‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 203 sur 216 · tiifUnry ^fmr Lard, T. 11, p · texte numérisé non relu

tiifUnry ^fmr Lard, T. 11, p

ETUDE XIU

DE l'image principale DU CHRIST SUIVANT LES ÉPOQUES.

Dans Tordre tles faits providentiels, il fallut que le Christ souffrit d*a* bord, et que, par la voie des souffrance», il entrât ensuite dans la gloire. Nous avons déjà vu comment| l'art chrétien suivit une autre marche : il a longtemps représenté le Christ glorieux avant de le représenter souffrant Le triomphe personnel de Notre-Seigneur était consommé , il était res* suscité, assis à la droite de Dieu ; rien cependant ne révoltait les esprits comme le souvenir de son supplice, rien ne semblait plus capable de les éloigner : qu'ils s'ouvrent à la grâce, ils seront initiés à ces mystères; mais il eût été imprudent d'exposer trop tôt le spectacle des ignominies et des souff^rances du Sauveur aux yeux des profanes, et les fidèles eux* mêmes avaient alors besoin d'être encouragés par des images propres à leur faire envisager l'issue victorieuse du combat, plutôt que les péripéties douloureuses de la lutte. *

Le Christ avait triomphé ; mais l'Église, son corps mystique, était à la période la plus sanglante de ses épreuve^, et le chef semblait encore opprimé dans la personne de ses membres : ce n'était donc pas non plus, tout d'abord, le momentde représenter Notre-Seigneur en possession d'un triomphe éclatant, qui aurait été trop en contradiction avec l'apparence des faits présents pour être facilement compris.

C'était aussi l'époque des initiations mystérieuses voilées sous la loi dtt secret; les représentations de l'art chrétien participaient de la situation: c'était donc au moyen des images figuratives de Daniel dans la fosse aux lions, de Jonas rejeté vivant du sein du monstre marin, qu'elles disaient comment Jésus, exposé lui-même à la fureur des lions les plus rugissants,

JÉSUS TRIO V 141 ANT. 4f7

les avait réduits à l'impuissance; ^ummeiit la mort, semblable à un monstre dévorant, ne Tavait un instant absorbé dans son sein que pour le rendre presque aussitôt après à la vie.

Le chrétien, à cette vue, se rappelait les promesses de Dieu; comme Daniel, comme les trois Hébreux dans la fournaise, il tendait les mains, i) élevait son cœur vers le ciel: — Le Seigneur, se disait-il, ne souffre point que le juste périsse d*une mort définitive ; — et il se tenait prêt à tout affronter pour demeurer fidèle : le» proconsuls, les empereurs , les spoliateurs, les bourreaux.

Le triomphe de son divin modèle^ sa résurrection , rappelés par ces images, en demeuraient néanmoins couverts comme d'un voile. La pensée de la protection divine eç ressortait plus directement, et il pouvait se rappeler que, sous Taile du Seigneur, on^ doit estimer avoir trouvé la paix et la sécurité au milieu même des plus fortes tempêtes. De sorte que, dans l'art ch étien le plus primitif,, celui des Catacombes avant Constantin, c'est moins l'idée du triomphe que celle de la paix qui domine. Idée non moins belle, sinon plus belle encore, au mHieu de ces combats où le vainqueur, ne sachant que souffrir et prier , conservait en son ftme la paix avec lui-même et avec ceux qui le faisaient mourir.

Aussi i'avons-nous vu: les images qui constituent* le type caracté*^ ristique de cette époque, celles par conséquent qui, dans une grande proportion, s'étaient le pliis multipliées, sont le Bon Pasteur et TOrante.

