‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 15 sur 216 · Bourassé, DicL (fArehéçL, p · texte numérisé non relu

Bourassé, DicL (fArehéçL, p

6. Summa, tertiœ partis suppUfuentum, quaest. xcvi, de AwreoUs, art. 1.

ou NIMBE. i9

nature fort différente, par son excellence, de toutes les dignités d*icibas, il impoitait qu'elle fût distinguée par une l'orme de couronne spéciale.: on doit donc s'estimer heureui de trouver l'art chrétien en possession d*un signe qui remplisse toutes les conditions voulues, étant universellement compris, après avoir été d'un usage presque universel ; d'un signe qui, à l'idée de dignité qui lui est attachée, en sa qualité d'ornement de forme circulaire , ajoute une idée de lumière et de gloire céleste. Les Saints doivent tous porter ce signe , parce que , tous, ils sont en possession de tout ce qu'il signifie; ils doivent seuls le porter, parce qu'ils réunissent seuls toutes les conditions de sa signification complète.

On pourrait penser, il est vrai, qu'ayant à les représenter dans beaucoup de circonstances oii ils n'étaient pas encore parvenus à la gloire, où mSme, quelquefois, ils n'étaient pas encore entrés dans les voies de la sainteté, on a dû alors les montrer tels qu'ils pouvaient paraître, sans une distinction qu'ils n'avaient pas obtenue, et peut-être même qu'ils n'avaient pas encore méritée. Cette manière de voir semblerait plausible; mais comme, dans l'art chrétien bien compris, il s'agit toujours 'd'honorer les Saints, dès lors qu'on les représente, il est préférable, assurément, de leur attribuer toujours un signe qui témoigne du rang où ils sont élevés, bien que la représentation se rapporte à une époque de leur vie où ils en demeuraient éloignés.

Quant aux personnages qui ont, au contraire, possédé temporairement, ou par nature, ou par délégation , quelques-unes des prérogatives éminentes désignées par le nimbe des Saints , c'est-à-dire une participation plus ou moins grande à la puissance, h l'autorité , à la sainteté même de Dieu, quelque chose de ses dons célestes , soit que, sauvés par l'excès de la miséricorde divine, ils soient demeurés dans la foule ignorée des élus, soit que leurs prévarications les aient fait précipiter dans l'abîme de l'impuissance et de l'opprobre , il est , pour les désigner, des moyens faciles^ qui peuvent dériver du nimbe, sans se confondre avec lui, indépendamment de tous les signes de dignités purement humaines, sceptre ou couronne, ou manteau, dont l'artiste demeure toujours maître de disposer.

Lorsqu'on veut exprimer quelque chose qui vient d'en haut, une puissance^ un caractère surnaturel, ou au-dessus de la commune nature, on peut se servir d'un nimbe imparfait, la forme sphérique et arrêtée ëtant uniquement réservée aux Saints canonisés.

Le Beato Angelico a soin de distinguer les serviteurs de Dieu qui ont seulement reçu les honneurs de la béatification, au moyen de ces rayons lumineux qui depuis ont servi à remplacer le nimbe, jusqu'au

moment où, dans la sommité <1e l'art, il n'en est plus resté aucune trace autour de la tête des Saints. L'exemple du pieui artiste mérite d'être suivi dans ce détail ; mais, au lieu de laisser à Judas le nimbe dans son intégrité, comme il l'a fait, qu'on en efface les contours, qu'on les rompe au moins, en plus grande partie, et qu'à ce nimbe ainsi déformé on attribue une lueur livide : on dira tout ce que le vénérable peintre a voulu dire, et on le dira beaucoup mieux. Un cercle mal formé de flammes rouges et confuses peut convenir à l'ange décbu et à toutes les puissances infernales, taudis que toute flamme, toute lumière vive, claire, montante, de forme régulière, doit s'interpréter en bien. Nous ne proposons rien qui n'ait été fait; nous affirmons seulement le profit que l'art chrétien aurait à tirer, en cette matière, d'une règle précise et soutenue.

NIMBE CRUCIFERE.

