IKSUS DANS LA PREMIÈRE PÉRIODE DE SON ENFANCE
L'enfance de Jésus comprend tout l'espace de temps qui s'est écoulé depuis sa naissance jusqu'à sa dispute dans le temple avec les docteurs. Jusqu'ici nous avons fait abstraction de sa croissance graduelle; etcorome nous le considérons surtout en tant que porté dans les bras de sa Mèrejl aurait dû, ce semble, si l'art était astreint à ne jamais se départîrdes réalités naturelles, nous apparaître ordinairement comme n étant pas sorti de ce premier âge où l'on est incapable de se soutenir par yoi-môme. S'il n'en a pasété ainsi, c'est que le grandir détaille et l'avancer horsde la proportion commune, en tous les genres de développements et physiques et moraux»
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est considéré comme un moyen d'exprimer sa dignité et celle de la Vierge incomparable qui est devenue sa Hère.
On ne peut douter que riiumanité sainte du Fils de Dieu n'ait été investie, dès le premier moment de son Incarnation, de la plénitude des dons de l'intelligence; mais, quant à leur mode de production et au tour qu'elles ont pris, il n'en est pas moins vrai que ses pensées et ses affections se ?ont proportionnées aux conditions naturelles de s'a croissance. Enfant, il pensait, il parlait, il agissait comme un enfant; il a été un temps où il demeurait comme ne sachant pas parler, comme ne pouvant agir; plus tard, ses saillies étaient enfantines, et rineffablo sainteté de toutes ses actions lui ôtait si peu sa ressemblance avec les autres enfants, qu'on put, jusqu'à un certain point, le confondre avec eux, et dire « le lilsde Joseph », comme on eût parlé du fils de tel ou tel des voisins de Thumble charpentier. Toutes ces réflexions sont renfermées dans ces paroles de TEvangile : « Profidebat sapientia et œtatc : Il grandissait en âge et en sagesse ». A chacune de ses années, correspondait un genre de progrès particulier ; il a sanciifié tous les âges, portant jusqu'à une perfection divine, dans leur exercice, les aptitudes de chacun d'eux. Jésus cependant n'a rien été qu'il ne le soit toujours : il n'a rien perdu du charme de ses premières années; en un mot. pour nous, Jésus est encore enfant, un tout petit enfant, il est un enfant qui grandit. II a en lui tout ce qui attache, tout ce qui intéresse, tout ce qui délasse des contentions de la vie, quand on repose la vue sur ces jeunes fleurs encore dans toute leur fraîcheur matinale. Leur céleste Auteur les a parées avant de les faire fructifier. Un peu après, le fruit se montre, il s'accroît, il mûrit, et nous en sentons tout le prix ; mais alors, dans les saveurs de la maturité, la paix et la joie même ont quelque chose.de grave, et pour retrouver toute la fraîcheur du sourire, il faut se rappeler le printemps de la vie.
Jésus est encore petit enfant, et qui le veut approcher le trouvera toujours abordable; par ce côté de lui-même, le culte rendu à sa sainte Enfance n'est pas seulement un culte de souvenir, il s'adresse à une face de son cœur toujours subsistante. Prenez l'enfance de Jésus à quelque degré qu'il vous plaise de sa croissance journalière, pour la considérer, pour la méditer, pour la représenter : si vous aviez assez de perspicacité, vous lui trouveriez des charmes particuliers, qui ne seraient ni absolument ceux de la veille, ni tout à fait ceux du lendemain. Mais parler de ces nuances délicates, c'est témoigner de Timpuissanceoii nous sommes d'atteindre la réalité, principalement dans les représentations de l'Enfance divine, et par conséquent justifier les moyens de convention, d'une valeur symbolique, employés prét'érahlement à de vaines tentatives
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d'imitation naturelle. Néanmoins, Fart n'est pas tellement incapable de saisir et de rendre, dans l'Enfant Jésus, quelques-unes des phases les mieux dessinées qu'amène le progrès des années, qu'inné puisse tour à tour le montrer tel qu'on peutseTimaginer au jour même de sa naissance, k l'époque du premier sourire, à Tâge de deux ans, à Tâge de sept ans, à celui de douze.