L'idée de triomphe, de triomphe éclatant, ne prévaut qu-après la conversion de Constantin. Alors, le Christ vainqueur de la mort par sa résurrection parut le vainqueur du monde : « Il a vaincu , il règne, il commande. » La lutte recommencera aussitôt, et les disciples du Dieu crucifié neinanqueront pas d'occasions, pendant toute la durée des siècles, de souffrir persécution pour la justice; le triomphe de Jésus-Christ et de sou Église, la manifestation de sa gloire, n'auront leur parfait accomplissement qu'au dernier jour. Néanmoins, l'impression du grand événement qui eut pour prochaine conséquence de placer la croix comme signe d'honneur sur la tête des Césars, fut si vive, si pénétrante, qu'elle demeura comme trait principal et caractéristique dans l'art chrétien, jusqu'au partage qui s'accomplit, au cœur du moyen âge, entre les tendances artistiques de l'antiquité chrétienne et celles dont s'est imprégné l'esprit des chrétiens modernes.

Ce fut de prime abord le signe qui exprimait tout à la fois et le nom du Christ et sa croix, qui fut exalté par Constantin et porté comme un étendard en tête de ses armées; mais très-promptement l'image du Dieu vainqheur fut apposée au point culminant des nouvelles basiliques, à la

T. II. t7

418 GDIDE DE l'art CHHÉTI£N.

retombée de la voCtte abaidiale, que les Italiens nomment Tribuaa : là où, s' élevant au-dessus de l'autel, elle s'éla'ait aux regards de toute l'assemblée.

Les Grecs, ordinairement fidèles à maintenir l'art dans les errements qui lui ont été une fois tracés, ont continué k réserver cette place pour

Ghrirt Panlocralor, i Salamine.

les images auxquelles ils donnent le nom de Christ Pantocratm; c'eal-à-dire tout-puissant ; et souvent, pour en accroître l'eflet prépondérant, ils leur ont donné des proportions gigantesques : tel est aussi le Christ qui, dans l'église de Montréal, en Sirile, règne au milieudesmosaïques dont ce monument futentièrementrecouvert au xiii'siècle. Les peintres du mont Athos, encore aujourd'bui,se conforment plus ou moins à cette donnée, et à Paris, quand on a voulu prendre les basiliques primitives pour typedan^ la construction et la décoration de l'église de Saint- Vincent-de-Paul. — pensée qui a eu pour son plus heureux résultat d'offrir k Hippolyle Flandrin les deui lon^^ues Irises dont il a si admirablement disposé pour peindre ses panathénées de Saints , — on a été amené aussi à orner Ip sommet de l'abside d'une grande fiç;ure du Christ dans la gloire.

OU SB PLAGE l'image OU CHRIST TRIOMPHANT.

Le Christ dans la gloire : telle est bien, depuis Constantin, la pensée commune de toutes les images de Notre-Seigneur qui, jusqu'à la fin du XII* siècle, sont venues orner les absides , et plus tard quelques*uns des chevets*dans les églises qui ont subi la modification de forme ainsi indiquée. Ce caractère se transmet i^ux croix que Ton y voit figurer dans cet intervalle, comme àSaint-Apollinaire tn Classe^ii Ravenne,et encore, dans une large mesure, aux crucifix qui viennent immédiatement après occuper cette place, comme, par exemple, dans l'église de Saint-Clément, à Borne. Notre-Seigneur s'y montre attaché à la croix ; mais la souche du palmier dont jaillit cette croix, et tous les signes de vie, de victoire, de fécondité, qui abondent autour d'elle , justifient pleinement notre observation. La verrière qui orne le chevet de la cathédrale de Poitiers, dans une situation qui la met en vue à peu près à l'égal des peintures absidiales les plus favorisées sous ce rapport, ne représente le Sauveur mort ou mourant sur la croix, que pour faire dominer toute la composition par une autre figure où il apparaît dans la gloire de son Ascension.