Etudiant la signification générale du nimbe , nous lavons envisagé dans sa forme la plus caractéristique, le considérant comme un ornement circulaire de la tête, posé perpendiculairement^ imitant un globe lumineux. Le nimbe, cependant, a reçu diverses variétés de formes : la plus importante est celle qui constitue le nimbe crucifère; le nimbe quadrangulaire constitue une catégorie tout à fait à part ; les nimbes en triangle, en polygone, ont aussi des significations plus ou moins spéciales; beaucoup d'autres modifications du nimbe, qui conservent la forme circulaire, n'ont, au contraire, qu'une valeur d'ornementation. Jusqu'au xii^ siècle, le nimbe, plus généralement, était demeuré dans les conditions de son type originaire, c'est-à-dire clair, uni, diaphane, et, si Ton voulait Torner, on se contentait de le diviser en zones irisées comme Tarc-en-ciel (pi ii, fig. i); ce ne fut pas cependant sans exception, car, dans une miniature du vu*' siècle, nous avons observé, sur la tétede saintMatthieu, un nimbe qui affecte la forme de coquille *. Au xiii^ siècle, l'usage se répandit de multiplier .et de varier les ornements du nimbe : alors il devint opaque, on le ceignit de perles, on le chargea de rinceaux, il futorlé, festonné, polylobé, rayonnant, etc. (pi. ii, fig. 10, 12; pi. m, fig. 7, 8, 10), sans qu'il soit possible d'apercevoir aucune signification particulière attacliée à ces variétés de formes?

i. ÉvangéHaire de la Bibl. nat., sappl. latin. 686.

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Le nimbe crucifère est, en iconographie chrétienne, le nimbe propre à la Divinité; il était inconnu dans les premiers siècles, où le nimbe le plus simple (votr pi. m, fig. 5, une têle de Christ d'après un fond de verre doré) avait par lui-même une valeur presque équivalente. Quand on voulut, immédiatement après, rehausser sur une tète divine la signification de cet emblème^ on lui donna plus d'ampleur, et ce fut alors qu'on Tirisa des couleurs de Tarc-en-ciel {voir ^^l. u, fig, i, une tête de Christ du cimetière de Prétextât, v® siècle). L'introduction du nimbe crucifère dans l'art chrétien peut remonter au vi» siècle : telle est, du moins, l'opinion que M. de Rossi exprime indirectement dans son Bulletin darckéologie ^, d'après une figure de Christ ainsi nimbée, dans les peintures découvertes par H. C. Wescher (e^ir notre pi. i, fig. 2), et qu'il suppose n'être ni antérieure ni postérieure à cette époque. Nous admettons d'une manière plus générale, avec l'éminent investigateur des Catacombes, que cette forme du nimbe tient au style byzantin, qui se substituait alors au style primitif. Dans les gravures de mosaïques données par Ciampini comme étant du v® siècle, on en remarque plusieurs où le Christ porte le nimbe crucifère ^ ; mais est-on assez sûr et de la date assiff^Q^e à ces monuments et de leur intégrité, pour en tirer la conclusion que le nimbe crucifère ait été dès lorseii usage ? La mosaïque de l'arc triomphal à Sainte-Harie- Majeure aurait plus d'autorité que les autres, s'il était prouvéque l'Enfant Jésus y porte cette distinction , dans les deux scènes de l'adoration des Magesetde la dispute parmi lesdocteurs \ la plandie deValentini^ l'indique, celle de Ciampini ne la laisse pas apercevoir ^ ; mais celui-ci, dans son texte, semble vouloir lui rapporter ces termes : a Super ejtis verticem intra spheram radiU cormcam assurgit imago crucisy atqtie inde alia êupra spherœ circumferentiam crux prominet ^. Sur sa tête, au milieu d'une sphère rayonnante, apparaît l'image de la croix, et une autre croix surmonte cette sphère. » Mais, si l'on pèse bien ces paroles, on reconnaît que l'auteur a voulu. parler, non du nimbe crucifère dans'sa forme définitive, c'est-à-dire coupé dans toute son étendue par une croix, mais d'une petite croix semée dans la partie supérieure du disque, et analogue à celle que l'on voit apparaître au-dessus : et c'est en effet ce que nous avons observé sur l'original.

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