L'enfant qui vient de naître est un pauvre petit être faible, inerte et dénué, qui ne parait avoir que des sensations, pas d'idées : montrer Jésus en cet élat, c'est le faire envisager dans toute la profondeur de son abais^ sèment. Mais aussitôt une autre réflexion doit surgir : Jésus ne s'est abaissé ainsi que pour se donner à nous. Dans cet état, Tenfant appartient à celui qui le prend, comme s'il était sa chose; pas de résistance, pas l'indice d'une volonté, d'un désir. Ainsi Jésus sera toujours à nous, si nous le voulons : nous n'avons qu'à le prendre ; nous pouvons alors nous l'incorporer enquelque sorte, ne faire qu'un avec lui,etau nœyen de tout ce qu'il possède, suppléer à tout ce qui nous manque. Cette union ineffable peut s'accomplir de trois manières: en vertu des rapports des âmes avec Dieu, selon les lois des communications des âmes entre elles, par lelfet de la communion sacramentelle : cette dernière les comprenant toutes, puisqu'elle est divinement instituée pour nous faciliter les deux autres. Dans l'Eucharistie, Jésus se donne à nous, de Créateur à créature; il se donne à nous âme pour âme, il se donne à nous corps et âme. Il y a une si grande ressemblance, du moins selon notre manière de voir, entre l'état de Jésus dans le très-sainl Sacrement, et celui ou il a été aux premiers jours de sa naissance, que, pour se conformer à nos imprécisions, c'est principalement sous (igure d'enfant qu'il est apparu, quand il lui a plu de manifester sa présence dans Thostie consacrée. Dans l'un et l'autre cas, Jésus se laisse prendre, se laisse manier, se laisse conduire et placer partout où on le veut, et il reste si on ne l'dte ; il ne parait non plus ni s'en soucier, ni s'en apercevoir; mais c'est là que les apparences sont trompeuses: dans ce petit corps, non-seulement il y a une âme, mais cette âme est éclairée dès lors et remplie de la divinité, et la divinité habite cette humble demeure corporelle elle-même. Cet Enfant sait tout, il voit tout, il peut tout, et jamais d'aucun autre cœur ne débordèrent de tels torrents d'amour. En rendant ce qui se voit dans Jésus naissant, faites donc aussi la part de ce qui ne saurait se voir.
Dans l'art, on exprime les choses invisibles par des signes et des symboles : un nimbe crucifère, une lumière rayonnante, diront suffisammeiit que ce petit enfant est Dieu, et par ce seul contraste, enfant et Die«i tout est dit. D'une autre manière plus délicate, on rend encore rînvisiUe, au moyen des actes qu'il inspire : de si débile et pauvre apparence que
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soit le petit Jésus, vous rappellerez qu'il est Dieu , si vous montrez que sa Mère, que tes. anges, que les bergers l'adorent; à défaut de tous autres adorateurs, dans beaucoup de monuments, les humbles animaux qui se rencontrent près de sa crèche, tiennent à leur manière un langage non moins significatif. Mais le but que nous nous proposons en ce moment, n'est pas précisément de savoir comment rendre sa pensée dans Tensemble d'une composition relative à Jésus naissant; il s'agit plutôt de la figure de l'Enfant Jésus considérée pour elle-même, abstraction faite de tout autre personnage et de tout symbole accessoire, telle qu'on la verrait isolée du tableau, ou représentée seule en dehors de tout groupe ou de tout tableau : tel est \e$acro Bambino de l'église de rAra-Gœli, à Rome. Si cette sainte image, — justement célèbre et vénérée, à raison même des pieux hommages dont elle est entourée depuis nombre d'années, du faisceau des prières ardentes et naïves qui se 9ont accumulées autour d'elle, — n'est point citée pour sa valeur artistique, il n'en est pas moins de notre devoir de faire en sorte que Ton puisse donner ce genre de valeur aux images peintes ou sculptées en des conditions analogues.
Que l'Enfant divin se montre comme physiquement incapable d'aucun geste significatif, soit que ses tendres bras se trouvent eux-mêmes serrés dans l'enveloppe de ses langes, soit qu'ils tombent inactifs sur ses côtés; que son regard abaissé n'exprime même en lui que le recueillement et la paix : soyez certain que, pour peu que le maniement du pinceau se prête facilement aux impressions de la pensée, vous ne ferez pas une image insignifiante, si vous êtes pénétré du sentiment des perfections adorables répandues en Jésus. La sérénité, l'abandon et la paix se traduiront par la souplesse des contours et la régularité des traits, par l'absence surtout de tout ce qui, chez les enfants, semble quelque peu hasardé et convulsifi mais plus encore par ce je ne sais quoi, qui fait que les âmes se comprennent. Cet enfant qui, naturellement, n'est pas encore à l'âge de sourire, pourrait pleurer ; mais si vous faites pleurer l'Enfant Jésus, que ce soit avec de douces larmes, qui, n'altérant en rien la sérénité de son visage, y ajoutent un charme déplus parle contraste ; etquisait comprendre, comprendra que, chez lui, la douleur ne va pas sans la soumission.
