I. De glonâ martyrum, cop. vi
conservé , SOUS les pieds croisés du Sauveur. Au xiii* siècle,. la suppression du suppedaneum avait, au contraire, été plus fréquente que Tadoptioii dès trois clous; somme toute, cependant, le plus ordinaire, c'est que les quatre clous et le zuppedaneum se maintiennent et disparaissent ensemble, partageant le même sort.
La disposition à diminuer le voile jeté sur les reins de Notre-Seigoeur a suivi une marche analogue, mais bien plus lente; elle est généralement à peine sensible au xm' siècle, même au ws^ , si on ne pafle que de rfiffijnution.Hais la question posée autrement, on observera^ dès le xui* siècle, ({ue ce voile, au lieu de retomber comme une sorte de tunique, se drape bien plus souvent, et quelquefois jusqu'à laisser largement flotter Fuiide ses pans : tel on peut le remarquer dans le Crucifiement de Giunta de Fise, à Assise. Le Beato Angelîco, deux cents ans après, aura grand soin, par un sentimeot de ref^pect^ d'étendre autant qu'elle en est susceptible la draperie destinée à couvrir les chairs virginales de son Dieu ; mais il tm fera flotter un bout, pour donner satiafaction au gèAt pittoresque. Après lui, le Christ d'André del Gastagno . d^à comparé aux siens, est eneofe aussi couvert ; mais de ce gofiit des draperies flottantes^ joint à la passion da niK développée bientôt après par Tétude de Tantique, sont venus, depuis la Renaissance, ces voiles roulés de manière à ne remplir leur offlre que le moins possible : asseK, si Ion veut, pour la décence, trop peu pour le respect.
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IDKE nu CRUCIFIX D\NS LES TEMPS MODERNES. ' *
L'usage du crucifix, dans les temps modernes, s'est accru plutôt q^'jl n'a diminué. Pas un autel sur lequel le crucifix ne repose; sa prései|Çf|.e$t de précepte liturgique, pour la célébration des saints mystères. On le. voit en plus grand dans Tune des parties les plus apparentesde chaque égîisç; il faut qu'il soit le point d'appui du prêtre, quand il élève la voix du haut de la chaire. La justice humaine paraîtrait imparfaitement rendue, si elle ne s'abritait sous cette image, et les serments sembleraient moins sacré;, si le témoin ne la rencontrait devant ses yeux, au moment de lever U ^ main. L'enfant doit lavoir, dans son école, servir de base à toute éducation solide. Tout chrétien qui fait une profession non dissimulée de sa foi aime à la suspendre au chevet de son lit. Beaucoup d'Ordres religieux se font une loi de la porter constamment à découvert sur leur poitrine; elle j
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demeure cachée cliez la plupart des autres, et il ne semble pas que qaelqu^un puisse bien mourir, si au dernier moment il ne Ta collée sur ses ftvres. . '
Aucun livre ne dit mieux quel est le monde, quelle est la vie, quelle est la mort Pati et inirare in gloriam, aller à la gloire par le sacrifice, se dévoiler pour tous, accepter avec gaieté de cœur les épreuves et les p^joes».. Vous ambitionnez la grandeur : voilà la plus sublime de toutes ) Vous voulez jouir! attendez... Du creux; de la main, puisez dans le torrent quelque peu d'eau pour humecter vos lèvres; mais ici n'est pas le lieu de la jou,issauce et du repos, c'est le lieu du combat; l'attrait perfide d'une 4ouceur éphémère vous livrerait sans défense au fer de l'ennemi, et adiei^ pour jamais les douces joies de la patrie !
. Voulez- vou^ «irner : voyez Cel^i qui voa^ a le. mj«ui^ f^imé. Voulez-vous penser : où trouver une plus, haute .philosophie î.
