DIGNITÉ) GRACE
U est dans l'ordre que Tenfant ne se sépare que peu de sa mère, et il ne paraît pas en effet que Jésus ait jamais été séparé de Marie avant l'âge de douze ans. 11 ne la quitta alors momentanément qu'en la jetant dans une inquiétude mortelle, tant elle s'était fait une obligation de veiller àur le dépôt sacré qui lui était confié. Aussi, dans l'art chrétien, le cycle de l'enfance de Jésus appartient-il à l'histoire de Marie, plus encore en quelque sorte qu'à celle de Jésus lui-même, et c'est là l'un des motifs qui nous ont déterminé à nous occuperimmédiatement de la Mère, après avoir traité en général des représentations du Pils, au lieu d'aborder dès lors la série des faits évangéliques qui constituent Thistoire de ce divin Sauveur et l'exposé des mystères de notre sainte religion. Autrement il eût fallu ou scinder ces faits et ces mystères, et séparer en quelque sorte Jésus de lui-même, pour ne pas trop le séparer de Marie, en les attribuant partie à l'iconographie de l'un, partie à l'iconographie de l'autre, ou mettre en scène cette divine Mère, avant d'avoir traité des conditions gléaérales de sou type et de ses représentations, et n'en parler ensuite que pour l'isoler des mystères qui forment le plus naturellement son cortège.
Et maintenant encore, avec la méthode adoptée, de dessiner les traits, le costume, le caractère de tous les principaux personnages, avant leur entrée en scèae dans les drames où ils doivent figurer en commun^ Tétude de l'Enfant Jésus ne sera qu'une ébauche, tant qu'elle ne sera pas complétée par celle de la Vierge-Mère. Alors seulement nous pourrons achever de répéter ce que l'art sait nous dire du divin Enfant ; et à
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présent , nous serons obligé d'anticiper sur Féturle de Marie, dès lors que nous voulons commencer celle de Jésus. «
On a figuré l'Enfant Jésus dans Tart chrétien, tour à tour selon un type de simplicité, de dignité ou de grâce. Aux époques primitives où Tart fut le plus profondément chrétien par la pensée, mais où toute la pensée était dans le sujet, plutôt dissii^ulé d'abord qu'il n'était manit'eslé par les formes et les expressions, la simplicité domine dans les représentations du divin Enfant. Et, une fois le premier tour donné dans ce sens, ce cachet de simplicité se maintint encore, quand les artistes avaient acquis, depuis longtemps toute liberté, pour donner à leurs œuvres une physionomie plus accentuée. Alors TEufant Jésus, si on ne considérait que sa figure, ne se distinguerait pas ou se distinguerait peu d'un enfant ordinaire; c'est par le sujet qu'on le reconnaît, et que l'on est invitée lui rendre tout l'honneur qui lui est dû. Cette observation s'applique iion-seulement aux traits, mais aussi aux mouvements et aux attitudes du divin Enfant. M. Didron, ayant entrepris de faire ressortir la supériorité qu'il attribue à l'art chrétien du xm* siècle sur celui du iv®, — question qui ne peut équitablement se résoudre que par des distinctions, car chaque époque a ses mérites, — s'était préyalu de ce caractère trop humain de l'Enfant Jésus. 11 a cru le reconnaître sur le sarcophage du musée de Latran, qui a été pris le plus souvent comme spécimen du genre*.
L'Enfant Jésus, qui s'y montre dans la scène de V Adoration des Mages, est en effet plus simple que divin de type et d'attitude; mais la sagacitéde l'observateur avait été mise eu défaut par un léger écart du graveur, quand il avait cru devoir attribuer à cet enfant un mouvement empressé pour saisir les présents qui lui sont offerts, à la différence des meilleures compositions du moyen âge où Jésus les bénit. En étudiant ce détail sur l'original, nous sommais resté convaincu que cet empressement était si loin de la pensée de l'artiste, qu'on y verrait plutôt déjà la bénédictiou elle-même, il s'agit d'ailleurs d'une nuance si délicate dans la position de la main, que l'indécision demeure permise.
Quoi qu'il en soit, il n'y aurait rien de moins extraordinaire qu'une composition du iv ou du v^ siècle, où l'artiste, s'attachaut au gros de la chose» ferait prendre simplement uu présent, offert avec une égale simplicité. 11 est des œuvres du moyen âge qui ne s'élèvent pas non plu^ au-dessus d'un semblable niveau ; mais alors on peut y voir uùe preuve d'infériorité relative dans le génie de l'artiste^ tandis que pjimitiveuient cela tenait à une situation au-dessus de laquelle nous croirions, au contraire, que l'auteur de notre sarcophage tendait à se placer.