LE SAINT VIEILLARD SIMÉON ET L ENFANT .JESUS
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DK l'enfant JÉSUS. 395
qu'il »ait et qu'il veut ce qu'on fait de lui; et il faut être Dieu, étant aussi enfant, pour le comprendre et le vouloir de la sorte.
Le loélange des différentes qualités que nous demandons dans un Enfant-Dieu, n*est pas tel cependant, en cette composition , que la grftceet ladouceurn'y dominent, et il faut toujours qu'elles soientdéveloppées préférablement Tune & l'autre, selon la nature du sujet, selon le tour du tableau. Elles le seront aussi, selon le génie propre de l'artiste, mais de telle sorte que chacune d'elles se serve des deux autres comme de deux ailes pour la soutenir.
Que Ton prenne garde à ses modèles: car Raphaël lui-même, celui de tous les hommes que Dieu avait le mieux prépaie pour être son peintre, •— gracieux par nature, capable, par Télévatiou de son âme , de rendre la majesté la plus noble, de donner Tidéedu divin, — Raphaël, dominé parle goût de son temps, a trop recherché en Jésus les grâces naturelles.
Dans l'occasion la plus solennelle, voici que Jésus est appelé du ciel avec Marie par la prière , dans ce tableau, d'ailleurs si admirable, de la Vierge de Poligno. Pourquoi alors se contourne-t-il comme s'il trépignait en jouant, heureux de se sentir porté par sa Mère ? Dans un enfant ordiBaire, si la situation l'était aussi, ce mouvement serait délicieux de gentillesse et de vérité: en Jésus, il serait vulgaire, si Raphaël pouvait rien faire de vulgaire; mais parce que, animé du souffle de son génie, tout le tableau élève l'âme par son ensemble, est-ce une raison pour le critique de fermer les yeux sur une imperfection ? Sous le couvert d'un grand nom et d'une grande œuvre, elle ferait autorité : il ne le faut pas. Cette pose, dans Jésus, manque de dignité; vu la circonstance, elle manquerait de naturel et de vérité, même quand il s'agirait d'an enfant comme un autre; car mettez un enfant en représentation : pour peu qu'il en ait conscience et qu'il y consente, il se tiendra tranquille et dans une attitude simple, ne fûtce que par timidité.
0 cher petit Enfant, modèle dp simplicité, de pureté, d'innocence, d'humilité, de douceur; Jésus, le plus tendre, le plus aimable, le plus riant des enfants ! apprenez au pinceau chrétien à vous peindre d'une ' touche si délicate, si suave^ qu'il dise tout ce que vous avez de charme, tout ce que vous êtes^ et qu'il le montre comme si vous pouviez Tignorer; mais que soulevé par la charité, obéissant aux désirs de votre âme, votre main naïvement nous réponde, ou que votre œil du moins nous apprenne que vous nous avez entendu.
Ou bien encore , oui : tournez-vous vers votre Mère , car, si elle se tourne vers vous, c'est pour vous présenter nos prières^ ; son baiser
I. Tont ceci s'écUircira par des exemples, quand nous traiterons de riconog^raphie de la •iînCa Vi«ryè.
â96 GUIDI;: DE L^ART CHRÉTIEN.
est le prix de la grâce qu'elle nous a obtenue; le vôtre, le tendre signe de Tacquiescement à ses miséricordieuses demandes.
Jésus, dans tout état de cause, ne doit pas être comme Tenfant au regard inerte et sans intelligence. Aux premiers jours de sa vie, il est bien, si on le veut, de lui laisser les formes débiles qui lui appartiennent naturellement, pour dire combien il s*est alaissé pour nous ; maïs dans la crèclie, même au moment où il vient de naître, qui défendrait à ses lèvres de doucement nous sourire et à son œil de nous attirer? D'un autre côté, si l'on préfère imiter les peintres qui, pour mieux montrer extérieurement ce qui l'élève intérieurement bien au-dessus des conditions communes de l'humanité , lui ont attribué les formes et les attitudes d'nn âge bien supérieur à celui <|u'il pouvait avoir dans les circonstances où il est représenté, qu'on ne le fasse aussi qu'avec mesure: car pourquoi s'éloigner de la vérité, quand on peut faire servir les grâces naïves de l'enfance à donner plus de cbarme à la majesté divine ?
S'il était utile de mieux s'expliquer sur l'état de nudité, où l'on a trop souvent représenté l'Enfant Jésus, à partir du xiv® siècle, mais surtout depuis le xv«, soit comme symbole de son innocence, soit en vue de la seule recherche des grâces naturelles : si nous voulions étudier les phases diverses, — nous dirons de cet abus, car nous avons établi, en posant les principesfondamentaux de l'art chrétien, queç'en était un, — ce serait le lieu de nous étendre à ce sujet : mais il nous parait suffisant de renvoyer à l'exposé de ces principes mêmes, soit pour détourner de jamais représenter nu le divin Enfant de Marie, soit pour faire considérer néanmoi^is avec indulgence tant d'œuvres, pleinesd'ailleurs de saveur chrétienne, où l'on a cédé à d'autres entraînements.