‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 183 sur 216 · JÉSUS SOUFFRANT · texte numérisé non relu

JÉSUS SOUFFRANT

de sa PassiOD ; et il prête d'autant plus à cette sorte de génëralisation, que Pilate demeure moins lui-même dans son caractère vraiment persoonel^ pour mieux nous faire entrer dans les sentiments que le peintre a Toulu nous inspirer.

VEcce H<mo est quelquefois, avons-nous dit» représenté en des situa- Uons plus idéales : ainsi ladj Eastlake a publié ' un tableau du Moretto, qui se trouve au musée Tosi, à Brescia, où le Sauveiir> dépouillé de ses vêtements, ne conservant qu'un voile autour des reins, est à demi-étendu sur les degrés d'un escalier que Ton peut prendre pour celui du prétoire de iPilate: sa croix est couchée devant lui, et Ton jugerait facilement qu'il attend son supplice. Cette composition peut fictivement trouver sa place dans la succession des faits qui précèdent je Crucifiement » et c'^st pourquoi nous la rangeons parmi les Ecce Homo^ vu. aussi son caractère d'exténuation et de souffrance. H n*est persomoe qui s'y méprenne cependant : ce temps d'arrêt entre la condamnation et le supplice est tout fictif : l'Ange qui, au milieu du tableau, pleure à chaudes larmes^ tenant la robe de Jésus, vient à Tappui de cette appréciation s'il ne suffit pour la justifier, et nous avons là une transition qui nous mènerait directement, eu faisant un pas de plus, à la troisième et à la quatrième catégorie, si nous n'avions à nous occuper auparavant du Crucifix.

GRUaPIX jusqu'au fX^* SflÈGLR.

Après avoir consacré une étude spéciale à la croix, la mise en scène du Crucifiement étant réservée pour la place qu'elle devra occuper dans la série des faits et des mystères évangéliques, nous n*avons à envisager ici que la personne du Sauveur, son port, son attitude, son expression, la manière de le cou\Tir quand on le représente attaché à la croix.

Sur les premiers Crucifix, nous parlons de ceux qui nous sont connus, on sait que toutes les idées de torture et de souffrance sont exclues autant que possible ; et, bien loin de chercher en quoi que ce soit les effets naturels qui doivent se produire sur un corps ainsi suspendu. Ton attribue au. Sauveur sur la croix une pose naturellement impossible. Le corps droit, les bras étendus dans une position parfaitement horizontale, il montre bien qu'il s'offre en sacrifice; mais on voit qu'il s'offre ainsi parce qu'il le

i. Hittùty ofour Lord, T. Il, p. 99.

384 tiUlUB DE l'aUT CHfiéTlKiN.

veut; on voit qu'il se (rent ainsi par sa propre vertu ; oh 'voit qu'il veut embrasser le monde dans son immense charité.

Cette aititude rend nécessaire l'usage du suppedaneum ou support <i«s pieds sur lequel il se tient debout ; elle eidutpar là même l'usage Jatroduit seulement au xin^siècle^ de croiser les pieds etde ne les attacher ^«^ par un seul clou. Cependant, l'idée du supplice n'est pas exclue, puÎBqttê les clous viennent percer ces pieilsdivins, — ordinairement du iiioiiU5,aac on observe des exemples du contraire — ; mais l'on a voulu que cette idée fût rapp^e^en excluant; uiutee qui aurait pu ramener de trop près k\ê cruelle réalité.

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Christ Tôlu sur la Croix. (CooTertare â*éf angéliaire en ivoire, xi« siècle.)

Dans tous ces premiers Crucifix , Noire-Seigneur est complétemeui vêtu d'une longue robe qui, lui descendant jusqu'aux pieds, ne lui laissa d'ailleurs de nu que les bras : c'est là le colobium : tel on le TenMrqae

Mr la croix de Monza (pi. xviii, &g. 0), sur les deux. reliquaires du mânae trésor^, dans la miniature du manuscrit syriaque» aussi du vi« siècle, que po^sèd^ la Bibliothècpie laurentienne à Florence^, sor la croix-reliquaire da muaée du Vatican , à bas-relief en repoussé (pi. xviu, 6g, 7), sur les éiosifis qui nous i^estent de la mosaïque du pape Jean vu ^, sur le «imcifix peint du cimetière de Saint-Jules , qui nous conduit au irm* siècle *.

' 'Le colobium ainsi employé avait reçu, selon de sérieuses probabilités, êtké signification comme vêtement sacerdotal, pour dire que le Sauveur sur la croix était en même temps le prêtre et la victime.

Un beaucoup plus grand nombre de crlicifix portent la longue robe avec des manches ; cette circonstance est pour eux un signe de moindre antiquité. Il y en a qui ne sont pas antéi*ieurs au xii« siècle, mais qui sont formés à rimitation de crucifix plus anciens. Kous en reproduisons un du xi^ siècle qui a été dessiné pour VBistoirede Dieu^ de M. Didron, d'après une couverture de livre de la Bibliothèque nationale. Parmi les enseignes de pèlerinage en plomb trouvées dans la Seine et publiées par M. A. Forgeais, on en remarque une qui, représentant un crucifix à longue robe, est cependant jugée du xiv<» siècle ^. Mais il faut observer qu'en pareil cas, on n'a fait que se conformer probablement au type plus ancien de la pieuse image à laquelle se rapportait la vénération des fidèles, et dont il s'agissait de conserver le souvenir.

Nous avons vu que le crucifix de Narbonne, dont parle saint Grégoirede Tours, avait reçu un vêtement ou un voile surajouté; de même, quelques crucifix en grande vénération ont été habillés d'une robe que l'on croirait facilement appartenir à l'œuvre primitive, si on ne la connaissait que par ses reproductions en estampes ou autrement : ainsi le crucifix de Sirolo est recouvert d'une sorte d'aube dans une estampe où, ce vêtement étant transparent, on coi^^te qu'il est surajouté. On pourrait croire que ce Christ a été sculpté tout vêtu, si on s'en rapportait à une enseigne de pèlerinage en cuivre que nous avons sous les yeux, tandis qu'en réalité la sculpture ne porte que le voile autour des reins.

Le Santo VoUo de Lucques, vêtu aussi extérieurement d'une robe surajoutée, serait au contraire, autant que nous pouvons nous croire bien informé, sculpté avec une robe adiiorente, qui serait une robe à manches.

t. Manoni, TavoU delta ttoria délia Chieaa, p. 79.

t. Làb'dTiti, ArU industriels, pi. lxxx.

3. CiaDipîDt, Desaeris ctdificiii, pi. xxii , Curli, De clavis dotninicis.

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