Vous^en^es^ le poids dé vos faule^) juaqu'à.dé^^teflpérer de vous^mèiw : Xé^s sur la croix les a toutes expiées: voilÀ pour la oontiaace. Innocent, il s'est, chargé de subir la ohâtimeot à votre p.la£a^ mais non pas de telle sorte que, coupable, voojs a'ayez à le supporter ayec lui et à son exemple, dans la mesure de vos forces : voilà pour je courage 1 Innocent vous- (nême, si vous pouviez l'être, vous n'auriez rien tant à cceur. que de Tioiiter., et il vous paraîtrait doux, soutfrant avec lui, d'encourir pour le soulagement de vos frères un sort que vous n'auriez pas mérité : voilà pour la générosité !
La vue du crucifix excite la foi, réveille le repentir, inspire le mépris de tout ce qui passe, enflamme le zèle pour tout ce qui est biçn. Que craindre, que ne pas oser à cette vue? Quel est le faible qu'elle ne puisse rendre fort, le fort qu'elle ne doive animer encore davantage? Elle est un bouclier, un refuge dans le péril, une ancre d'espérance, uneconsotutlon pour le pauvre , un avertissement pour le riche; elle apprend à aimef ses ennemis, elle dit comment il faut aimer ses amis.
En voyant le crucifix, on est rappelé à son devoir, confirmé dans son droit : manquer à son devoir, c'est de nouveau crucifier Jésus; le droit du chrétien, c'est de posséder Dieu. Enfin le crucifix, son modèle quand îl est aux portes de la mort, est aussi le gage de sa résurrection.
Le crucifix dit tout cela; et que ne dit-il pasencore? Il ledit, quel que soit son mérite artistique, par cela seul qu'il est crucifix. Qui songerait à faire entrer tant de pensées dans l'esprit d'un artiste? Mais, si habile que vous le chûisissiezJans le maniement des formes, au point dé vue moral il ne sera qu'un manœuvre, s'il ne pénètre tant soit peu dans le monde des idées que soulève son œuvre; et nul assurément ne mérite le nom d'artiste chré-
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tien^ s'il ne comprend sa mission, comme Tobligeant du moins, quand il fait tin crueîftx, à tenter quelque elMse de gfraad, de soteaneU^ B»yft> térîeux. ' ....
Depuis trois cents ans, étant admis que le cructfiK doit être cobçu.daMis le sentiment réel de la souffrance, la question a été^ toutee les fete qiia Tartiste a voulu s'élever au^essus d'un simpletravail d'ouvrierydeâl^yaûr surtout jusqu'à quel point on réussirait à faire dominer ou seuteoiiioi à laisser percer au-dessus des-tortures physiques etdesangobseB morales de l'homme^ le sentiment' supérieur de la divinité, se manifestant par.l^ sublimitéde la patience, dç la prière ou dei'amour.
Il est si loin de la portée d^ln talent humain^ quel qu'il soit^decpmlMmf; ces deux choses, l'excèsde )a soufft'ancdet lasaihteté divine dansl4 moEMie où elles se sont «oeoi'ééeieâ la pei*sonne de rfloiiiiiie*>Diett, qu'il n'eneat pas même de capable, 'ed' les séparai t^ de les rendre l'une on l'autre dan§ un degré voisin de la réalité' QCcam(iUB)SHr. la oroixk Impossible de reojdn^ à aucun point qui af^proehedesimpressions épiKMivéesp«r Jésus, des traits déformés, des muscles contracta, utie eamationaUérée, l'effet combiné sur le corps de tant de plaies, de tant ée sang, de tant 4e meurtrissures; ira* plossible, bien plus encore, de s'élever Jusqu'il la sérénité d'àme, la p«d»sance de tolonté, la pénétration de pensée, la tendresse d'affection, la hrrajesté d'e'Kétre tout entier dont fut imprégnée, principalement dansim moment aussi solennel, cette céleste physionomie.
Au vrai, votis tte sauriez faire Jésus crucifié , trop humain par l'excès de làdouleut... Vous ne sauriez le faire tropdivinpar la sublimité des afi^ctlons; dominant tout ce qui est des sens et se traduisant partout où Taction dé l'âmé peut se faire sentir sur le corps.
