‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 210 sur 216 · Apocal., Y · texte numérisé non relu

Apocal., Y

T)nt été rendus tout à la fois, en différentes parties d'un môme ensemble de composition, comme se rapportant également à l'image principale du Sauveur dans la gloire. Dans les mosaïques de Saint-Cosme-et- Saint-Damien (T. I, pi. iv) et de Sainte-Praxède à Rome , par exemple , au sommet de Tare triomphal, l'Agneau se trouve, parle fait de cette position et de son entourage d'anges, de candélabres, d'animaux symboliques et des vingt-quatre vieillards, plus exalté encore que là où^ placé sur la montagne, mais daAs la partie inférieure de la mosaïque absidiale, il est plus dans le sentiment du soin qu'il prend de nous ici-bas.

Son entourage tout céleste est lui-même, on le voit, emprunté à la vision de l'Apocalypse. L'objet de la représentation n'est cependant pas de rendre, à proprement parler, cette vision: car, alors, on verrait figurer au-dessus de l'autel le trône divin. On s'est véritablement contenté de lui emprunterdes éléments propres à la glorification du Fils de Dieu. Cela est si vrai qu'au lieu de le représenter sous cette figure d'Agneau, la seule dans la circonstance qui soit conforme littéralement au texte , on le fait ailleurs figurer en personne, à la même place, avec le même entourage apocaly[itique en tout ou en partie : telles sont les mosaïques de Tare triomphal à Saint -Paul- hors -les- Murs , et dans la basilique de Sainte-Cécile, aussi à Rome. A Saint-Paul, le buste du Sauveur apparaît dans une auréole circulaire et irisée; à Sainte-Cécile, pour être enfant, et assis sur les genoux de Marie, il n'en est pas moins glorieux. Les^ vingt-quatre vieillards qui figurent sur ces deux monuments avec une similitude tout archaïque, nonobstant les quatre ou cinq cents ans qui les séparent d'exécution, ont été aussi, on le sait , fort employés chez nous au moyen âge, quoique sous des formes très-différentes, pour accompagner l'image de Jésus triomphant, sculptée au sommet des porches de nos cathédrales. Les quatre animaux qui accompagnent latéralement le Sauveur à Saint-Paul, ne se voient pas dans la mosaïque de Sainte-Cécile, dont tout le couronnement est rempli par deux anges et une série de vierges qui, sortant des deux côtés, viennent offrir leurs couronnes au divin Enfant : cet Enfant étant aussi le chaste ETpoux des vierges, et son trône étant le sein de la Vierge des vierges. Hais il est inutile de rappeler leur emploi, devenu pour ainsi dire universel, pour entourer, comme symboles des quatre Évangélistes, toutes les images de Notre-Seigneur, sous quelques couleurs qu'elles puissent être représentées.

Dans la troisième vision de l'Apocalypse, le Fils de Dieu est dépeint dans son triomphe sous les formes les plus belliqueuses. Monté sur un cheval blanc, la tête ceinte d'une multitude de diadèmes, il juge et combat, armé de ce glaive qui sort desa boucheet tranche de toutes parts : alors, il frappe les nations, il les gouverne sous un sceptre de fer, et le nom qu'il porte

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écrit sursAsvétements, est celui duRoi Hcs rois, du Seigneur des seigneurs; ilest suivi de l'armée cplesle desange^. montés comme lui sjir des clipvaui blancs. Qu'on ait essayé de représenter res magnifiques images , ce n'esl pas douteux, Parmi les fresques du xii" siècle qui revêtent la crypte de la cathédrale à Auxerre , on remarque sur la voûte une grande croii gemm^ qui la coupe tout entière, et au centre de laquelle le Christ appa-

Chritt lrioni|ili«iil i etiaval. (ï'reiqus d'Auierre.)

rail monte sur uncbeval hianc, et un sceptre à la main; on le recounaft sans incertitude à son nimbe crucifôre. Dans les cantons de 1» croix, il est accompagné de quatre unges aux ailes éployées, ut aussi montés sur quatre chcvaui blancs '. Autant, il est vrat, i) y a <le mouvement dans la

