaire qui les aurait exclus, ne fut jamais dans l'esprit de l'Église. Que cet argument, s'il était adressé à des protestants, paraisse une pétition de principe, il n'en est pas moins décisif pour nous, qui ne le sommes pas.
Or, les chrétiens pouvant avoir des images du Sauveur, ou ne s'expliquerait pas comment ils n'en auraient pas eu. Le bon sens suffirait pourfaire justice de l'idée qu'ils aient pu à cet égard se laisser devancer par les gnostiques, et leur emprunter ensuite une conception qui jurernit par sa noblesse, par ses convenances, avec les doctrines de ces sectaires,
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et ces assemblages ridicules d'emblèmes qui , seuls , peuvent être donnés avec certitude comme venant d'eux ^ Il n'y a que la prévention ou l'irréflexion qui ait pu donner du crédit à une semblable thèse.
Le caractère primitif de l'ascétisme chrétien et des œuvres d'art qui en devenaient l'expression, était, il est vrai, peu favorable à la propagation des portraits proprement dits. On sait que les premiers fidèles élevaient leurs cœurs au-dessus du domaine des sens, si haul dans la région des vues surnaturelles, que lorsqu'ils s'attachaient à la Personne du Fils de Dieu, ils se la représentaient volontiers affranchie de la vin mortelle, plutôt que d'appliquer leurs affections au souvenir de ce qu'il avait été et de ce qu'il avait fait pour eux dans les circonstances où il avait vécu sur la terre. On reconnaît là les hommes qui, éloignant de leurs yeux les réalités sanglantes du sacrifice accompli sur la croix, ne voulaient voir le signe du salut que tout orné de fleurs, que tout enchâssé de pierreries : s'il fut un instrument de mort, n'est-il pas devenu, eo effet, le principe de la vie?
Cependant, tous les aspects que devait prendre légitimement la piété chrétienne, devaient exister en germe dans l'Eglise naissante : il est si naturel de s'attacher à l'image de celui que l'on aime, que, livrés sous ce rapport à la liberté de leurs impulsions, sans avoir besoin d'être encouragés, sans avoir l'exemple du grand nombre, il se sera trouvé des chrétiens spécialement avides de se procurer des images ressemblantes, ou réputées telles, de leur Sauveur adoré.
Ces images, d'un autre côté, favorisées par l'Église dans ce sens qu'elle favorise tout ce qui est bon et utile, n'étaient pas probablement de sa part l'objet d'un encouragement et d'une protection spéciale ; elles n'étaient pas non plus devenues Te signe d^une vérité définie, parce qu'elles n'avaient pas été attaquées; la piété avait d'autres aliments plus en rapport avec la direction actuelle des esprits. On peut s'imaginer qu'elles étaient demeurées dans une situation analogue à celle du culte d'un Saint dont l'Ëglise n'a pas encore prononcé la canonisation.
On conçoit même une situation mixte, telle que, dans certains oratoires des Catacombes, on aurait exposé à la vénération du petit groupe de fidèles capable de s'y réunira la fois, certaines de ces images d'un caractère plus personnel que ne sont généralement les anciennes peintures chrétiennes, et, par conséquent, plus susceptibles de provoquer ce genre de culte que l'on rend aux images, comme tenant lieu de la personne : images qui, à raison niùme du respect plus grand dont files