Stelon )a réalité, chez lui le côté humain et le côiédîvin nedoMent pae être traités à l'exclusion l'un de l'autre. Accordez trop au premier i Wai^ tombez dans le faux, pour n'avoir pas fait une part suffisante au secondJ Que le réalisme ait été poursuivi comme un ^système artistique, on qoé l'artiste ait prétendu à des vues morales et voulu exciter ma compaasioil par la réalité excessive d'un spectacle déchirant : il s'est m^ris aiiig«4 lièrement, celui qui a cru approcher du vrai dans tel crucifix htdeax à force d'être livide et ensanglanté , trivial à force de sentir son mo^ dèle vivant, ou capable d'émouvoir péniblement par ses convulsions de supplicié.
Parlons aussi de ces crucifix qu'une secte au cœur dur avait patronnés comme mieux en rapport avec l'idée étroite qu'elle se faisait des miséricordes divines : les bras rapprochés à la proximité de la tête, dans une situation voisine de la perpendiculaire, ils vont complètement à l'inverse des crucifix primitifs, où les bras du Sauveur sont si largement étenJns
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poHfT embrasBer totts les faornoie», dan» la gén^alitë d'un anoour universellement offert, quoique moins universellement appliqué, faute d'être aoeaptéde tous. C'était sans aucune vue contraire à cette vérité, ou tout au plus i^trce'qti'bn ne l'avait pas assez présente, que les k^ras d'un certain Minbre de eruetfix avaient oommencé de bonne heut^ à fléchir et à se rapprdeber, 90U8 la seule influence du naluralieoie artistique* Depuis que ee naturalisme avait prévalu avec la Renaissanccr la tydanceà décliner de plus«n plus dans cette direction s'étaii accrue par une oonaéqu/ence facile à comprendre, sans que les idées janaéiiîstes ; fusaeol encore pour rien; qvaad» par une interprétation oonfarmB à une doctrine étroite et désolawtev elles se furent abattujea sur /eetta lorme du crucifix^ ooiuma un essaim de frdons à la rechercbé d'un nid, et l'eureiBimise en vogue, proportionnellement à la trop grande laveur <[a'eUe8 avaient usurpée elles* mêmes , beaucoup d'arttstaa oœttniiàrentde s'en servir; on s'en sert enoore,sans sedonterd^une signification quiTOUâierail peut-être compter vona^même parmi éenx pour lesquels le Sauveur, en mourant» n'aurait pas' entendu donner sa vie. Une fois avertie tout chrétien devip éviter que le signe du salut devienne le symbole d'une crainto «i désespérante, et il suffira de coanailre Tinter préitation donnée, à V^'tension des In^as du Sauveur sur la crois, pour £aire hautenaenitp^éfi^i:^ entre les crucifix ceux qui les étendent le plus. . , , - , ,
^ La mesure extrême de cette extension peut cependant s'euiendre div/er- $ement, selon qu'on se fait une loi plus ou moins slricte des effets natu-* rela: tendua autant que possible quand le corps était couché $ur la croix, les bras fléchiraient encore en se disloquant au moment oti, le gibet élevé perpendiculairement, il« viendraient â supporter tout le poids du corps. G'^et préoiaément en raison de son impossibilité naturelle, que la p^si^ tlon parfattenoenl horizontale des bras^ sur les crucitix primitifs^ leur donne nn caractère pl^us divin, et dit la puissance du Crucilié eu même ten^a que rexlension de sa miséricorde. Même dans les temps modernes, tOQsIes maîtres qui ont voulu faire sentir fortement le Dieu ont été obligés de réduire considérablement la portée des effets naturels sur un corps ainsi suspendu et ainsi torturé. Le réaliste !e plus prononcé change les termes de la convention , mais il ne peut s'empêcher de faire un compromis.