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EXÉCUTION DU CRUCIFIX DANS LBS TEMPS MODERNES

La première moitié du xv^^ siècle ne s'achève paa san« avoir vu germer en Italie un- genre de crucifix^qui se place bien en dehors de

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Tatmosphère embaumée du BeatoAn^èlico. Ici la; vérité anatomique ddviot la plus grande préoccupation des aHmt<e^( prluaipâlèineiit d'abocd des sculpteurs. Les cracifix de Dônateifo et de Brunelleschi , <)étèb«e6 par leur contestation, se rapportent l'un et l'autre à celte mamâl*e: jette i»fr susceptible en efSet de s'élever relativem^t, comme le lit le second' pao^ le choix dés formes, d*étre abaissée, comme l'avait fait le pi^emier^ fai»*i qu'au type le plus vulgaire. Plus savante que la manière 4u ChK^ttfii*-^ chissant du xiv* siècle , sans rien de naïf, elle ne peut être confondue iivéê» elle, et si elle en procède, ce n'est que très-indirectement. ■-' '^•

Au XVI* siècle, l'esprit qu'elle aVait manifeste se personnifia en iflf^ël*' Ange. On ne saurait traiter Michel -Ange de réaliste sans se donVier Ym de blasphémer contre lé génie ; et d'aillètirs cet hommç extraordinaire visa trop au grand pour sMglrer jamaisj dans sa passion pour le cërp^ humain, jusqu'à Tornière' d*urie Copie servHe et d'tin choix aans Mée. Des idées , il en a, et de hautes, (Ju'eVlés'soïent vraies ou qu'elfe» soient fausses ; mais, pour les rendre, on sait Combien il compta peu avec la langue en usage, et avec quelle exagération it s^attacha à là mafi^ charnelle, la voulant toujours forte, saillante, sans voHe,'.quelquefoîs jusqu'au mépris des convenances les plus élémentaires. Dans ces conditrons, il es,t singulier que, danâ le dessin du Crucifiement qu'il a laissé, le GbrisI ait la tétehaute jusqu'à dépasser un peu de son sommet la pièce transvèrsale de la croix, et Tes bras étendus au point de ne s'écarter que trè^-^ légèrement de la ligne horizontale, et cela comme en compensation At ses formes massives, de son corps contourné, de sa tête ihcliiiëe pTutât vers la gauche que vers la droite ; joignez-y de gms et lourds garçotis donnés pour des anges, Une Vierge athlétique et gauchement théâtl*à1ét jamais ensemble n'indiqua moins de soucis du sentiment mysCiqae/4i l'esprit traditionnel, de l'idée symbolique, et cependant il faut qùie l^i^ tisle, ou. sciemment, ou à son insu, ait cédé à quelqu'une decesïnfluences, pour maintenir aussi haut et aussi ferme la tête et lès bras àû Sauveur. "'"•'

Le Guide, que nou3 avons cité pour ses Ecce /fomo, est, depuis la Renaissance , le peintre peut-être dont les crucilx ont eu te plus de £iveur : par des raccourcis malheureux, il a pu nuire à la noblesse de la tête; mais on voit qu'il a voulu , par l'expression, porter au plus haut terme, dans cette tète et ces yeux illumines et levés vers le ciel, la douleur du sacrifice unie à son offrande la plus sublime, et Ton accepte volontiecs comme rendu tout ce qu'il ^ voulu rendre. Observez^ cependant, que les Christs du Guide ne souffrent guère que dans l'expressioa de la tète; il? ont le corps droit et tranquille, f^ans aucune contraction des musdes, même dans les pieds et les mains, sans rien d'altéré dans la carnation un