Il n'est pas rare de voir, dans la vie des Saints, chez ceux d'entre eux qui, dès leur première enfance, ont donné des signes de prédestination, quelques actes extérieurs dirigés dès lors par une grâce spéciale^ selon les lumières de la raison et les inclinations de la piété. On peut dire que les Saints étant conformés à la ressemblance de Jésus-Christ, ces enfants privilèges ont eu pour mission d'offrir une image de l'Enfant Jésus. Nous n'en conclurons pas que cet Enfant divin ait fait juste ce qu'on leur a vu faire si miraculeusement ; il faut souvent forcer l'expression dans la
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copie OU dans la traduction, pour 'donner rrdée affaiblie de Toriginal : Jésus avait trop le pouvoir de parler aux âmes, pour avoir besoin d*aecentuerlelangage des sens. On peut cept^ndant admettre que, chez lui, les progrès, sans s'écarter dès lors du développement naturel, et indépendamment des compositions où l'on en fait plus ou moins abstraction, ont été rapides, et qu'il ne fit pas longtemps attendre à Marie son premier sourire. L'enfant sourit à sa mère avant de lui témoigner, par aucun autre mouvement, le désir de s'attacher à elle : c*e«t une nuance que l'artiste peut saisir, en dirigeant vers nous le regard de TEnfant Jésus, avant d'imprimer à ses bras aucune direction qui nous invite à nous approcher de lui. Il le faut néanmoins, ce mouvement des bras tournés vers nous, pour mettre l'art en possession de tous ses moyens, et lui faire aborder sans difficultés un nouvel ordre de sentiments. Alors il représentera Jésus, non-seulement comme s'étant donné à nous, mais comme nous invitant à entrer avec lui en des rapports de mutuelle tendresïe. C'est la voie du perfectionnement et de l'épuration des affections naturelles, appliquées h THomme-Dieu : pour y entrer pleinement, il faut arriver à l'âge où l'enfant est capable de rendre les caresses qu'on lui donne. On peut rapporter à cette même période de développemeDt,Je geste oratoire ou de la bénédiction, en lui imprimant quelque chose de naïf et de si faiblement arrêté, qu'un petit enfant en soit physiquement capable, aussitôt qu'il parait dans ses gestes une direction réglée par ses affections. De la sorte, tout peut se concilier : le spiritualisme de l'art chrétien primitif, plus enclin à représenter la divinité de Jésus, et les (endances de l'art moderne, qui cherche dans l'imitation de la nature tous ses moyens d'expression.
JlàSUS DANS LA SECONDE PÉRIODE DE SON ENFANCE.
Jésus s'est montré à nous, apprenant à parler *, il s'est mis à marcher, et voilà qu'il s'est pris à agir^ vous le verrez prier, lire, travailler : le verrezvous aussi jouer? Remarquez-le, cette question est différente de celle que nous poserons quand nous nous occuperons de l'Enfant divin , principalement en tant qu'offert à nos hommages dans le groupe de la Vierge- Mère : Marie elle-même, étant alors représentée en vue de sa toute-puissante intercession. Que les attributs sérieux du Sauveur se transformect alors en jouets, nous ne pourrons que le blâmer, et en accordant que l'oiseau, la fleur, le fruit, qui seraient des instruments de jeu dans les mains
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da comman des enfants, puissent demeurer sous couleur d'emblèmesdans celles de Jésus, nous devrons distinguer entre les tableaux, suivant le culte plus ou moins public, plus ou moins familier auquel ilsserontdestinés, et mettre la condition, même daris le dernier cas, que la composition, en tournant au gracieux, sache se préserver de toute trivialité, de tout pur enfantillage. Mais ne sera-ce pas parce que, alors même, Jésus uous apparaîtra comme un peu en représentation^ et ne peut-on pas admettre qu'en tout semblable à nous, à Texception du péché, il se soit prêté, dans ses moments de délassements, à quelques-uns des jeux les plus innoc^'nts auxquels il est si naturel aux enfan(s de se montrer enclins? Qu'est-ce d^aïUeursque ces jeux? Pour la plupart, une imitation des choses que les hommes traitent de sérieuses, parce qu'ils ne voient pas combien elles sont elles-mêmes fugitives. Notre-Seigneur ayant daigné, en esprit de condescendance, participer à celle-ci, jusqu'à s'asseoir en des festins, il est permis de croire que, dans une égale mesure, s'il s'est rencontré enfant avec d'autres enfants, il aura pris leurs habitudes et lait en sorte de leur donner, sous forme d'amusements, de bonn exemples, et d'utiles leçons. La chose vient naturellement, les enfants pouvant s'imprégner d'une manière très-sérieuse des sentiments que comportent les positions qu'ils se font fictivement dans leurs jeux. Les exemplesen abondent dans la vie des jeunes Saints que nous avons déjà cités
Les affections pures font un ciel de tout Heu que Jésus habite ; soulevant de là terre, comme une rosée matinale, la fraîcheur de l'enfance et tout ce qui fleurit ici bas, elles transforment en pensées du ciel, en oc(*upations du ciel, tout ce que Jésus peut faire extérieurement à la ressemblance des autres enfants.
