M«tth., XI
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aguerrir, et dès lors nous y trouvons le repos de nos âmes, au milieu même des fatigues corporelles, parce qu'elles nous promettent la victoire; Tamour adoucit tout, Tespérancè allège tout; tout ce que nous avons à supporter. Jésus le supporte avec nous, plus que nous, pour nous, par amour pour nous; et au terme d'une lutte passagère, il nous assure d'une issue à jamais heureuse ; nous laissant une partie du labeur pour nous faire partager le mérite, il n'en laii-se jamais la mesure dépasser celle de nos^ forces, si, par une grâce plus grande encore, il n'élève nos forces au niveau de l'effort héroïque qu'il nous demande.
Et voilà comment tout ce qu'il y a naturellement de plus lourd et dt'. plus dur à porter, devient doux et léger; comment Jésus, loin de l'imposer d'un air impérieux et menaçant, prend pour l'insinuer le ton de la douceur et de la persuasion, sans rien toutefois qui sente l'indécision ou le doute, car il est s&r de ce qu'il dit : pas d'autre voie hors de celle qu'il indique, et ce qu'il annonce, c'est cela même qui sera.
Voyez la différence entré Jésus et nos auteurs modernes de contrefaçons évangéliques, qui prétendent affranchir l'humanité. Lui, il nous présente doucement la coupe, sans dissimuler l'amertume du breuvage : mais il y boit le premier, et nous invite à y boire, parce que l'effet en sera salutaire. Eux, ils sont comme ces tuteurs qui, pour rester maîtres des biens de leurs pupilles, leur livrent à discrétion la coupe enivrante des plaisirs qui donnent la mort; ou bien ils tentent d'imposer tyranniquement leurs doucereuses et mensongères utopies, parce qu'ils ont rêvé de se faire un grand nom.
Le Fils de Marie avait atteint dans l'obscurité l'âge de trente ans, lorsqu'il sortit de la petite ville de Nazareth pour aller commencer sa mission publique. A cet âge se rapporte l'étude que nous avons faite de son type de figure; et après l'avoir bien conçu, il ne reste plus qu'à y adapter les modifications de physionomie appelées par les circonstances. C'est ce que l'on fera quan«l on entreprendra en détail la représentation de qu «Iqu'un des faits rapportés dans l'Evangile. r4omme nous n'avons pas entrepris de les passer ici en revue, nous n'avions pas autre chose à faire que d'en déterminer le tour principal et habituel, ayant soin pardessus tout d'en exclure tout ce qui sentirait le déclamateur, l'énerg^jmène ou même l'enthousiaste; d'en exclure aussi toute sèche austérité, toute mélancolie tirée et maladive.
Nous croyons avoir de cette manière justifié aussi le titre donné à ce chapitre, où nous comprenons en général, sous ce nom de Doux Jésus. l'étude sommaire, de toutes les représentations où Notre-Seigneur n'est ni enfant, ni souffrant, ni absolument triomphant. Ce caractère de douceur.
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justifié quant à la carrière de ses prédications évangéiiques, n'a pas besoin de rétre relativement à sa vie cachée, dont nous allons commencer par dire quelques' mots, avant d'aborder lès compositions imaginées pour rendre spécialement les plus doux rapports du Sauveur avec l'âme chrétienne , et plus spécialement encore celle ou l'on représente soo divin Cœur.
VIE GâCHI^.E de JÉSUS.
La vie cachée de Notre-Seigneur est , pour le chrétien qui la médite, quelque chose d'aussi admirable peut-être et de plus étonnant que les merveilles de sa vie publique, que les ignominies de sa Passion, que les splendeurs de sa Résurrection. Dix-huit ans d'une existence aussi précieuse, dont la sainte Ecriture ne dit rien, sur lesquels la tradition demeure muette; dix-huit ans, pendant lesquels le Fils de Dieu a obéi, a travaillé manuellement,» prié, a médité; dix-huit ans d'obscurité, dont les moments, néanmoins, ont été employés d'une manière plus féconde pour la gloire de Dieu, pour le bien des hommes, que ne le furent jamais toutes les vies réunies ensemble, des princes, des sages, des saints qui, par l'éclat de leurs œuvres, ont rempli la terre du bruit de leur nom. Jésus, au lieu d'être Dieu, n'eùt-il été qu'un homme, uni à Dieu comme un chrétien peut lêtre^et sa vie eilt-elle été remplie comme elle l'a été pendant cette période d'obscurité, autant que la seule humanité en serait susceptible ; n'eût-il fait ensuite rien de plus, qu'au jugement de Dieu,— ce jugement destiné à devenir, au grand jour des manifestations, le jugement définitif dû genre humain tout entier, — il serait encore le plus grand et le plus utile des hommes.
