Ciampini, VeL mon., T. 11, pi. xiv
i. Bock, Trésort de Cologne.
aux aniipaux évangéUques les quatre médaillons extrêmes delake principale, qu'à la condition d'avoir réservé une place pour la sniita Vierge et saint Jean, dans un médaillon central où la scène du Crucifiement est représentée en entier..
Les évangélistes en personne s'observent encore sur la face de lacroix de Clairmarais, qui est du xin" siècle , mais parce que cette croix étante doubles branches, la sainte Vierge et saint Jean demeurent toujours en possession de leur place ordinaire sur les branches qui correspondent au Crucifix, tout en laissant disponibles pour les évangélistes les branches supérieures *.
Sur la croix d'Oisy ^, du même temps que celle de Clairmarais et d'une grande analogie de forme et de décoration, le sommet de la croix ei\& croisillons supérieurs sont occupés, au lieu des évangélistes, par trois afigBS qui portent les instruments de la Passion, et dont le caractère est dès lors tout différent de celui des saints archanges. Sur Tune et Taulre croix, le Christ triomphant occupe l'entre-croisement supérieur, et la figure d'Adam revenant à la Tie (i;otr ci-dessus, p. 306) se voit dans un médaillon inférieur, au*dessous jdu Crucifix ; sur celle de Clairmarais, l'évangéliste du bas occupe un médaillon plus inférieur encore.
Pendant toute une période qui est dans sa pleine vigueur au xii^ et au xiu'' siècle, cette figure d'Adam fut la plus usitée au pied de la croix, où nous venons de voir qu'elle était rappelée à la vie; mais il arrive aussi qu'on l'y voit endormie. Plus anciennement, la tête de mort dont nous avons parlé , avait une signification analogiie, et l'on sait que dans les temps modernes elle a de nouveau prévalu. Elle exprime la victoire sur la mort, i^ serpent, à la même place, représenté notamment sur la pierre gravée du Musée Barberini (ci-dessus^ p. 333) et sur la croix de Lothaire^, dit la victoire sur l'enfer. C'est dans cette position inférieure que sont les vaincus, mais c'est là aussi que l'on recueille les fruits du sacrifice : Adam ranimé en est la preuve; il tient quelquefois en conséquence un calice, calice dont la représentation a précédé la sienne, et qui doit encore compter, pris isolément, pour l'une des figures qui ont été les plus convenablement placées au pied de la croix.
Le pied de la croix a reçu la figure de sainte Hélène, sur la croix de Velletri (pi. xvi, fig. 1). Sur la croix du Vatican également éhaaillée, el si analogue, à beaucoup d'autres égards, la figure de saint Paul (fig- ^) remplace celle de sainte Hélène, comme plus propre à servir de com-
1. Annaîei archéologiques, T. XV, p. 5. Voir la réduction ci-dessug, p. 362.
S. Revue de VArl chrétien, 1858, p. 289.
3. Cahier et Martin, Mélange» tC Archéologie, T. I, p]. xxn. Voir ei^aprèa, p. 887.
pléroeiit (le celle de saint Pierre, placée au sommet de Tune et de l'autre. Ailleurs, saint Pierre lui-même, saint Michel, descendent de ces sommets où nous les voyons occuper la place de THorame-Dieu, pour la lui rendre, et Tiennent, en descendant à leur tour au bas de la croix, attester que l'on a pu en faire une place d'honneur : nous en avons vu la preuve* qaant à saint Michel, dans la croix citée d'après Ciampini ; nous la possédons, en ce qui concerne saint Pierre, dans une croix processionnelle du xiv® siècle, que nous avons rapportée d'Italie, et où le prince des apôtres est couronné de la tiare pontificale. Bien plus, au xi® siècle, sur la croix de Justin, où l'Agneau tient lieu encore du Crucifix, à l'entreH^roisement, on voit également une figure du Christ triomphant au sommet, et une autre dans le bas de la croix,la première exprimant une idée plus directe de triomphe, la seconde qui porte un livre pour exprimer sans doute aussi une idée spéciale d'enseignement. Au xui* siècle , au pied de quelques croix, de celles que nous avons nommées croix-tableaux. Ton voit apparaître quelquefois saint François d'Assise. Dans nos habitudes modernes, on y placerait plutôt la Madeleine. Ces Saints y sont appelés l'un et l'autre par leur ardent amour pour le Sauveur»
La face principale d'une croix n'est pas toujours celle où repose le Christ: quand une croix sert de reliquaire, la face principale est celle où s'expose la relique, et c'est celle-là aussi. sur la croix de Justin, qui, portant le souvenir de la donation faite par 1 -empereur et l'impératrice alors régnants, a été si richement enrichie de pierres précieuses. Nous n'avons pas osé décider quelle était la face principale de la croix de Ciampini; néanmoins, en général , la présence du Crucifix sur une face nous la fait considérer comme primant la face opposée, qui alors devient le revers.
