‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 204 sur 216 · CHRIST · texte numérisé non relu

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celui-ci le rôle le plus solennel et le site le plus apparent, on devait être facilement amené à donner également le pas, dans tous les monuments de Tart, à cette image principale, ou, d'une autre manière, à Tidée qu'elle représente.

Postérieurement à Constantin, on peut considérer toutes les images du Christ qui, par leur position prépondérante autant que par leur physionomie et leur attitude, expriment cette idée de triomphe, comme dérivées de l'exemple donné dans les grandes basiliques construites à cetteépoque. Il y a lieu de croire, cependant, que les peintures des Catacombes offraient d'autres précédents : le point culminant, le site principal, dans ces vénérables sanctuaires, c'est l'espace central à la voûte des cubicula: or, nous savons que ce poste d'honneur est le plus souvent occupé par la figure du Bon Pasteur, c'est-à-dire par l'image alors usuelle de Notre-Seigneur. Sur les déclins de l'antiquité chrétienne, il est certain que l'on peignit dans cette même situation des images du Sauveur triomphant : telle est la grande figure du cimetière de Saint-Pontien, qui frappa Bosio par sa majesté lorsqu'il la découvrit, et cette autre figure fort analogue, au dire de Boldetti, qui tomba en morceaux sous ses yeux. Ce n'étaient là probablement que des œuvres du vm^^ siècle environ ; mais nous avons dit sur quelles probabilités nous nous fondions pour maintenir que la figure du cimetière de Sainte-Domitille, peinte en des conditions analogues au ni^ siècle, représentait elle-même le Christ dans un sentiment de triomphe. On ne saurait en douter si l'on était assuré que la planche donnée par Bosio fût exacte, et rien ne nous confirme mieux dans la pensée de sa demi-exactitude au moins,quantau typede figure attribué à Notre-Seigneur, que l'empreinte de paix remarquable sur cette figure , comparée au caractère éclatant que prirent de plus en plus les images du Christ vainqueur., après que le monde vaincu en fut venu au point d'avouer luimême sa défaite.

Nous avons comparé, pour les traits du visage, la peinture du cimetière de Sainte-Domitille, à celle du v" siècle qui subsiste encore à la voûte d'un cubiculum, ou plutôt de la crypte principale, dans le cimetière des Saints- Marcellin-et-Pierre où nous l'avons observée (pi. xx). L'image du Christ triomphant n*y est pi us seulement réduite à un buste, mais Notre-Seigneur dans la gloire s'y montre assis entre saint Pierre et saint Paul ; et au-dessous, représenté de nouveau sur la sainte montagne, sous la ligure de l'Agneau aussi triomphant, il associe à sa gloire les saints martyrs Marcellin et Pierre.

GARAGTEhE GENERAI. DES IMAGES DU CHRIST TRIOMPHANT.

L'image du Christ triomphant a donné le ton à Tart chrétien tout entier, on peut le dire, pendant une longue suite de siècles ; cette période a pris le nom de byzantine, non sans de sérieux motifs, car, pendant toute sa durée, le principal foyer de culture artistique fut à Constantinople. Mais la physionomie de Tart, alors, ne tient pas à des causes locales : il faut voir quel est le type do perfection qu'il poursuit. Nous ne disons pas qu'il l'ait atteint, il luttait contre trop d'éléments de décadence et de barbarie. Ce que l'on voulait obtenir, quand on peignit ces grands Christs aux proportions colossales, au corps droit, aux traits inflexibles, aux larges yeux fixes , c'était une expression extraordinaire de grandeur et de majesté; nous les trouvons laids, parce que, exécutés avec maladresse, leurs traits sont demeurés durs et tirés, et leurs yeux hagards; mais il s'en faut du tout au tout que personne ^it jamais vodlu, à dessein, leur donner aucune laideur, comme on l'a trop légèrement prétendu. Parmi les œuvres conçues dans le même sentiment, attachez-vous aux meilleures, surtout aux plus anciennes, et vous y rencontrerez de très-grandes beautés, une majesté plus vraie parce qu'elle est plus douce, toujours cependant une propension à la force, soit dans le trait, soit dans la couleur, soit dans les proportions, qui tranche avec la manière plus douce encore de l'art chrétien le plus primitif.

Une image du Christ peut recevoir toute sa valeur, relativement à la pensée de triomphe, par le fait des conditions où elle es( placée, indépendamment de son attitude et même de son expression, soit qu'on l'ait représentée assise ou debout, en buste ou en pied, soit même qu'on l'ait renfermée dans un cadre si étroit qu'il n'y eût pas de place pour les bras et qu'elle fût réduite à la tête seule. Mais la disposition des mains et des bras, dès lors qu'il y a place pour eux dans une image de ce genre, est déterminée par l'usage d'une manière qui souffre peu d'exceptions : la main droite est presque toujours levée, pour parler, pour comman'^erou pour bénir, tandis que la main gauche est ordinairement chargée du livre. La peinture du cimetière de Sainte-Domitille ne laisse point apercevoir les mains, bien que l'encadrement circulaire fût tel que la inaiii droite au moins se serait montrée, si elle eût été mise dans la position voulue : ce trait seul serait un indice de l'antiquité de l'image. Aucon-

traire, dan^ la peinture du cimetière de Saint-Pontien, l'exiguïté proportionnelle de l'espace n'a pas empêché qu'on ue tînt à faire paraître la main droite levée, et le livre porté de la main gauche. La première est simplement levée, sans aucune des dispositions dites de la bénédiction grecque ou latine ; il en est de même pour le Christ peint 'à peu près à la même époque dans le cubiculum du cimetière de Saint-Calixte, oii avait été déposé le corps de sainte Cécile ^. Il est bon de le remarquer, afin de bien comprendre que l'essentiel de ce geste, c'est la main levée pour exprimer, — ou tout à la fois, ou préférablement selon les circonstances, — l'intention de parler, l'autorité et la bénédiction.

