‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 211 sur 216 · LE CHRIST TRIOMPHANT EN DES C0ND1TR)NS VARIÉES · texte numérisé non relu

LE CHRIST TRIOMPHANT EN DES C0ND1TR)NS VARIÉES

La figure du Christ triomphant peut aussi se rapporter à son triomphe final, et il n'yaqu'un pas— un pas comme Dieu les fait — de l'Ascension au grand jour du Jugement. L'Ësprit-Ss^int même a pris soin de nous en instruire : il y aura une grande ressemblance entre ces deux événements : Qui assumptus est a vobis incœlum,nc veniet (Act. Ap. 1, 11). L'allusion au Jugement en représentant le Christ triomphant, est selon l'esprit du moyen âge plus (ju'elle n'appartient à l'antiquité primitive; mais, cette observation admise, il faut reconnaître qu'il y a une filiation directe entre les Christs des anciennes voûtes ahsidiales, et la faveur qui fut accordée.

plusieurs siècles après, au Jugement, surtout lorsqu'on se plut à le représenter à la façade des églises.

Quelquefois, soit dans cette situation, soit en des occasions moins solennelles, le partage des bons et des méchants est réduit à des indications si accessoires, que Notre-Seigneur triomphe et règne plus qu'il ne juge. Lorsque les représentations reviennent, avec plus de développement, au grand acte Qnal auquel doivent aboutir toutes les choses de ce monde, leur étude doit être réservée pour trouver place avec celle des autres mystères; nous devions cependant les mentionner ici, à raison de leur double caractère. A l'idée de jugement final s'associe celle d'avènement : sous l'impression qui en résulte, Notre-Seigneur est moins souvent représenté avec le geste de la bénédiction, et il apparaît plus ordinairement étendant les deux bras, comme pour dire: Me voilà (T. 1, pi. vui). Tel il se voit au milieu des douze Apôtres, dans le tympan de l'église de Yezelay ^ monument du xu« siècle.

Le rapport est plus sensible à un autre point de vue, avec l'idée du Jugement, dans les compositions où le Christ triomphant est accompagné de l'Eglise et de la Synagogue personnifiées; ce n'est pas que cette association paraisse dérivée des représentations du Jugement dernier, ce serait plutôt le contraire, car elles les priment dans l'ordre du temps; Mais ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est la propagation sous difiérentes formes de l'idée de partage entre le bien et le mal, entre les hommes et les choses appelés à la droite, et les hommes et les choses rejetés à la gauche, idée qui entrait beaucoup moins dans l'esprit de Ticouographie chrétienne primitive, lorsqu'au lieu d'opposer l'Église et la Synagogue comme ainsi séparées à jamais, on représentait au contraire Jérusalem et Bethléem, les deux cités des Juifs et des Gentils, concourant à former l'unique Église de Jésus-Christ.

L'oppositiun de l'Église et de la Synagogue a été aussi usitée au moins, sinon encore plus, dans les scènes de Crucifiement , conçues d'une manière symbolique, que dans les compositions qui se rattachent aux images du Christ triomphant; c'est que l'emploi de ces figures se rapporte . à une idée absolument commune à ces deux sortes d'images, et d'autaut plus que, dans les premiers crucifix eux-mêmes, on se proposait de célébrer le triomphe du Sauveur à un autre point de vue : point de vue qui ten-

1 De Caumont, Abécédaire d^Arch., p. 194. Â mesure que Ton s'éloigne de la première antiquité , on trouve générdlement plus d'exceptions à la disposition des deux mains : la droite levée et In gauche tenant le livre; le livre pa&se quelquefois dans la main droite (Ivoire de Tuotillon. ix« siècle; Forster, Mon. de fculpt., T. 1, p. 13; Maouscrii de Saiot- Sever, xii« siècle, Bibl. nat. ; Didroo, Ilisi. et Dieu, p. 113].

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dail à prévaloir, lorsque les ligures allégoriques de TÉglise et de la Synagogue prirent du crédit.

De même beaucoup d'autres personnages trouvent aussi bien leur place autour de Jésus dans la gloire, qu'autour de Jésus sur la Croix. C'est pourquoi il y a une grande analogie de composition entre la série d'ivoires publiée par le P. Cahier, dans les Afélanges d* Archéologie, où le Sauveur est dans ce dernier cas, et l'ivoire de Tuotillon , publié par. M. Forster S où il trône au milieu d'une glorieuse auréole. Sur les uns et les autres on voit également, outre l'Église et la Synagogue, le soleil et la lune, la terre et la mer personnitiées, les quatre Évangélistes , et l'on aurait pu aller encore beaucoup plus loin dans la voie des similitudes, sans cesser d'approprier parfaitement aux images principales tous les personnages accessoires.

L'ivoire de Tuotillon est du ix« siècle ; Notre-Seigneur y conserve le type imberbe de l'éternelle jeunesse. Il en est de même dans la composition brodée sur le devant de la dalmatique impériale de Sain^Pier^e du Vatican ; elle serait aussi du ixe siècle, s'il était vrai qu'elle dût remonter au pape Léon III; faudrait-il au contraire en faire descendre l'exécution jusqu'au xii^ et même au xiii" siècle, comme l'a pensé M. Didron?Nous ne saurions baser un jugement sur les seules données iconographiques pour fixer l'âge du monument, vu la persistance des types dans les écoles byzantines auxquelles il est dû probablement. Dans tous les cas, cette riche broderie, l'bbjet le plus précieux qui ait paru à l'Exposition faite à Rome, à l'occasion du Concile, en 4870, revient à notre sujet du Christ triomphant, auquel nous la comparons en des termes qui ne sont pas sans analogie avec l'ivoire. Ces paroles : « Venez , les bénis de mon Père , posséder le royaume qui vous a est préparé depuis la création du monde d, écrites en grec sur le livre tenu ouvert par le Sauveur, invitent aussi à la comparer aux compositions où il apparaît plus absolument comme juge. Ici il n'est pas juge, il est rémunérateur ; aucun coupable n'apparaît devant lui pour être condamné ; mais seuls, les élus sont déjà en possession de leur récompense, et rangés par groupes en demi-cercle dans la partie inférieure d'une zone constellée qui lui sert d'auréole, et dont le demi-cercle supérieur est rempli par les Anges , mais de telle sorte qu'au sommet de cette zone, une place soit réservée pour la Croix et les autres instruments de la Passion, glorifiés et accompagnés du sdleil et de la lune. Plus immédiatement autour de Jésus, et débordant les contours du cercle intérieur qui lui est réservé, s'avancent la sainte Vierge et saint Jean-

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