Aux façades extérieures des églises, conviennent absolument les mêmes représentations qu'à leurs absides ou chevets intérieurs. Dans la décoration des basiliques primitives, il arrive que l'on voit se répéter à l'extérieur complètement ou à peu près les motifs de l'ornementation intérieure : la figure glorieuse du Christ régnait tout à la fois sur le portique , sur l'arc triomphal et sur la voûte absidiale de la basilique de Saint-Paul-horsles-Murs. ,

^ Lorsiiue, par lefiet du changement d'architecture, il ne resta plus de grands espaces libres au-dessus de l'autel, dans la construction intérieure des églises, il y eut une raison de plus pour transporter sous les voussures de l'entrée principale la figure du Sauveur dans la gloire.

Depuis, comme si l'édifice sacré ne pouvait se passer d'une image du Dieu fait homme, le crucifix a prévalu comme devant être manifestement étalé dans toutes les églises : ne serait-îl pas à désirer, précisément parce que cette imnge sacrée est désormais toujours conçue dans un esprit de componction et de soutfrance, de remettre avec elle en usage habituel et simultané une autre image qui nous montrât,en regard du Dieu mortpour nous, le Dieu qui règne à jamais ci avec qui nous devons

420 Grvun: db l*art chrétien.

régner; ce même Jésus, notre Sauveur, notre Maître, notre modèle^ notre juge et notre récompense? L'Église est rentrée dans la voie des grandes épreuves, le monde cesse dé plus en plus d'être chrétien, et il semble que les motifs de présenter aux fidèles Jésus, leur chef, comme le perpétuel vainqueur de tous leurs ennemis, acquiert d'autant plus d'à-propos, que la lutte menace d'être plus vive.

Nous avons vu comment Fimage de Jésus triomphant pouvait s'associer et s'était souvent associée, en effet, à celle même du crucifix, en la surmontant, en la dominant pour ainsi dire ; mais cette disposition n'est pas toujours possible, vu la manière dont souvent le crucifix est placé; et il faut convenir que difScilement, dans l'intérieur des églises construites d'après un autre système, on trouve l'équivalent des voûtes absidiales oii reposait leChrist triomphant, dans les basiliques constantiniennes. Transportée sur d'autres monuments que les églises, c*est toujours à leur point culminant, à leur frontispice, que cette image est le plus convenablement placée, et l'on peut dire que, dans l'esprit de l'antiquité chrétienne, une semblable position lui appartient toujours en propre, et qu'elle ne la cède en quelque sorte à d'autres images qu'à titre d'équivalents, de dérivés, ou de délégations. Cette observation s'applique surtout aux sarcophages, aux diptyques, aux couvertures d'évangéliaires et d'autres livres liturgiqu&s, aux reliquaires. Un caractère qui leur est commun à tous est d'être considérés comme une réduction de l'édifice sacré qui sert à la célébration des saints mystères et à l'assemblée des lidèles, image lui-même de Tédifice vivant dont Jésus-Christ est la pierre angulaire, et dont tous les fidèles sont les pierres animées.

f^e chrétien, quand ibesl au terme de cette vie, continue de reposer dans l'Église ; son âme lui appartient d'une manière définitive; le lieu béni où son corps attend la résurrection, est comme une extension, une dépendance du temple: à ces titres, que peut-on faire de mieux, artistiquement parlant, que d'adapter,, en petit, à un tombeau chrétien les formes et les ornements iconographiques d'une église? Ce que nous disons d'un tombeau, on le dira, à plus forte raison, d'unechâsse,qui n'estque le tombeau d'un saint; d'un reliquaire, qui n'est qu'une châsse en miniature. L'autel est aussi un tombeau, et il résume de plus en lui toute la signiti- ' cation du temple. Les diptyques, de leur essence, sont des ornements d'autel, ou ils doivent en rappeler le souvenir; les couvertures des livres sacrés, en célébrant ce qu'ils contiennent, ne peuvent célébrer que ce qui se dit et s'étale dans l'église. En repassant ainsi en revue tous les objetssur lesquels s'exerce l'art chrétien, nous verrions de même qu'ils peuvent tous présenter l'idée de l'édifice qui en est le terme par excellence. Par conséquent, étant admisqu'à l'image duSauveur dans la gloire appartenait dans

Page 1