Le geste de la main droite suffit, d'un autre côté^ pour donner à une image du Christ le caractère triomphant. Une image isolée ainsi caractérisée, ou l'étant au moyen de sa position, d'un encadrement d'honneur, doit être entendue, par le fait de son isolement même, dans un sentimejit de généralité, qui s'applique au règne éternel et parfajt du' Sauveur comme à son règne social en ce monde, à son règne intérieur sur les âmes et à toutes les circonstances où il a triomphé.

Jésus a triomphé dans sa Résurrection, il a triomphé dans son Ascension; pendant sa vie mortelle, au moment de sa transfiguration, il s'est montré dans l'éclat de sa gloire; son entrée à Jérusalem, avant sa Passion, fut un pacifique triomphe; les visions de l'Apocalypse, l'attente du jugement dernier, le font apercevoir dans toute la splendeur de sa puissance souveraine. Nous verrons comment, suivant le cours du temps, il a été représenté triomphant, en des circonstances plus ou moins empruntées à chacun de ces mystères, sans que la représentation cesse pour cela d'avoir un grand caractère de généralité. Nous verrons aussi plus tard comment ces mystères, étant devenus eux-mêmes le sujet direct de la représentation, elle a conservé encore ce même caractère à un degré tel, qu'on hésiterait à décider, dans beaucoup de cas, si le sujet n'est pas principalement le Christ triomphant envisagé d'une manière absolue, plutôt que le mystère auquel se rapportent diverses particularités de la mise en scène.

On ne s'étonnera pas, eu conséquence, que d'autr§s images du Sauveur soient entourées de personnages et de symboles aocessoires, qui participent à l'idée de son triomphe et de sa domination universelle, par delà toute application à aucun fait particulier.

Plus on étudiera les images du Christ triomphant qui, de l'antiquité chrétienne, nous sont restées heureusement encore en grand nombre, plus on verra ressortir de leur variété mêmi) l'ensemble des pensées qui

1. Ue RoBsi, Roma $oU., T. II, pi. vi. (Voir notre pi. xi, fig. 11.)

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leur sont communes, à tel point que nous nous croyons en droit de leur appliquer à toutes ce qui a été dit d'une série d'entre elles, dans un opuscule préliminaire de ces études : Jésus s'y présente comme le Fils éternel du Père, le Verbe incarné, Rédempteur par sa mort, vainqueur par sa Résurrection; il est la Résurrection elle-même, la voie, la vérité et la vie, le gage de notre espérance , la souveraine raison , la suprême sagesse, la lumière, le salut, la paix; il est roi, législateur, juge, docteur, pontife, pasteur et victime; enfin, il y reçoit tous les titres qui lui sont donnés dans ces vers déjà cités de saint Damase :

Spes, via, vita, salus, ratio, sapienlia, lumen,

Judex, porta, gigas, rex, gemma, propheta, sacerdos,

Messias, Zeboot, Babbi, sponsus, mediator,

Virga, columDa, manus, petra, filius Emmanuelque,

Vinea, pastor, ovis, pax, radix, vitis, oliva,

Fons, paries, agnus, vitulus, leo, propitiator,

Yerbum, homo, rete, lapis, domus, omnis Christus Jésus '.

Ce n'est pas assez encore : la pensée intime de ce monument n'est pas de représenter le Christ tel qu'on peut l'imaginer ou essayer de le corn* prendre, en multipliant les qualifications et en variant les points de vu^ mais de le donner comme présent, tel qu'il a été, tel qu'ilest, tel qu'il sera, avec tout ce ((ui découle de sa personne sacrée; c'est parce que l'idée est simple, qu'elle comprend tout, et qu'avec rimperfection de notre langage, nous n'en pouvons dire quelque chose qu'en multipliant les paroles.

Mais Jésus, dans ce monde, n'est, pas ilemeuré seul; il a une épouse, née de son sang ; elle lui appartient, et il s'est donné i elle tout entier; quand l'Église n*est pas représentée autrement, elle l'est encore pari'é-v difice sacré qui porte son nom, et l'on peut dire que ces figures du Christ triomphant qui la dominent, se marient avec elle. Nous ajoutons que la loi évangélique est le gage de leur union et le rapport qui les unit, loi d*amour, loi vivante, qui, sous un certain point de vue, est Jésus lui* môme, notre maître et notre modèle, de sorte qu'en se donnant lui-même, il la donne, et se montrant présent, il se donne.

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