La grandeur des hommes, la prospérité des peuples ont leur principe dans les vérités qui germent dans leurs esprits, dans les justes affections qui prennent possession de leur cœur. Qui dirait les pensées d(^ Jésus à Nazareth, qui dirait comment son cœur y battait, qui pourrait entrevoir les ressorts secrets, les enchaînements inaperçus de paroles et d'exemples par lesquels, au sein de l'humanité, les pensées et les affections peuvent se répandre d'un cœur dans tous les cœurs, d'une âme dans toutes les âmes, raconterait des merveilles de la vie cachée du Sauveur !
Mais, puisqu'elle fut cachée et que les limites du domaine de l'art sont réglées par la portée de la vue, pourquoi même en parler quand
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OQ a pris pour unique mission de recueillir des préceptes et des exemples au profit des artistes ? Il est bon d'en parler, car de même que le corps qui se voit, serait mort, s'il ne faisait apercevoir en lui l'action de Tâme qui ne se voit pas; malheur à l'artiste qui se borne à peindre ce qu'il voit t C'est 'dans le silence que se fait l'orateur, et pour bien comprendre quel fut Jésus dans sa vie publique, il est bon d'étudier ce qu'il fut dans sa vie cachée. On l'étudié en faisant ce qu'il y fit lui-même, en méditant. Â part la mort de saint Joseph, le seul fait dont la connaissance, avec des circonstances ignorées, ait fourni au pinceau des peintre*;, un sujet précis pris dans les dix-huit années écoulées entre la dispute parmi les docteurs et le baptême de saint Jean, — sujet qui appartient plutôt à l'histoire de saint Joseph qu'à celle de son divin pupille, — on ne conçoit pas une autre manière de représenter convenablement Jésus pendant cet espace de temps, que dans un recueillement digne du ciel d'où il vient, et des grandes choses qu'il médite d'accomplir sur la terre. Qu'il travaille, qu'il chemine, qu'il soit occupé d'un acte quelconque de la vie usuelle, il n'y aurait de motif suffisant de le représenter dans aucune situation où l'on peut supposer qu'il s'est réellement rencontré, que pour montrer comment il savait prendre occasion de toutes choses pour entretenir ses solennelles méditations, ou bien pour nous inviter nous-mêmes, soit à adorer notre Dieu sous les dehors les plus modestes, soit à tenir toujours nos cœurs en haut dans les moindres circonstances de la vie.
Pour mieux respecter ce silence, nous ne parlerons en particulier que d'un seul des sujets qui peuvent être empruntés à la vie de Noire-Seigneur avant qu'il ne sortit de sa retraite. L'acte dont il s'agit est celui-là même qui, selon une pieuse supposition, aurait précédé immédiatement sa sortie de la maison paternelle : nous en parlons pour l'avoir vu représenté, en Italie, dans un tableau en vénération à Sainte- Marie près Saint-Celse, à Milan, où Jésus est agenouillé devant sa trèssainte Mère, pour lui demander son consentement avant de commencer sa mission évangélique.
H avait bien voulu obtenir un fiai de Marie avant de s'incarner dans son sein; et si, à l'âge de douze ans, il la quitta momentanément, sans la prévenir, pour aller soutenir les intérêts de son Père céleste devant les docteurs dans le temple, ne semble-t-il pas qu'il se fit ensuite une règle plus stricte de lui être constamment soumis? Soumission facile, vis-à-vis d'uneMèretoujoursen parfaite conformitédesentimentsavec son divin Fils, et dont les vues s'élevaient au niveau des siennes. Demander à Marie de consentir à l'accomplissement d'une mission qui aboutira au Calvaire, puis à la conversion du monde, c'est donner un exemple de la déférence que
les enfants doivent toujours à leurs parents, quel quesoitl'âge auquel ils sont eux-mêmes parvenus , et du consentement qu'ils doivent leur demander pour s'engager dans un nouvel état de vie; c'est aussi mettre directement dès lors cette très-sainte Hère en participation de tout ce que Jésus va faire pour le salut du monde. Enfin ce tableau nous a tonché. bienque,dans son exécution, il ne se signale par aucun mérite supérieur; et c'est une satisfaction pour nous que d'en consacrer le souvenir.