‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 208 sur 216 · Ciampini, Vtt. mon., t. II, pi. xxxviu · texte numérisé non relu

Ciampini, Vtt. mon., t. II, pi. xxxviu

Jésus TRIOMPHANT. 43i

exprimé par les trois Apôtres, invitent là encore à considérer le Fils de Dieu comme étant en possession définitive de sa royauté éternelle, après la consommation de toutes les prophéties , et non pas seulement comme faisant apercevoir passagèrement quelques rayons de sa gloire, pour les laisser bientôt après s'obscurcir dans les ombres de sa Passion.

L'idée de triomphe attachée à l'entrée à Jérusalem qui précéda ces moments douloureux , a pu aussi être généralisée jusqu'à un certain point; nous pourrions citer, par exemple, tel ivoireoiJ,dans cette circonstance, l'attitude du Sauveur et celle de son humble monture deviennent si fières, que l'artiste s'est inspiré évidemment des victoires qui ont mis fin à tous les combats. La gravité de l'antiquité chrétienne n'aurait pas admis, cependant, qu'une semblable cavalcade pût figurer au point culminant de l'édifice sacré, où devait apparaître l'image du Christ vainqueur, et, par conséquent, dans les autres monuments conçus par voie d'analogie, on ne lui aurait pas livré la place correspondante. En descendant au moyen âge, ces observations nous amèneraient à la question longtemps controversée de cavaliers placés à la façade des églises; mais elle se rattache plutôt aux représentations empruntées à l'Apocalypse, et, à leur occasion, nous y reviendrons bientôt.

Le Christ triomphant est toujours réputé ressuscité ; nous pourrions dire même qu'il n'est jamais représenté dans l'antiquité chrétienne, alors qu'on associe à son image les souvenirs de son sacrifice, qu'il ne soit réputé ressuscité, toutes les fois que la représentation prend le caractère personnel, qu'elle avait rarement à cette époque, lorsqu'elle demeurait dans la pure région des faits. Mais on ne représentait pas Notre-Seigneur dans l'acte de la Résurrection : de plus complètes explications viendront à cet égard , quand ces études porteront sur les mystères eux-mêmes ; il sufiit ici de faire observer qu'aux époques où nous sommes , dans la pensée de la glorification personnelle, l'Ascension était réputée le complément indispensable de la Résurrection ; c'est pourquoi ces deux mystères ont pu être fondus dans une même composition : on verra comment.

Il en résulte qu'on ne verra pas alors le Christ triomphant représenté avec des circonstances empruntées à sa Résurrection ; on ne le verra pas, et l'on verra cependant quelque chose qui en approche de bien près : la croix triomphante qui tient la placede Notre-Seigneur et le représente comme signe, étant associée, sur tout un groupe de sarcophages, soit aux gardiens du Saint-Sépulcre (pi. v, xv), soit à l'apparition du Sauveur aux Saintes Femmes. Il n'en est pas moins vrai que si, au lieu de la croix, on voyait, dans les mêmes circonstances, une de ces images de Notre-Seigneur en personne, où il est évident qu'il n'est pas mis en scène pour

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agir sous nos yeax , mais qu'il s'adresse directemeut à Dous-roéme et à tous, on devrait dire que non-seuletment il nous apparaît en tant que ressuscité, mais encore en tant que monté au ciel.

C'est ainsi que la croix au-dessus du Saint-Sépulcre ne l'abrite pas seulement comme si elle était relevée sur le Calvaire pour célébrer là céleste Victime qui y fut attachée, désormais dégagée pour toujours des liens de la mort; mais elle dit que, devenue la bannière de Tempire, elle resplendira dans le ciel comme un signe bien plus glorieux encore, au jour du jugement. Dans les plus anciennes représentations de l'Ascension, le Christ ne monte pas au ciel : il y est monté, il y règne, il y conmiande, il y bénit; il pourrait donc être détaché du reste de la composition, et constituer une image du Christ triomphant, considérée au point de vue de la plus grande généralité; ou plutôt, )a composition tout entière. se prête à ce point de vue. Quels en sont effectivement les éléments ordinaires ? Les Anges qui font cortège au souvcr-ain triomphateur ; la sainte Vierge et les Apôtres,