Il est permis au moins de supposer que Jésus, quelquefois, se soit vu entouré de jeunes compagnons : d'autant mieux que, dans sa proche parente, il recruta des Apôtres qui devaient approcher de son âge. L'on est encore, à sa manière, dans le vrai, quand, supposant une situation où il ne s'est pas mis, mais oii il aurait pu se mettre, on le fait agir comme s'il s'y fût trouvé. C'est ce qui arrive lorsqu'on le représente avec saint Jean- Baptiste, qui, probablement, au contraire, le vit pour la première fois au moment où, sur les bords du Jourdain, il le proclama l'Agneau de Dieu, qui venait effacer les péchés du monde. Le plus souvent, dansci s représentations, le jeune Saint l'honore et le contemple; mais aucci, quelquefois, on les fait jouer ensemble^ et ces jeux n'ont rien de répréhensible s'ils sont édiOants. Nous venons de voir comment ils pouvaient l'être, nous avons vu précédemment qu'ils ne l'étaient pas toujours : il faut proscrire tout ce qui sent l'espièglerie, la légèreté. Ce qui en peut ressortir avec le plus de profit, c'est l'affection mutuelle de ces deux saints enfants, image
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des doux rapports de Jésus avec Tâme fidèle ; et si un agneau, une colombe se mêlent à leurs ébats , il faut* que, loin d'en pouvoir souffrir, rbumble animal se montre heureux lui-même de jouer un rôle danscetle scène innocente : de sorte que, pouvant aussi le considérer comme nous représentant nous-méme, nous aimerions à nous voir à sa place.
Si Ton admet, d'ailleurs, que tout ce qui sent le jeu doive, de la part de Jésus, se présenter avec un caractère de condescendance, on le verra disparaître dès qu'il sera seuU ou qu'il n'aura pour témoins que Marie et Joseph. Alors, au contraire, rien de mieux approprié à ce que Ton peul imaginer d'un pareil intérieur, que sa participation aux soins de la maison , avec sa très-sainte Hère; que de le voir^un peu plus grand, seconder saint Joseph dans les travaux de son état. Il n'est pas de meilleur moyen de relever la dignité de ces utiles occupations, que de montrer ainsi comment le Fils de Dieu a dû les sanctifier.
Ces dessins du pieux Overbeck, où nous voyons Jésus puiser de l'eau* arroser le jardin de Nazareth, balayer le sol de l'humble demeure, ne sontils pas pleins de charme? et d'autant plus que le divin Enfant nepeutrien faire en ce genre, qui ne se prête à des allusions faciles dans l'ordre des choses spirituelles, les besoins de la vie de l'âme étant calqués sur ceux de la vie du corps. Puis, quand Jésus en est venu à prendre près de sou père adoptif le rôle d'un jeune apprenti, rien de plus naturel que de faire rencontrer dans la pièce de bois qu'il coupe, qu'il assemble, qu'il polit, la forme de croix : aussitôt, à cette vue, le chrétien ému sent que ledivio Enfant se pénètre de la pensée de son sacrifice; et, plus le spectacle de ces paisibles occupations est riant en lui-même, plus il attendrit par la teinte mélancolique qu'y répandent ces réminiscences du supplice.
