‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 146 sur 216 · Annale.y archéologiques. T. XXI, ci-de-ssus, pi. viii · texte numérisé non relu

Annale.y archéologiques. T. XXI, ci-de-ssus, pi. viii

DE L'EiNFANT JÉSUS. 293

L'élévation dans la conception de la figure de TEnfant Jésus est venue en raison du caractère plus ou moins direct de la représentation : plutôt, par conséquent, lorsq/je le Fils et la Mère sont représentés en dehors de toute action, et pour eux-mêmes, que dans les sujets historiques.

M. de Rossi a rapproché quatre des plus anciennes figures de Jésus sur le sein de sa Hère, qu'il ait pu découvrir dans les peintures des Catacombes ^ Dans la première de ces images, où le groupe de la Vierge-Mère est accompagné d'un autre personnage jugé devoir être le prophète Isaïe^ l'Enfant, entièrement nu, est tourné vers le sein de sa mère, sans rien en lui qui puisse dire quel il est. Dans les deux secondes, qui se rapportent à Tadoration des Mages, il est vêtu, il est plus âgé que ne le comporterait la réalité du fait, et il accueille ceux qui viennent lu^rendre hommage. La quatrième, qui se distingue des trois autres par une disposition plus archaïque, bien qu'elle soit la moins ancienne, est la seule qui soit dans les conditions d'une représentation purement personnelle. L'Enfant s'y montre de face, dans cette situation où une mère ne pourrait tenir son enfant que pour le présenter comme un objet de vénération, ou même, ordinairement, — Timage dont nous parlons en offre un premier exemple, — elle ne ^ tient pas du tout, ayant elle-même les bras étendus pour prier.

Une situation qui exclut, à un tel degré, toute circonstance de fait, comme toute tendance à limitation trop naturelle, doit singulièrement porter à diviniser par les traits, autant qu'on en est capable, un enfant ainsi déjà divinisé à ce point par sa pose, s'il est permis de se servir de cette expression. On doit donc dire que, dès le iv® siècle, l'art se mit en voie de formuler le type de TEnfant Jésus, dans un sentiment de dignité.

Au v« siècle, ce sentiment se soutient, à un moindre degré, dans la scène historique de Y Adoration des Mages^ telle qu'on la voit représentée dans la mosaïque de l'arc triomphal à Sainte-Marie-Majoure : Jésus s'y montre assis sur un large trône, de chaque côté duquel Marie et Joseph se tiennent avec respect. Cette disposition devait avoir pour conséquence de faire grandir TEnfant Jésus bien au delà des réalités de son âge naturel. Sans avoir un pareil motif de le faire, l'art Tavalt grandi, quoique beaucoup moins, dans les' groupes de la Vierge-Mère se rapportant à l'Adoration des Mages, dont nous venons de parler, et généralement, il Ta grandi plus ou moins dans la suite. C'est, en effet, un moyen

1. Imagine teeUe tratle délie Catacombe^ i^rand in-i», pi in-fol. Rome, 1863. La première de ces images est du cimetière de Sainte-Priscille ; la deuxième et la troisième, de celui des Saintt*Marcellio-et- Pierre ; la quatrième, de celui de Sainte-Agnès. (Voir ci-après, T. III.)

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facile de (aire apercevoir à première vue qu'on ne représente pas un enfant ordinaire.

Le point de vue de la simplicité, cependant, n'avait pas été aban^ donné; il continuait à se maintenir simultanément ou parallèlement aux autres caractères : ce caractère domine surtout dans les scènes de la Nativité, où le divin Enfant était cçmplétèment serré dans ses langes ; il y apparaît saus^mouvement, comme une douce victime; mais il fut bien éloigné de la pensée des artistes, jusqu'au xiv* siècle, de lui attribuer rien de puéril, ni même d'enfantin dans le geste et le mouvement.

Au xiu^ siècle^ la manifestation des sentiments affectueux s'était propagée ; l'art, moins occupé, dès lors, de faire adorer le Dieu dans l'enfant, songea un peu plus à faire aimer le Dieu devenu enfant; et nul moyen n'était plus propre à rendre Jésus aimable que de le rendre tendre pour sa Mère, et sa Mère tendre pour lui ; on le rendit aussi tendre pour nous, mais ce fut plus tard. L'art avait pris bientôt une forte propension i s'avancer dans les voies de l'imitation naturelle : observant tout ce qui se rencontra dans les enfants, il y recueillit la grâce. L'écueil, cependant, borde ces rives riantes : l'imitation naturelle tend à rabaisser la penséeau niveau des choses que l'on voit, et pour faire de Jésus un joli enfant, on en fera trop souvent un enfant vulgaire.

Ce n'est pas trop, pour représenter dignement l'Enfant divin , que de réunir, dans un degré oii elles s'accordent, toutes les qualités qui successivement lui ont été plus particulièrement attribuées : la simplicité, la dignité et la grâce.

En Jésus, la simplicité nous rappelle qu'il est homme : que la dignité nous dise qu'il est Dieu, et qu'une grâce attrayante nous invite i nous approcher de ce divin Emmanuel. Une simplicité sans grâce ni dignité devient triviale ; relevéepar les autres qualités, delà dignité sans apprêts, elle fait la majesté, et préserve la grâce de l'afféterie : c'est-à-dire qu'elle est nécessaire pour atteindre le plus haut degré de l'une et de l'autre. Faites-nous adorer et aimer Jésus enfant, et, soitque vous le revétiezd*une majesté gracieuse ou d'une grâce pleine de majesté, faites que nous le sentions prêt à se donner à nous avec le plus charmant abandon.

Il s'est ainsi donné, en effet, entre les mains du saint vieillard Siméon, dans la fres({ue des cellules de Saint-Marc, dont leurs deux têtes ont été détachées, atin que nos lecteurs puissent mieux en juger (pi. Xiv). Quel amour chez le bon vieillard, et comme le divin Enfant est bien tout entier à lui, s'étaut rt^ndu comme incapable de résistance dans les langes qui l'enveloppent ! Il s'est fait trop petit enfant pour avoir à imprimer même une direction à son regard ; mais, beaucoup plus développé, cependant, de formes et de physionomie, qu'un enfant ordinaire, il laisse apercevoir

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