n equâ all-it. vrilili hyaino ali-u tl

description de saint Jean , autant cette peinture est d'un caractère paisible. Mais il est entendu que le mouvement même du style prophétique, où -chaque expression fait image, où chaque image porte un changement d'aspect, est, en peinture, impossible à rendre littéralement. Le glaive qui sort de la bouche du triomphateur, de ce triomphateur dont personne que lui-même ne saurait dire le vrai nom , mais qui s'appelle le Véridigue et le Fidèle, et aussi le Verbe deDieu^^ c'est le glaive de la parole, cette parole acérée, qui fait tout ce qu'^elle dit, qui pénètre tout ce qu'elle atteint, qui rend certain tout ce qu'elle affirme; principe de vie, elle n'abat chez ceux qui l'écoutent que l'erreur et les mauvais penchants ; et c'est sous le poids même de l'erreur et du vice , ainsi terrassés et confondus, que succombent et reçoivent la mort ceux qui lui résistent et leur* demeurent attachés. Pour résumer tout cet ensemble d'idées en peinture et en sculpture, le glaive sortant de la bouche est un hiéroglyphe de peu d'effet : ce qu'il faut surtout, c'est, dans la figure du Sauveur, une majesté pleine de calme, qui n'exclue ni la plus parfaite douceur, ni la plus grande sévérité; et, si nous ne nous trompons, c'est, avec une valeur d'exécution assurément très-modeste , l'idée qui domine dans la fresque d'Auxerre.

Le motif que nous avons de nous arrêter à cette peinture, au delà, ce semble, de son importance, c'est l'incertitude de la signification des cavaliers posés au frontispice de beaucoup de nos églises romanes, principalement dans notre Poitou^. Ces cavaliers Ja plupart très-mutilés, sont revêtus des insignes de la puissance féodale; quelquefois ils portent un faucon sur le poing, à Parthenay-le-Yieux, par exemple, et ils foulent aux pieds de leur cheval un ennemi vaincu, ordinairement nu et de petite dimension : expressions symboliques d'un état d'humiliation et d'infériorité. Représentent-ils Constantin , le libérateur de l'Église, Charlema^ne^ son puissant défenseur, ou plus spécialement le fondateur du monument? Faut-il y reconnaître saint Martin, saint Georges, ou le cavalier 'du livre (les Machabées, qui, terrassant Héliodore, serait posé là comme une menace contre les profanateurs de la maison de Dieu? Toutes ces idées ont été soutenues : aucune n'a été justifiée, du moins quantaux époques dont

1. Voeabatur fideUi et verax (Apoca!., xix, ii';, et vocatur nome/i pjus : Verbum Dei (XIX, 13).

2. On cite en Poitou, comme offrant t-elle pariicularité , les étatises de Civray, de Saint- Hilaire à Melle, d*Airvuriit, de Parthenay, de Benêt, de Foussais, de Noire-Dame de Poitiers ; en Saintonge, les églises d*Aunay, de Maugé, de Surgères ; ailleurs, Saint-Élienne de Caen, un chapiteau de la cathédrale d*Autun.

il s*agit, et surlout à la généralité des cas. Admettant que la petite figure foulée au& pieds du cheval est une personnification des puissances ennemies, le monde, le démon, le vice, Terreur, le péché, il n'y a guère désormais d'alternative possible, sauf les exceptions, qu'entre d^ux interprétations fort rapprochées Tune de Tautte : ce cavalier représenterait le triomphe de l'Eglise, ou dans la personne du Fils de Dieu , ou au moyen d'un symbole de sa puissanée. Ce qui semblerait donner raison à cette seconde alternative, c'est qu'aucun des cavaliers dont il s'agit n'a conservé de nimbe. L'omission du nimbe crucifère, et même de toute espèce de nimbe sur des têtes du Christ, n'est sans exemple à aucune époque; mais elle était rare alors plus que jamais, et si ces statues avaient été, seulement pour là plupart, revêtues de cet insigne, il serait difficile d'admettre, si mutilées qu'elles soient, qu'aucune d'elles n'en ait conservé de traces,sur le massif de la pierre dont ces têtes étaient détachées. Ces cavaliers ont été placés quelquefois en regard de Samson ou de David terrassant un lion, image *de force, complétant une image de puissance, applicable elle-même au Fils de Dieu et à l'Eglise, sans aller jusqu'à les personnifier. Mais la corrélation est si grande entre des figures ainsi employées comme qualificatifs, et une personnification proprement dite, que facilement nous croirions que l'on a été quelquefois, dans l'emploi (lu cavalier, jusqu'à lui faire représenter Notre-Seigneur en personne: cette supposition est vraisemblable, surtout lorsque le cavalier occupe le tympan principal d'une façade d'église, comme à Saint-Hilaire deMelle,et l'on rentrerait alors parfaitement dans les terfnes du chapitre XIX de l'Apocalypse.

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