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pen flasque qa'on lui connatt, ei les bras pleinement ëieadus, quoique avtfc plus de pliieklilë que de puiseance, ne Xont que fléchir légèrement. AvQc un ensemble aussi propre à Imprimer Tidée de la douceur dans la ti0iifmi»de l'abandon le plus parfait, ce n'étaient pas là dea qualités suffisasi^e^raux- yeui dea artistes, pour leur, faire voir Tidéal d'uu crucifix modèle ; Vabaence de réaîstance portée juaqu'à Tabseace même de toute rttçtîo«: physique dans les cbairs du patient devait plutôt leur paraître UD ^défaut, et puisqu'il était désormais adxuis que sur la croix le Christ devait souffrir, ils s'efforcèrent à Tenvi de faire palpiter tous ses muscles tQi)diiapar l'excès de la souffrance» dût la dignité ep étreamoindrie.Génér,a)epuent, elle le fut en effet, et les grands inaltres eux-mêmes ont produit d^acauvres oii Ton trouve que la vérité (ait défaut, si Ton y regarde de haut, parc^ qu'ils ont vçulu être trop vrais dans un ordre de vérité inférieur. Prenez cependant un .autre point de vue^ et il sera juste de dire, au contraire, qu'ils ont reculédevant l'horreur de la vérité tout entière, ou plutôt on reconnaîtra qu'ils se sont proposé de tenir ia balance dans un équi- Ub^ hors duquel eût cessé d'apparaître la patience surhumaine de la Victime* lis l'ont traduit par un ealme relatif d'expression et d'attitude dans la mort ou !a torture. Les corps demeurent droits, régulièrement posés, sans convulsions, presque sans affaissement.

.Ces réflexions s'appliquent spécialement aux deux Christs, l'un de Van- Dyck, l'autre de Vélasquez, que lady Eastlake a rapprochés sur la même Pflanche, avec ces particularités que le peintre espagnol a surtout prétendu être vrai, que le peintre flamand s'est plus préoccupé d'être pathétique; que, chez le premier, la tête s'incline en avant, pour indiquer ia^çiort; que, chez le second, les bras en sont venus à peu près à la position rap()rochée que nous ne pouvons jamais envisager sans reg^ret, sur- Uffx\ aj^rès les interprétations des disciples de Port-Royal ^. . Pe véritables chefs-d'œuvre, en fait d'art chrétien moderne, se trpuvent parmi les crucifix en ivoire qui sont venus en si grand nombre alimenter la piété des iidèles , et c'est peut-être là que l'on ren-

I. Uiiiorjf 0/ otir Lord, T. H , p. S05. Le «rai de Técole espagnole 63t géDéralementi et ici .en particulier, celui de i*oliserTalion iournaliëre. Vëlasqaez cependant a voulu lenter d*élre vraiauasi selon l*bistoire, vrai même selon iVrudition, en clouant séparëment les pieds du Christ sur le $uppedaneum, éi en écrivant le titre au complet dans les (rois langues» sans toutefois se conformer à Tordre suivi dans le fmipnent conservé a Sainte-Croix-de-iérusalem, à Rome. Ce tableau est dans la galerie de Madrid. Dans celui de Van-Dyck, qt\i se tro«ve dans la galerie Borghëse , à Rome , les pieds sont aussi séparét sur un itipptdaneum ; le titre est également développé , mais d'une manière phis Aloignée de la vérité historique. D'ailleurs le Christ de Vélasquez manque de toute noblesse» et celui de Van-Dyck en a bien p<a.

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contrera le mieux ce que l'on peut attendre d'tine œuTre ée ce génie couçae dans Tesprit qui a pK^Talu parmi nons.

Par itt modération dans les effets généraux de la suspension et de la douleur, le corps souffre sans se déformer ; son attit«de peut oonserver une noblesse que ne désavouerait pas la statuaire antique, et le spéctucto du supplice peut journellement s'étaler à la vue» sans la heurter par des lignes qui lut seraient désagréables. On voit que l'étude de Niobé et>te Laocoon a plus on moins directement pénétré de son souffle toutes lei régions de l'art. Au fondde Tâme, cependant, dans le prêtre d'ApoUott eomme dans les viotnmes de ce dieuj il n'y avait de place que pourl'af^' freux désespoir, imparfaitement voilé sous la dignité du maintien. Ml lors que l'iuspiration eat QhréU«nne à quelque degré»-*si elle ne sait dire Le sacrilice régénératwr^ le^saonllca tviomphant».et montrer que lésas ne quitta la vie que maitre de la r0preMire,'***eUe laissera apercevoir lesacrh (ice méritoire, le sacrifice accepté, voulu, offert par la victime même, aa moins sous forme de résignation; et dans cette vertu, il est uaedosed'es* péranoe et d'amour qui la maintient toujours en deçà de l'abtiae, an deli duquel les païens les plus habiles à bien mourir pouvaient imaginer tout aq p|u«4e le faire avec bonne contenance.