qui représentent son Église. Il est sans exemple,dans l'antiquité ecclésiastique, qu'on ait appelé à y figurer un groupe de personnages quelconques, destiné à rappeler la foule des autres disciples ; et quant à Marie , l'attitude tout archaïque d'Orante, qu'elle y prend invariablement au-dessous du Sauveur glorifié et au centre du groupe apostolique, semble faite pour exprimer sa perpétuelle intercession, bien mieux qu'aucune des impressions qu'elle put manifester lorsque son divin Fils la laissa sur la terre. Ne dit-elle pas, au contraire, comment, par la prière qui monte incessamment au ciel, on ne se sépare pas de lui; comment entre lui et son Eglise la communication n'est jamais interrompue ? Elle Test d'autant moins que son trône et les voies par lesquelles l'accès nous en est ménagé, sont désormais hors de toutes les atteintes d'ici-bas; qu'il est assez haut pour exprimer l'universalité de sa toute-puissance, assez près de nous pour dire qu'il se tient toujours attentif à nos supplications, toujours à portée de nous gouverner et de nous entendre.

La miniature que nous publions (pi. xxi), placée au frontispice d'uii manuscrit de la bibliothèque du Vatican, fera mieux comprendre notre pensée. Contre l'ordinaire de ces sortes de compositions, la sainte Vierge s'y montre de profil ; mais aussi les figures des Apôtres, répétées au sommet de l'édifice où se passe la scène, expriment mieux la pensée de glorification permanente pour le Sauveur, qui prime,dans la circonstance, toute intention de représenter spécialement le mystère de son Ascension.

On verra cependant, lorsque le moment sera venu de traiter spécialement de ce mystère, que, jusqu'auxiu* siècle, les élément^ les plus persistants de sa représentation ont été ces deux figures du Fils et de la Hère établies en de semblables rapports, et^ue tous les autres personnages étant

éliminés, elles sont quelquefois demeurées seules pour dire ce qu'il fallait dire.

Nous annonçons dès à présent que cette étude comparative devra amener à reconnaître que la peinture de la basilique primitive de Saint-Clément à Rome, donnée depuis sa découverte comme représentant l'Assomption, représente plttôt l'Ascension. Les critiques éminents qui ont adopté une autre opinion souscriront, nous en sommes persuadé, à la nôtre, s'ils veulent bien prêter une attention spéciale à l'ensemble des faits qui la motivent*. /

Il serait prématuré d'entrer main tenant plus avant dans cette question : et nous nous contentons de faire remarquer qu'on a emprunté à la représentation du mystère particulier de l'Ascension ainsi traité, des éléments parfaitement appropriés à l'idée d'une glorification à titre général pour le divin Sauveur : tels sont la Vierge en Orante, et les deux Anges placés , la première au*dessous, les deux autres à droite et à gauche du buste de Notre-Seigneur émergeant des nuées, dans la mosaïque de Saint- Venance (T. 1, pi. vu). Saint Pierre ensuite et même saint Paul, placés aux côtés de Marie, vu l'esprit de concentration admis alors dans l'iconographie chrétienne, pourraient représenter le Collège apostolique; mais les autres saints personnages qui les suivent au nombre de quatorze, six sur la voûte absidiale , huit accostés à l'arc triomphal , sur le mur de face, composent une cour céleste^ bien plutôt qu'ils ne se rapportent au gouvernement de TÉglise en ce monde.

On peut voir encore un souvenir de l'Ascension dans la mosaïque du Triclinium de Léon III , ou du moins on y verra une réminiscence de la scène qui la précéda, lorsque Notre-Seigneur adressa aux Apôtres ces paroles rapportées par saint Matthieu : Euntes ergo^docete omnes génies, etc., inscrites précisément au-dessous de la composition. On remarque, en effet, que, conformément à ce texte d'un verset précédent du même Évangile : Undecim autem discipuli abierunt in Galilœam^ in montem ubi çonstituerat illis Jésus 2, on n'y voit que onze Apôtres, et saint Pierre mettant immédiatement à exécution cette parole : Euntefi, a déjà fait un mouvement pour partir. Quant à Notre-Seigneur, ces dernières paroles : Etecce ego toàiscum sum omnibus diebus^ usque ad consummationem sœculi , par les-

{. Nous reproduirons, dans notre T. IV, cette peinture curieuse qui déjà a été publiée par Mozzoni {Tavole delta sioria délia Chiesa, ix« siècle, p. 108). La sainte Vierge s'y trouve surhaussée de toute sa baulenr au-dessus des Apôtres, par Tefiet d'une disposition accidentelle, d'où est venue* la méprise. Mozzoni cependant convient que les avis sont partagés entre TAssonoption et l'Ascension. (Note 9.)

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