Le revers de la croix sert à compléter les pensées exprimées sur Taulre face, en les reprenant soit sous le même jour, soit sous un jour un peu différent. A la place du Crucifix, la croix de Velletri offre la figure de l'Agneau et groupe autour d'elle les quatre évangélistes.
La croix analogue du Vatican répète, comme en abrégé, «les figures de Notre-Seigneur, de la sainte Yiorge et de saint Jean, et substitue seulement celles des deux archanges Michel et Gabriel à celles des deux apôtres saint Pierre et saint Paul. Cette autre croix du même Musée, de semblable destination, d'égale antiquité, mais à ligures en repousse et non plus éinaillées (pi. xvni, fig. 8), représente Ix son revers le groupe de la Vierge-Mère entouré des quatre évangélistes. Ceux-ci prennent là décidément, dès le vii® ou le vm® siècle, une position qui leur sera rarement disputée, jusqu'au moment où, gagnant encore eu importance, ils
370 &uibE DE l'art chrétien.
passeront sur la foca principale de la croix. Nous feroos seaiemeat observer en outre que, plus souvent représentés en personne dans le principe, ils Font été ensuite plus .souvent par leurs emblèmes. Quant à la position centrale, l'image de la Vierge-Mère que nous venons d'y voif et l'image du Christ triomphant l'occupent tour à tour préférab^uoeqlvà toute autre^ ef, la première, au moyen âge, primée en ce poiqi pfi» la seconde, a fini par luijêtré préférée à mesure que la pensée du triomphe par la croix est entrée pour une moindre proportion dans l'idée du crucifix 4
La Vierge^Jtère ,. c'est la pensée de l'Incarnation associée à celle dç la BédemptîoD* La Yiei^e auraiJt ét^ en Orant^, sur la croix du trésor de Saint-illexiSo ai la grftv.^f^.dfe ^Bc^gia, é^it exacte, et si celte croix n'e^ pas celle même dont nous venons de r^pa|;ler et qui se trouve aujour* d'hui au musée du Vatican; la sainte Vierge apparaît aussi dans une semblable attitude au revers d'une croix, sur une planche de Gasali ^ trop imparfaite d'exécution pour avoir b^^ucoup d'autorité. Dans tous les cas, si cette représentation était bien vérifiée, la sainte Vierge s'y montrerait: en tant que la femme par excellence, par le côté ou son image incline à se confondre avec là figure de l'Eglise, et il s'agirait de reporter la pensée vers les fruits de la Rédemption. Cette observation nous amène, ne pon- Yapj^.^e^traprendre de rapporter toutes les variétés de compositions qui 0)aj(tP^, j^^rc^ plus ou moins heureusement appliquées au revers ducrur- Qi^^ , ,i, ei^ d^rfre au moins une des plus remarquables. Sur la croix dp flo^pplohe,, Rftibliée par lady Eastlake % et selon toute apparence, quant à cettA partiçt de ^o travail, exécutée au xm'' siècle , c'est bien décidéi^^^l l'Eglise que l'on voit , et quand elle ne serait pas nommée sangta JBÇr GLEsiA, on la reconnaîtrait facilement à sa couronne, à son calice, ,4 p&|^ lance pavoisée, à la ferme attitude avec laquelle elle est assise suj^ sq^ trône, c'est-à-dire représentée conformément au type du ^terops, p^n différent de celui de l'Orante primitive. Autour d'elle sont représenj^^ dans les quatre branches de la croix^ Melchisédech , Abel et Caîa,\puip Abraham, offrant chacun leur sacrifice. Cain se trouve là, parce que Aliel a besoin d'un pendant, et d'une manière d'ailleurs conforme aux monu-ments de la première anti(fuité chrétienne, oii les deux frères sont représentés, l'aîné ayant en sa faveur, à défaut de la pureté de ses intentions^ la nature et la slgnifioation de sou offrande Iqui est une gerbe de blé , tandis que l'agneau d'Abel est lui-même non moins significatif. On remarque encore, sur la croix dont nous parlons, que deux médaillons
1. Gasali, De Vtieribus sacrU ehrUlianorum. p. 10, lig. 8. ï. Uittory ofovr Lcrd, p. îJ3t.
DE LA CRoa. 3T1
*étâtit consacrés à Abraham, dans la partie inEérietrre dte la erbix , éMfe disposition, appelée parla plus grande longueur de l'espace, a étéuflHriée lieureusement*; le bélier occupant seul Tun de ces médaillons meî eh bifét plusen évidence la pensée de substitution, qui est de l'essenua du îdHSîi'Sacrifîce renouvelé chaque jour sur nos autels. ' Ëa croix d'Ahetze porte à son revers, comme figure principale, saint lifartln , le patron du lieu, avec les quatre évangéllstes accompagnés de leurs emblèmes. L'image du patron, c'est TMéë de rÉglisé en abrégé, avec une application locale, et nous pensons qu'à partir du xvi^ siècle, 'aiu^el appartient celte croix, les exemples dû même gcnre'ont dû être "fréquents sur les croix processionnelles èommef cèBe-ci : la ci^îx proces- Sôfïncîîe participant de la 'naturel la bartlflère ; oti le patron rSgne comme dans son domaine spécibt' ^.' '
'* ix.