.. OtJ^siu^l ou jete^ les yeux vers le ciel, -pour rappeler que voire Pièi:eMM?.|\oiis a pas abandonné et qu'il ne m'abandonnera pas moi** morne, pu abaissa^ vers moi un regard plein de tendresse, et oe regard' me dira ciirx)i'C:(|Uo vous nfavez donné Marie pour mère. Qu'en voyant votre tête inclinëe dans la paix, je comprenne que votre ilme, le combat terminé, est au lieu du repos, en attendant le réveil de la victoire.

Sur de pareilles cordes, l'art chrétien a beau jeu pour «'exoi'eer ^aa» jao^ais arriver au dernier terme de ses effor43; sous sa forme rooderno.il a pu plus d'une fois les faire vibrer avec bonheur, et, changeant de toia, d'idées et de seutime^its, il peut s'engager dans autant de directions différentes qu'il se rencontre de variétés dans les compositions largement doctrinales de l'antiquité primitive, et les cycles luxuriants de pctésieda ruoyen âge chevaleresque.

UKS PJETA.

On donne, en Italie, le nom générique de Pietà^ aux compositions faites pour exciter une piété compatissante, par la vue du Sauveur mort et détaché de la croix. Nous distinguons trois sortes de Pietà. Il en est qui prennent une teinte historique, et qui représentent une scène de douleur

JltSUS SOUFFRANT. MB

iaierinéd iaire entre la Descente de troix at la Mite au tom beau ; ei les peu ven l facilement se confondre avec Tun ou Taulre de oea deux 8ujets, en reproduis sani lea peraonnages réels qui y prirent part ou en furent téaMins; mais floayeot aussi eliesen demeurent trèa^istinctes.Nousy reyiendrons quand noua traiterons de la série de ces différents mystères. Sont compris eneore sous le nom de Pietà les groupes où la sainte Vierge tient sur ses 9$nouK le corps inanimé de son divin Fils, et le contemple avec douleur et tendresse. Le nom de Notre^Dame-de-Pitié, dont ik)us nous servons en pai^I cas, dit mieux la chose, il exclut tes confusions, et il nous auto* rise à rapporter préférablemeat celte sorte de composition à Ticono* graphie de la sainte Vierge.

Restent en troisième lieu les compositions qtii se réduisent ou peuvent se réduire à la figure seule de Notre-^Seigneur eiposé directement à nos regards, l'office des autres personnages qui peuvent l'accom* pagner étant de nous le taire considérer; ou de nous offrir le modèle des affections que sa vue doit nons inspirer : ces compositions sont les seules dont nous ayons à novs occuper dans ce moment. Elles ont cela de particulier que le Sauveur y apparaît en tant que mort, ce qui les distingue des Ecce Homo^ et que cependant il s'y tient debout, ce qui leur donne quelquefois une grande ressemblance avec ceux-ci. Elles sont alors purement idéales. Il peut se faire cependant qu'elles prennent ane certaine couleur de réalité sans changer absolument de nature, le corps du Sauveur étant exposé à notre vue tel que le pourrait être wix corps effectivement mort. ' •

Oii l'on voit le mieux que debout, dans l'altitude d'une personne vivante, Notre-Seigneur est représenté en tant que mort, c'est lorsque — ce qui arrive le plus souvent dans ces compositions — il émerge à micorps de son tombeau ouvert, tombeau nécessairement représenté alors sous forme de sarcophage. Impossible de croire qu'il ressuscite, son attitude en exclut la première pensée, ses yeux fermés diraient pIut(M le sommeil persistant de la tombe : ils le disent en effet, mais de telle sorte que, par l'ensemble de son attitude, on comprenne qu'au sein de la mort même son âme veille, que sa dTvinité ne s'endort jamais, et qu'il s'offre pour nous comme victime, sans cesse et tout entier.

Ces compositions se multiplièrent sur la fin du xiv® siècle, et il ne paraît pas que leur origine dût alors être fort ancienne. Lady Eastlake a fait remarquer qu'elles avaient été souvent sculptées sur des portes de tabernacles ^ et qu'elles avaient un rapport direct avec le mystère de

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