‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 158 sur 216 · Lqc, xxit, t · texte numérisé non relu

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revivre corps et ftme; et le Fils de Dieu, atteint hier de la mort au sein de la victoire, par une méprise des meurtriers plus heureuse encore par ses résultats qu'elle n'est coupable dans leurs intentions, va revivre deroaio avant l'aurore, nous offrant comme sa conquête l'assurance d'une résurrection semblable à la sienne.

Or, à l'art chrétien il appartient de suivre toutes les phases de la pensée chrétienne. Aux premiers fidèles engagés eux-mêmes dans une lutte ou il fallait tenir tous les courages à la hauteur du danger, il ne présenta dans la Passion du Christ, leur maître et leur modèle, que son côté glorieux; et ainsi étaient toujours tenues en haleine ces légions de martyrs, n'envisageant jamais dans les tortures et la mort que les palmes et les couronnes qui attendent au terme de sa course l'athlète victorieux.

La croix, aux yeux des Juifs, était un scandale; aux yeux des Gentils, elle semblait une folie. Le chrétien afiSrmait qu'elle était, de la part de Dieu, la plus haute manifestation de force et de sagesse, et pour l'homme régénéré, le plus grand des bienfaits; mais il avait paru sage aussi de ménager les âmes timides et nourries des préoccupations terrestres : amenés à la foi par des voies plus accessibles, ces enfants de la veille acquerront bien tôt, au sein de l'Église, une puissante virilité ; telles vérités qui, enseignées trop tôt, leur auraient paru dures, les inondaient de lumière, et tel joug qui leur eût été insupportable, leur devenait doux et léger.

L'usagede représenter la Passion du Sauveur et tous les signes propresà la rappeler, par leur côté glorieux, ne se développa que dans une seconde période de l'art chrétien. On évita d'abord de les représenter d'aucune manière, ou l'on eut soind'en dissimuler la représentation sousdes forAie? peo apparentes ou toutes conventionnelles, capables de rappeler facilement aux initiés ce qu'elles signifiaient, sans éveiller l'attention des proranes.

Dans la suite des âges, au contraire, lorsque le Christianisme était devenu depuis longtemps la loi du monde, le chrétien, toujours obligé de combattre, toujours exposé à souffrir, avait surtout besoin de combattre contre lui-même; il avait besoin de se rappeler que le règne de Dieu n'arrive pas pleinement en cette vie. La vie du Sauveur étant le modèle de la nôtre, cette portion de notre existence que nous passons sur la terre, quelque place qui nous soit faite, répond toujours à l'une des phases de la voie douloureuse parcourue par notre Seigneur et Maître. A l'heure passagère des jouissances qui séduisent, il est bon d'avoir l'œil sur la croix, afin de considérer ce qu'il a souffert précisément pour nous racheter des conséquences de nos molles convoitises; et dans un instant, quand l'épreuve va venir, où trouver une consolation comparable à celle du crucifix ? Jésus a souffert pour nous, il acceptera,

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si noas le voulons, toutes nos souffrances comme endurées pour lui ; la douce force, la céleste patience avec lesquelles il a souffert tout ce qu'il est possible de souffrir, il nous les communiquera pour supporter de même tout ce qui viendra peser d'angoisses sur notre ftme, tout ce qui pourra torturer les fibres de nos sens.

Qui demeurerait étranger à cette succession d'idées et d'aspects dans l'ascétisme chrétien, ne saurait comprendre qu'imparfaitement les divers courants qui se sont partagé la direction de l'art que nous étudions tout spécialement quant au cycle fondamental de la Passion et de la croix. La représentation de la croix vient déjà de nous apparaître sous trois faces diverses, suivant qu'on la dissimule, qu'on y attache une idée de triomphe ou une idée de sacrifice; mais les tendances de l'art chrétien, sous les ombres dont elles se voilaient, devaient promptement aboutir aux caractères qui constituent la seconde période de son premier âge, et tout se réduisit bientôt à ces deux termes de gloire et de souffrance représentés par la .croix. Ils répondent aux deux périodes dont le partage s'accomplit au cœur du moyen âge, mais avec des pénétrations graduelles de part et d'autre, auxquelles, prises dans leur ensemble, il serait difficile d'assigner une date; nous observerons les deux courants dont nous parlons, chacun au delà des limites oii il domine. Il est des œuvres et des usages où les idées de gloire attachées à la croix ont pénétré jusqu'à nous^ et en remontant aux plus anciens crucifix, nous trouverons les premiers essais des artistes pour attendrir au spectacle ou seulement au souvenir des souffrances de l'Homme-Dieu.

En étudiant successivement les croix primitives, auxquelles n'adhère aucune figure de Notre-Seigneur; puis celles sur lesquelles il est représenté, soit au figuré, soit en personne; celles, enfin, sur lesquelles il est véritablement crucifié , nous suivrons la marche des temps, mais non pas assurément de telle sorte que des monuments de la première ou de la seconde série n'aient été devancés par ceux de la seconde ou de la troisième. Nous dirons ensuite un mot des principales espèces de croix dont, pendant le cours de ces observations, nous n'aurons pas eu suffisamment occasion de faire connaître la nature, la destination et les formes.

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