FIGURES REPRÉSENTÉES ^UR LA CROIX A' LA PLACE DU CRUQlj^l^,, , .,
La croix étant l'instrument et le signe de la Rédemptron, «tout |)a!r^t^e la croix, tout revient à la croix, dans le christianisme f par cioiiëëQhéfit, tout ce qui sert d'objet ou d'aliment à la foi dn'chWflèti lpièliï**cAivëriér^ blement être représenté sur la croix , comme ex'pOsé où iMvéïti)^ëiilén^ de sa signification. Parlons d'abord dès fkitshistoriques;s6ilrd(l¥f6'ftfe^ti; sàh de l'Ancien Testament : de tous ce^ fiaits, le mleùt'apprdpi'îél^ là c1x)trëst le fait même du Crucifiement. Nous distinguons le Crucifiement, en tarit que scène dramatique, du Crucifix, bien qu'il soit entouré en pâttie'des mêmes personnages, mais en corrélation d'idées seùtehieiit et non pas d'action,comme lorsque la sainte Vierge et saint Jean occupent les brti de la croix. Nous sommes amenés d'ailleurs à formuler cette dis-
tirictfon, eu égard à la liaison du Crucifiement avec les autres scènes ïiistoriques représentées sur la croix.
La croix n'çst plus le champ d'un seul tableau, elle est un champ sur lequel se développe toute une série de tableaux en miniature. Si,' parmi ces tableaux, doit figurer le Crucifiement, sa place obligée est à Tentrecroisement de la croix. Tel on le voit dans un médaillon central, sur la grande croix stationale de Saint- Jean-de-Latran. Cette croix doit une certaine célébrité à l'importance même de la basili(|ue et aux dévelop-
l. Annaht arehéohgiques, T, XV, p. 141. Voir le rêvera Je la croii J'Ahelz»».
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pemetitsde ses propres proportions bien supérieures h celles de la plupart des croix du même genre, puisque sa hauteur, séparée de toute hampe, est environ d'un mètre cinquante centimètres. Elle remonte probablemeoi à la fin du xm<^ siècle ou au commencement du ^iv«. CoBverrte de bas-* reliefs au repoussé sur des feuilles d'argent doré, d'une exécution assei médiocre, elle a demandé d'ailleurs beaucoup de travail , et, ao point' de vue de la pensée, elle oflhre un sérieux intérêt. Au revers, la chute d'Adam et d'Eve correspond au Crucifiement ; le véritable arbre de mort aU vériU table arbre de vie, la dégradation à la réparation. Tout autour-de ces deux scènes fondamentales, se développe, dans les autres compo« sitions, l'histoire biblique, depuis la création jusqu'à Joseph, en payant par Abraham, c'est-à-dire ce qui précéda et suivit la chute, ce qui annonça et promit la divine expiation qui rfevait la réparer *..
Saint-Jean-de-Latran possède une autre croix stationale d'égale dimension , trop vantée, elle aussi, vu l'imperfection de son travail , et qui mérite cependant l'attention, quand ce fie serait qu'au point de vue de sa composition iconographique. Signée et datée, elle est de Nicolas de Guardia, et de 1451. Dans ses formes générales, un peu tourmentées, elle participe du goût qui, à cette époque, fit tourner l'architecture ogivale au flamboyant, et justifia ainsi, jusqu'à un certain points le discrédit oii elle tomba. En cela, elle diffère beaucoup de la croix précédente, dont les lignes sobres, presque sévères, donneraient l'idée, à preoaièce vue, d'une antiquité qu'un examen plus attentif ne peirmet pas de loû assigner.
tia croix de Nicolas de Guardia n'est pas précisément dans la catégorie de colles dont nou^i nous occupons désormais, puisqu'elle offre uoe image du Crucifix proprement dit, et à son revers celle du Gbrfst triom^ pliant, avec les quatre évangélistes. accompagnés de leurs emblèmes; mais, tt d'autres égards, elle est de nature mixte, vu que la sainte Vierge et saint Jean, dans les fleurons qui terminent ses bras, au lieu d'être isolés, sont entourés d'autres assistants au divin Sacrifice, et que^ dans les fleurons d'en bas et d'en haut, l'on voit également des groupes à personnages multipliés, représentant la mise au tombeau et la Résurrection. Nous aurons achevé la description de cette croix quand nous aurons dit qu'un autre groupe, celui du pélican, y tient lieu de titre, et nous n'avons fait d'ailleurs que nous conformer à l'usage, en ne parlant pas d'une des grandes croix stationales de Saint-Jean-de-Latran sans parler aussi de l'autre -.
1. Ciampiiij. Vcl. mon., T. Il, pi. xii. xiii. — Annales arehéol, T. XV. p. 23i, 436.