APPARITIONS DE L ENFANT JÉSUS
Beaucoup de Saints, en méditant sur les charmes dont était rempli l'Enfant Jésus, ont désiré le tenir dans leurs bras, le presser contre leur cœur; et Jésus, pour les satisfaire, s'est montré d'une condescendance ravissante, leur apparaissant, se livrant à eux sous cette douce figure d'enfant. L'Enfant divin, dans les mains de saint Antoine de Padoue, de saint Stanislas Kostka, est devenu, en souvenir de semblables faveurs, l'un de leurs attributs caractéristiques. Tous les faits de ce genre peuvent fournir la matière de délicieux tableaux^ et le cycle de l'Enfance deJé^us dans l'art chrétien, s'est étendu selon toute la mesure avec laquelle il lui a plu de se prodiguer ainsi.
L'apparition dont fut favorisé saint Antoine de Padoue, eut cela de particulier, qu'il n'en fut pas le seul témoin, et qu'après» sa mort, un de ses hôtes au moins put attester l'avoir vu échanger les plus douces caresses avec un enfant tout resplendis^ant de lumière.
Les rapports de l'Enfant Jésus avec saint Stanislas Kostka ont une couleur plus touchante : gravement malade, délaissé, privé de secoufô spirituels, dans ia maison d'un protestant, où son gouverneur et son frère l'avaient obligé de se loger avec eux , sous le coup de leurs persécutions, de quelles consolations ne fut-il pas. rempli lorsqu'il vit la sainte Vierge lui apparaître et lui remettre entre les bras son divin Enfant !
DE i/eNFANT JÉSUS. 305
Ce fut aussi des mains de Marie que saint Gaétan de Thienne, que saint Félix de Cautalice, reçurent l'Enfant Jésus : le premier, un jour de Noël, oii « il fut inondé de tels torrents de joie, qu'aux embrassements « du céleste amour, il se fondait comme l'huile qui coule sur les & membres que Ton oint » ; le second, une nuit de l'Avent, oii, priant dan^ une église et soupirant après la venue du Sauveur, il éprouva une telle véhémence d'affection intérieure, qu'il se leva tout à coup, courut aa maître-autel et supplia Marie de lui laisser prendre entre ses bras, pour un moment, son Fils incarné ^
Dans cette dernière circonstance, il paraît que ce fut le tableau d*autei représentant Jésus et Marie, qui parut s'animer ou qui excita saint Félix à les considérer comme étant là présents en personne. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples analogues, propres à rehausser le prix des saintes images, et de l'art chrétien, dont la mission est de fournir cet aliment à la piété des fidèles. Nous nous tiendrons à celui delà bienheureuse Marianne de Jésus, surnommée le lis de Quito, entre les mains de laquelle un petit enfant, son neveu, vit précisément le môme Enfant Jésus qui était peint dans un tableau suspendu dans sa chambre ; il semble que le divin Enfant se manifesta avec les traits qui lui étaient attribués dans son image, comme pour mieux témoigner combien il agréait les hommages qui lui étaient adressés par l'intermédiaire de cette pieuse représentation.
D'un autre côté, une description de la figure de l'Enfant JéSus, tel qu'il apparut à la bienheureuse Osanna de Manioue, mérite d'être présentée aux arlistcs comme bien faite pour les inspirer :
« Je parle du petit Jésus : plu:j brillant que le soleil et réunissant tous les parfums; splendide, aimable, lumineux, gracieux, il était plus blanc que la nei^o; s;s yeux, sa bouche, répandaient la joie; toute sa personne imprimait le respect, et respirait une majesté divine... Ses cheveux, légèrement colorés, brillaient comme de l'or ».
Maisjce qui contraste avec un portrait si plein de charme, c'est que ce même Enfant Jésus portait les attributs de la Passion : a Sur sa tête, la « couronne d'épines pénétrait profondément... i Sur ses épaules était ap- « puyée une grande croix. » D'autres saints personnages ont vu apparaître l'Enfant Jésus avec les plaies des pieds et des mains. La Sœur Dominique du ParaHis, religieuse dominicaine, morte en odeur de sainteté au milieu du XVI' siècle, était née de parents pauvres; lorsqu'elle était enfant, elle se privait d'une partie de sa nourriture pour faire l'aumône; Jésus vint avec sa sainte Mère la lui demander, et la jeune paysanne, s'appro-
t . Palrignani, Livre de la tainte Enfante.
T. II. âO
306 GUIDE i>K i/art chrétien.
chant de lui, pour lui donner du pain, s'aperçut aussi qu'il avait des plaies aux pieds, aux nnains et au côté. « Qui a blessé cet enfant? demandât-elle à la divine Mère. — C'est Tamour », répondit Marie. Dominique, éprise elle-même d'amour pour la beauté et la modestie de cet enfant, lui demanda si ses blessures le faisaient souffrir. L'enfant^, pour seule réponse, se mit à sourire. Les plaies exhalaient une odeur céleste. La petite fiile avait dix ans ^ la scène se passait devant une image de Jésus et de Marie, qu'elle avait coutume de couronner de fleurs. Quel parti un peintre au pinceau suave ne pourrait-il pas en tirer 1
Ces plaies, ces souvenirs de la Passion attribués à l'Enfant Jésus viennent confirmer ce que nous avons dit, un peu plus haut: il est tout à la fois, tout ce qu'il a été successivement, de sorte qu'il peut se manifester et qu'on peut de même le représenter comme réunissant ce qui ne peut s*appliquer, selon la succession des faits, qu'à des époquas très-différentes de son passage sur la terre et de sa vie mortelle.
Dans ces apparitions, Tâge de Jésus varie naturellement suivant les circonstances : il sera comme un nouveau-né pour les Saints qui le prennent dans leurs bras; quand il se montre à des enfants, c'est ordinairement comme un enfant de leur âge. Quelquefois il est arrivé que son aspect s'est subitement transformé par un changement à vue : ainsi, la jeune Dominique du Paradis, le vit tout à coup , avant de se séparer d'elle, resplendir de lumière; Marie se trouva vêtue en reine, et l'Enfant beau comme un soleil; puis il prit les fleurs qui étaient offertes à son image, et les répandit sur la tête de la petite fille. Au contraire, la Bienheureuse Ange d'Acri déclarait que l'Enfant Jésus, tout §n la comblant de joie, la faisait trembler de temps en temps par la majesté que prenait tout à coup son visage. Jésus apparut successivement à Sœur Étiennette de Sainte Catherine, religieuse Augustine, petit enfant, jeune homme et homme fait, afin delà récompenser des mépris qu'elle avait acceptés pour son amour, et il lui dit : « J'ai grandi dans ton âme, comme j'ai grandi u sous tes yeux * ».
Jésus étant le divin époux des vierges, cette chaste union ne pouvait être mieux exprimée qu'en le mettant en scène sous sa figure de petit enfant. L'alliance spirituelle qu'il contracta ainsi avec sainte Catherine de Sienne 2, a été rendue célèbre par un grand nombre de tableaux, parmi lesquels on en compte quelques-uns d'exécutés avec toute la suavité que comporte un semblable sujet. La jeune vierge est à genou]^ aux pieds de Jésus et de Marie, et le divin Entant lui glisse un anneau au