‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 128 sur 216 · VVaish, Estny on Ihe anciefil coins · texte numérisé non relu

VVaish, Estny on Ihe anciefil coins

TYPE OU CHRIST DANS l'aRT. 251

auraient été l'objet, n'auraient éié que rarement peintes sur place, mais auraient été des tableaux dans le sens rigoureux du terme, exposés pendant la durée d'une cérémonie, et enlevés ensuite comme les vases sacrés et autres objets précieux. Nous avons entendu le P. Marchi ex* primer celte opinion , dans le cimetière de Sainte-Agnès, en présence de quelques niches ou excavations creusées dans les parois d'un cubiculum^ qu'il supposait avoir pu servir à recevoir des images de ce genre.

De semblables tableaux, par leur Aature, étaient tout à fait en dehors des circonstances exceptionnellement favorables auxquelles les peintures murales des Catacombes ont dû leur conservation. De même, il ne nous reste comme spécimens de la peinture antique, que des peintures murales, qui sont également toutes décorative"», enfouies à Pompeîa, à Herculanum et dans quelques autres ruines. Tant d'œuvres d'un plus grand prix, qui ornaient les temples, les palais de la Grèce et de Rome, ont disparu sans retour! Les ravages du temps, les désordres des révolutions ont suffi pour accomplir leur destruction : les monuments chrétiens avaient de plus, contre eux, la persécution.

Lorsque, au iv« siècle, le Christianisme put donner un libreessor à toutes ses légitimes tendances, il se trouva des images du Sauveur pour déterminer les traits que Ton devait lui attribuer, mais par une détermination large, qui laissait place à des nuances nombreuses et profondes, d'une manière f^eu différente de ce que nous voyons aujourd'hui. Déjà, il y avait des sous-types, des variétés d'écoles, des interprétations individuelles; on eût trouvé des modèles d'un type plus pur, mais ils étaient trop rares, trop faibles d'exécution, trop peu connus, d'une authenticité trop incertaine, pour s'imposer d'autorité. Ajoutez à cela l'habitude où l'on était de tenir peu de compte d'un type déterminé, quand on représentait le Christ dans des sujets qui n'avaient pas pour but immédiat sa glorification personnelle.

En de telles circonstances, on ne doit pas s'étonner que saint Augustin, dans son Traité de la Trinité, ait pu se dire dans l'ignorance des véritables traits du Sauveur; il parlait en homme versé sans doute dans la connaissance générale de toutes les choses de son temps, mais sans rien qui indique, non pas une étude, mais seulement une attention spéciale apportée à la question qui nous occupe, soit au point de vue de l'art, soit au point de vue disciplinaire ou doctriïial, sans prétendre mèniè y fjire aucune allusion. Pour lui, il s'ai^nssait, rion pas d'un travail arristiquequelconque,niais du travail de l'imagination : ellese représente une image, celle de Jésus-Christ, par exemple, d'une multitude de manières différentes selon la variété des pensées et des dispositions de chacun ; et, cependant,

ce visage n'a qu'une manière d'élre, quelle que soit cette manière ^ Cette pensée serait vraie encore, quand on l'appliquerait seulement dans une circonstance particulière, à la physionomie accidentelle d'une figure bien connue : imaginez-la, elle peut se concevoir de mille façons fort diverses; voyéz-la, elle est uniquement ce qu'elle est.

Prenant ensemble les images du iv<» siècle et des siècles suivants, dont l'authenticité est incontestable, et celles dont l'existence antérieure peut devenir certaine par voie d'induction, si nous les considérons comme formant un réseau, à raison des rapports qui les unissent, nous ne prétendons pas que ce réseau ait jamais été ni assez serré, ni assez uniforme pour s'opposer au passage d'une pensée comme celle de saint Augustin.

De nos jours encore, — à supposer que nous ayons réussi à trouver des preuves à priori de l'hypothèse que nous avons exprimée, et que nous ayons rigoureusement démontré que les types de figures attribués au Sauveur, depuis le iv* siècle» par la prescfue généralité des artistes, ont, si différents qu'ils puissent paraître dans leurs extrêmes, une filiation commune qui les rattache tous à une même souche et probablement à la réalité même de ses traits adorables , — quel est cependant le grand esprit, livré dans une autre sphère à de plus hautes considérations, que nous pourrions, par le résultat de nos obscures études, empêcher de l'exprimer comme le faisait l'évêque d'Hippone? ^

L'orateui% l'écrivain, peuvent très-bien demeurer dans l'indécision des vagues souvenirs et des traits indéterminés, relativement au visage du Sauveur , quand ils parlent de sa personne sacrée ; mais il n'en est pas ainsi du peintre : quel que soit le fondement, ou solide, ou chancelant, sur lequel il s'appuie pour déterminer les traits de Notre- Seigneur, il est dans la nécessité de les déterminer avec précision, et son obligation est de le faire avec toute la justesse, au moins relative, qui est en son pouvoir. Pour nous, nous aurons atteint tout ce que nous pouvons prétendre de mieux, si, nous mettant dans les voies de la lumière, nous avons aidéà larencontrerceuxqui lacherchent, et qui, par état, sont tenus de la chercher.

1. Uue fueritiUe (Ghrislus) facie nos penitus ignoremus... Nam et ipsius DomiDics faciès carois iiiiAirnerabiliam cogitaiionum di?ersUate ▼arietur i fingitor, que tamen ans eral quecumqoe erat. {De TrinUale, L. VIU, cap. iv et v, operum T. lU.)

TYPE DU CHRIST DANS l'aRT. 253

Page 1