Dict. iTArehèblogie, art. Croix
seules croix monumentales, quoique nous ayons donné, en un sens plus lai^e, ce nom aux croix qui, dans la classe des meubles, peuvent être considérées comme constituant un petit monument, par cela même qu'elles le constituent à elles seules.
Les croix attenant à des monuments ne sortent pas, au contraire, de la classe des signes, bien qu'elles puissent être plus ou moins ornées, plus ou moins développées : telles sont les croix de consécration dans les églises, dont le but est de conserver le souvenir du signe formé par la main de Tévêque consécrateur, et de rendre ce signe en quelque sorte visible.
Les croix proprement monumentales, — croix de mission, croix du chemin, croix de cimetière, — diffèrent surtout entre elles à raison de la matière, suivant qu'elles sont de bois, de pierre ou de métal , et ces diverses destinations influent ensuite sur leurs formes et leur ornementation, dans la proportion où elles déterminent leur importance. A ce genre de croix reviennent celles qui couronnent les éditices ; mais elles ne peuvent plus guère être considérées comme constituant un monument, elles rentrent plutôt dans la classe des accessoires, et sauf les proportions, elles différeront peu des croix qui surmontent un globe ou une couronne.
Il y a d'autres croix auxquelles sont propres ces sortes de panneaux comparables à des ailes , dont nous avons parlé : croix particulières à ritalie.du xii^ au xiv° siècle, et que nous pouvons appeler croix-tableaux, par la raison que, formées de planches découpées, elles étaient disposées de manière à offrir aux peintres un champ spacieux, oii ils avaient ordinairement à représenter, aveb le crucifix, d'autres figures, et souvent des scènes accessoires. Ces croix remplissaient d'ailleurs, dans les églises, l'office du crucifix principal qu'il est de règle d'y tenir exposé.
Nous n'avons encore rien dit des croix de décoration ou des ordres de
chevalerie; il semblerait que nous aurions dû les comprendre aussi dans la classe des meubles. Nous ne l'avons pas fait à raison de leur origine : elles viennent des croisades, et de la croix que les croisés appliquaient sur leurs vêtements, comme signe de leur vœu. La croix, ainsi appliquée dans son principe, était, en effet, uniquement un signe. C'est parmi les croisés que sont nés les premiers ordres de chevalerie; et ceux qui ont été institués dans la suite, l'ont été à l'instar des fondations militaires qui avaient pour objet la défense des Lieux Saints et la protection des pèlerins. La croix, en conséquence, en devenait le signe obligé, et, comme il fallait les distinguer, la distinction la plus caractéristique de
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chacun d'eux reposa sur la forme et la couleur de sa croix. Alors la croix, ainsi caractérisée, put être détachée du vêtement auquel, primitivement, elle était censée devoir être cousue; au lieu d'étoffe, on employa pour elle le métal : et c'est ainsi qu'elle put rentrer dans la classe des meubles ayant ieur existence propre.
11 est arrivé que , là où le christianisme dépérissait, comme chez les peuples qui n'avaient jamais été chrétiens, on a fondé des ordres de chevalerie, ou plutôt institué des décorations honorifiques, dont la croix n'a plus été l'insigne : tel était, dans l'esprit de ses premiers auteurs, la Légion d'honneur, lorsqu'à la croix ils ont voulu substituer une étoile ; mais, en dépit d'eux-mêmes, la croix l'a emporté : en vertu des suprêmes décisions de l'usage et de la langue, l'insigne des chevaliers de la Légion d'honneur en porte le nom, et sans ce nom il n'aurait jamais acquis la valeur qu'il possède dans l'estime des peuples.
f 1 nous reste peu à dire des variétés apportées dans les dispositions et l'ornementation des croix, à l'effet de les distinguer suivant la différence de leurs destinations, et par là même de leurs significations ; la chose va de soi-même, et les ordres de chevalerie viennent de nous montrer comment elle se fait et comment elle doit se faire : à ce titre, la croix d'honneur n'est plus, dans l'esprit public, qu'une variété de ce genre.
D'importantes distinctions peuvent reposer sur des différences de formes foncièrement assez légères : la dimension des croix pectorales des évêqiies suffit pour que, nulle autre croix de pur ornement n'osant s'en approcher, aucune confusion ne soit possible ; d'ailleurs, il deviendrait aussitôt ridicule , à tout autre qu'un évoque , de porter aucune croix qui se rapprochât des proportions et des formes corn* munément usitées pour cet emblème sacré.
Le besoin de distinguer paraît avoir été le
principal motif qui a fait adopter, pour être
portée devant les archevêques , la croix à
double traverse, dite, pour cette raison, croix
archiépiscopale, et que l'on nomme encore
croix du Saint-Sépulcre, croix de Lorraine,
30 etc. La double traverse de cette croix vient
Croix de Clairmarais probablement, d'ailleurs, d'un développe-
irès-rëdaite. ment dans le sens horizontal, de la tablette
du titre de la croix. De même , le suppedaneum ou support des pieds , développé d'une manière analogue et dans le même sens, paraît avoir donné naissance à la croix triple,
a qae les graveurs », dit le P. Cahier, a imaginèrent comme un attric but papal, bien qu'il n'ait jamais été vu que sur les estampes (sauf ff certains tableaux modernes) ^. » Nous la mentionnons ici, parce que, si cette croix était d'un usage plus sérieux, ce serait à titre de moyen de distinction qu'elle serait employée.