CROIX PRIMITIVES
La croix est, par excellence, le signe du Christ et le signe du chrétien. Ce fut de ce signe sacré que saint Jean, dans ses visions de l'Apocalypse, vit marquer le front des élus ; l'usage de le former par le mouvement de
la main est de tradition apostoliqae; TEglise s'en sert et s'en servit, dès l'origine, dans raccomplissement de tous ses rites, et les premiers chrétiens, dès lors, en usèrent dans toutes les circonstances de la vie K Ils le formaientf'suivant la variété des circonstances, sur le front, sur leur bouche, sur leur poitrine et sur les objets extérieurs, principalement sur leurs aliments. Il ne faut pas s'étonner cependant qu'ils n'aient inscrit la croix qu'avec infiniment de réserve sur les monuments figurés, car il y a une grande différence entre un geste fugitif qu'on ne fait ouvertement qu'à propos, et un signe à demeure, livré san^ interprétation aux regards de tous ceux qui, le voyant, auraient pu l'interpréter dans le sens odieux ou dérisoire que les païens lui attribuaient par rapport aux chrétiens. Il est donc rare de trouver la croix, même lorsqu'elle est réduite à un simple signe, représentée sans dissimulation de formes, avant Ck>nstantin; mais tout entre-croisement de lignes devait d'autant mieux suffire pour la rappeler aux chrétiens, que telle était la manière dont ils la formaient usuellement par le mouvement de la main. Le geste que nous faisons aujourd'hui dans le même but, en portant la main successivement de la tête à la poitrine, puis aux deux épaules, n'a été probablement usité que plus tard. Une ancre etsatravcrse(pl.xvii,fig.l 2),]a croix gammatéey ainsi appelée parce qu'elle semble forméedela lettre grecqueT quatre fois répétée (pi. xvui, fig. 1), et surtout la lettre X, remplissaient parfaitement le but qu'on se proposait; et si l'ancre avait l'avantage d'associer ensemble la foi et l'espérance du chrétien, TX avait celui d^étre en même temps la première lettre du nom du Christ dans la langue grecque, et on l'accouplait volontiers avec un I, pour signifier les deux noms réunis de Jésus-Christ. {Id. fig. 2.)
La conversion de Constantin eut pour effet, non-seulement de lever les entraves qui pesaient sur le Christianisme, mais encore, par les circonstances de la vision miraculeuse qui la provoqua, elle était faite pour mettre la croix particulièrement en honneur : In hoc signo vinces! Voilà donc la croix tirée de son ignominie aux yeux, du monde et proclamée publiquement un signe de victoire. Constantin voulut que l'image en fiit placée sur son étendard, en tête de ses armées. Cependant, soit habitude, soit crainte de présenter cet emblème sacré sous la figure trop directe du gibet qui servait encore au supplice des esclaves, la croix doublement représentée sur le labarum par l'entre-croisement de la hampe et de l'antenne qui supportait l'étendard proprement dit, étendard où l'on
1. De Rossi, De Titulii Carlhaçiniensibus ; Spidl. Solesm,, T. IV. — MsrUgny. f>te(ioiiii. de» Ant. chréL, p. 188.
S. L*ancre que nous doaDons wi tirée de la Roma eoUerroMa, de M. de Roui, T. Il, pi. XLVii, fig. 23.
veyait la propre image de Constantin et celle de ses fils, et par YX du monogramme da Christ , renfermé au-dessus dans une couronne d'or, n'y apparaissait que sous des formes encore plus ou moins dissimulées ^.
Le triomphe du Christianisme s'affichait bien plus ouvertement sur cet insigue, au moyen du monogramme exprimant le nom du Christ, que par l'idée de la croix, qu'il était cependant bien certainement entré dans l'intention de l'empereur d'y consacrer solennellement.
Jusque-là^ le monogramme, sous sa forme complète, où le P s'unit à rX,^, avait été si peu usité, qu'on ne connaît antérieurement aucun exemple certain, et qu'il faut recourir aux inductions pour admettre, ce qui est probable , que Constantin adopta cette forme sans l'inventer.
A partir de l'éclat qu'il lui avait donné, ce signe devint d'un usage générai , tandis qu'au contraire , à juger par les monuments qui nous sont parvenus, on continua à n'employer qu'assez peu la croix sous ses formes nettement caractérisées. Nous savons cependant que Constantin fit placer sur le tombeau de saint Pierre une croix d'or du poids de 450 livres, et une autre de pareil poids sur celui de saint Paul 3. La découverte de la vraie croix par sainte Hélène, les très-grands honneurs rendus à ce bois sacré, l'abolition du supplice infamant de
Pierre gra?ée, do musée Barberioi *.
1. Voir notre pi. xviii. Noos donnons sous la n» i le labarum d'après Gretzer, tel que le. décrit Ëosèbe. Les images de Constantin et de ses fils sont représentées sur la bannière.
2. Cette pierre gravée, attachée à un anneau, a été successivement publiée par Gori {The$, vei. éifpt.t T. Ui, p. 160), et par M. Didron, dans VHiit, de Dieu, dont nous reproduisons la Tîgnelte. Comme nous savons qne l'authenticité de beaucoup de ces petits monuments a été mise en doute, nous n'oserions rien garantir à Tëgard de celui-ci. Nous n'avons pas non plus de motifs pour le suspecter; et il est intéressant, parce qu'il associe plusieurs éléments de représentation usités aux iv« et v« siècles. Par la traverse supérieure, unie au monogramme, il rappelle le labaram ; les colombes figurent les âmes fidèles ; le cerpent représente l'ennemi vaincu. Valpha et Vaména, celui-ci dans sa forme majuscule antique, et le root ioku — qui,dans la mosaïque de Sainl-Apollinaire,à Ravenne, pi. xvni, fig. 5, se complète ainsi : uUm mundi — disent que le Christ est le principe et la fin de toutes choses , et que la croix est le salut du monde. Cette pierre a été très-grossie dans la gravure.