Quelquefois l'on associe plus directement l'Enfant Jésus et la croix : nous rappellerons cette composition que l'AIbane a su s'approprier, y mettant une saveur plus chrétienne que ne le comporte ordinairement le ton de sensibilité trop sensuel de ses meilleurs ouvrages. Dans celui-ci, l'Enfant Jésus est couché et endormi sur la croix : image conçue dans un sentiment d'innocence et de paix, où le tendre Enfant semble ignorer le sort qui l'attend, et s'être- laissé aller au sommeil sans prendre garde qu'il reposait sur l'instrument de sa mort. C'est-à-dire que, dans ce cas, la pensée, si touchante qu'elle soit, est un peu superficielle : car, si nous prévoyons que Jésus souffrira pour nous , nous ne voyons pas que dès lors, dans son cœur, la tendre Victime fait pour nous le sacrifice de sa vie.
11 a fallu d*ailleurs, pour mettre en vogue de pareilles associations d'idées dans l'art chrétien, que l'ascétisme ait pris tout son développe-
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ment, dans la phase des affections tendres et de la componction. Plus anciennement , on aurait de préférence représenté ITnfant Jésus comme la source de toute vérité et de tout salutaire enseignement. Ob trouver, en effet, une idée plus heureuse que de prendre Jésus dans la candeur de ses jeunes années, pour en faire le type accompli de renseignement évangélique?oii recueillir à une meilleure école la science qui édifie et n'enfle pas ? ûù mieux apprendre cette simplicité d'enfant, si favorable à l'extension du savoir, si nécessaire à la pureté de la doctrine, pour en ôtre la sauvegarde ? Comment mieux dire la fraîcheur d'une doctrine qui , rencontrant des obstacles, ne craindra pas de monter à leur hauteur et d'à* border avec force toutes les aspérités de la controverse, certaine d'en sortir toujours vive et limpide ; mais qui est destinée surtout à se répandre de ces douces lèvres, dans les âmes de bonne volonté, comme une rosée calme et vivifiante ?
Nul âge ne pouvait convenir mieux que celui de douze ans, pour représenter Jésus enfant, comme le prince des docteurs , tandis qu'un âge moins avancé est mieux approprié aux représentations oii on le prend pour aliment d'une piété tendre et affectueuse. A douze ans, Tenfant, sur les limites de l'adolescence, a conservé, s'il est bien élevé, toute la candeur de la première innocence, et son intelligence est ouverte à toutes les notions qu'il importe d'acquérir pour traverser utilement le monde et la vie. Il est donc facile de comprendre que Jésus ait choisi cet âge pour prendre en quelque sorte ses degrés de docteur : s'ils ne lui furent pas donnés en forme légale, il montra qu'il les méritait, et bien au delà, puisqu'il manifesta, alors, combien il était supérieur en science et en sagesse à tous les docteurs d'Israël. C'est pourquoi on a pu le faire asseoir au centre d'eux tous, souvent sur un siège plus élevé, comme présidant l'assemblée, sans manquer à la vérité, quoiqu'on s'éloigne des circonstances extérieures du fait.
Alors la pensée s'étend, ce ne sont plus les docteurs de la synagogue seulement qui sont rangés autour de lui , mais les vrais docteurs* c'est-àdire, dans l'antiquité chrétienne primitive, les Apôtres : rien n'étant plus selon l'esprit iconographique du temps, que ces sortes de transformations. Nous tiendrons compte, en effet, de l'opinion de beaucoup d'interprètes, qui ont vu une allusion à la dispute parmi les docteurs du temple, dans les compositions observées sur un certain nombre de sarcophages, où le Sauveur, assis au milieu de ses douze Apôtres, a plutôt Taird'un adolescent que d'un homme mûr, bien que ce type puisse être pris seulement pour celui de l'immorlelle jeunesse.
En des temps plus rapprochés de nous, on reconnaît bien, autour du jeune et divin Docteur, les scribes de Jérusalem, ou charmés, ou confon^
dus; mais comme on perdait peude vue'Ia pensée d'une vérité plus générale, il est arrivé qu'un a cru devoir compléter la composition , en y faisant aussi figurer les docteurs de rÉglise. Tel est un charmant tableau de Jean d'Udine, dans la galerie de Venise, où Jésus enseignant d'un trône élevé, saint Grégoire, saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme, les quatre docteurs de TÉglise d'Occident, sont venus se joindre à
son auditoire.
Ce sujet se retrouvera dans l'étude des mystères. Ce dont il importe surtout de se pénétrer en ce moment, c'est le caractère de Jésus à cet âge de douze ans, où il se montra si plein d'une sainte hardiesse et si simple, si éclairé et si soumis : tellement que, dans sa seule figure, sans aucune mise en scène, ou puisse résumer tout ce qu'on peut attendre de ce jeune et divin Sauveur.