Monum. delà scuipt en AU., T. I. p
Baptiste, à sa droite et à sa gauche, et les quatre animaux évangéliques au-dessus et au-dessous de chacun d'eux. Notre- Seigneur lui-même est assis sur l'arc-en-ciel, les pieds posés sur des roues ailées et ocellées qui représentent les trônes angéliques, la main droite levée, d'un geste qui proclame une chose comme étant faite, et qui ne peut se confondre avec celui de la bénédiction, de l'autorité ou du discours; ces paroles écrites en grec à côté de sa tête : « Jésus-Christ, la Résurrection et la vie», achèvent de donner le sens de ce magnifique ensemble : c'est là le règne du Christ au sein de la béatitude éternelle. Le sein d* Abraham et le bon larron, représentés dans les angles inférieurs laissés libres, en dehors de la zone constellée, sur un sol chargé de fleurs et d'arbustes verdoyants, viennent encore affirmer avec plus d'insistance que nous sommes en paradis. D'Âgincourt a publié un retable à volets orné de peintures grecques du xni« siècle, dont le panneau central * offre une composition identique, quant à la substance, avec celle de la dalmatique impériale; mais les sujets représentés ensuite sur les deux monuments , quoique de part et d'autre en rapport avec cette composition principale, ne sont plus du tout les mêmes. Sur le dos de la dalmatique, la Transfiguration montre le triomphe de Notre-Seigneur sous une autre face. La communion donnée par lui à ses Apôtres^ tour à tour sous les espèces du pain et sous les espèces du vin, dans deux représentations réparties sur les deux épaulières,nous parait être corrélative à ces paroles:» Je suis la Résurrection etiavie », et vouloir dire que c'est par la réception de son corps etde son sang, qu'il communique en effet à ses fidèles la r/îsurrection et la vie. Quand on est arrivé au moyen âge, au lieu de voir le Christ triomphant représenté pour lui-même, et tout le reste de la composition principalement à cause de lui, on s'aperçoit que, dans beaucoup de cas, l'idéeraère est tout autre. Avant de mieux nous expliquer par des exemples précis, nous nous arrêterons encore à certaines images oèi Notre-Seigneur triomphé pour son compte personnel, mais en des conditions différentes, et moins pacifiques que dans les compositions absidiales demeurées le type de toutes celles que nous leur avons comparées jusqu'ici. Dans ces compositions, il n'a plus d'ennemis: ils sont tellement vaincus, qu'aucun d'eux ne saurait plus paraître en sa présence. Quand les idées de jugement, de partage etde réprobation,vienuent à s'exprimer, les puissances adverses se montrent, mais le combat est fini; quand le Sauveur foule au pied l'aspic et le basilic2,on peut dire que lecombatdure encore, bien que.
1. D'Agincourt, Peinture, pi. xci, iïg. 3, \t. Voir dans les Ann. arch., T. 1, p. 15Î, la composition priueipale Uh la dalmatique impériale. i. Super aspidem et baàlucum ambuhbis, el eoneulcabis leonem et draeom m \*>. xr., 13).
m GUIDE DE CkRT CHRÉTIEN.
l'on en voie l'issue. Cet i^tat de lutte victorieuse, mais enfin de lutte, n'eût pas paru convenabje pour la solennelle majesté des frontispices principaui ; mais sur des monuments de moindre importance, comme étaient les ivoires sculptés, on voit que, dès l'antiquité chrétienne, le leite du psaume xc avait servi de thème ans artistes. Sur une couverture d'évangéliaire moulée par la Société d'Arundel (n* 26], où la figure imberbe est un indice d'antiquité ou d'influence antique, le Cbrist foule aux pieds d'uQ air décidé, d'un pas ferme et vigoureux, le lion et le dragon.
Cbriil Toalint aux pieds la Udd et le dragon. (Itoire du Valiein.)
l'aspic OU le basilic. Ou les voit également sous ses pieds ou près d'y passer k leur lour, sur un autre ivoire de m6me catégorie ou d'une époque probablement encore antérieure, qui appartieiil à la Bibliolbù(]uu
CHRrST GLORIFIE PAR LKS ANGES
JÉBVS TRIOMPHANT. 445
du Vatican ^ ; il y met moins d'action, mais l'exaltation de la victoire s*y fait non moins sentir. Au xiii^ siècle, le lion et le dragon se retrouvent au
portail de la cathédrale d'Amiens, sous une statue représentant Notre- Seigneur dan^ un sentiment d'ailleurs plus placide, sinon plus pacifique*.
Sur rivoire du Vatican, le Christ est accompagné de deux anges, saint Michel et saint Gabriel, sans aucun doute, placés sous deux arcades latérales. Nous publions (pi. xxii) ^ la partie centrale d'un bas-relief italien de la fin du xv* siècle, où Notre-Seigneur est glorifié par les légions sans nombre des chœurs angéliques. Saint Michel est à leur tête, car il n'y a que ce prince des milices célestes que Ton ait pu représenter les dominant toutes de ses larges ailes, et rendant à lui seul au divin triomphateur un témoignage si solennel. L'auréole même qui entoure plus immédiatement le Sauveur est formée de chérubins. Est-il réputé sortir du tombeau? sa nudité presque complète donnerait lieu de le supposer; on pourrait croire aussi qu'il monte au Ciel ; mais alors même qu'on aurait eu intention de rapporter son triomphe aux circonstances de fait de l'un ou de l'autre de ces deux mystères, ou peut-être à^l'un et à l'autre tout ensemble, le caractère général d'ovation perpétuelle, au milieu de ces splendeurs vivantes, n'en ressortirait pas moins comme le caractère principal de la composition.
LE CHRIST TRIOMPHANT REPRÉSENTÉ AVEC D'AUTRES BUTS QUE SA GLORIFICATION PROPRE.
L'honneur principal rendu à Notre-Seigneur dans les représentations précédentes n'exclut pas l'intention d'honorer les personnages qui l'approchent comme membres de la cour céleste : nous allons maintenant rencontrer d'autres compositions où, le Christ étant également dans la gloire , on s'est proposé principalement de mettre en relief les honneurs accordés à ceux qui sont appelés auprès de lui.
1. Gori, Thei.vet. dypi,,T. 111, pi. iv. Nous reprodaifoos la vignette qa*en • donnée M. Oidron (Hiit. de DUu).
S. Crosnier, Iconographie diréHenne, p. 101. 3. Cette planche a été gfavée d*après une photoyrapkie rapportée de Piae.
Ainsi voilà qu'au ix® siècle , les dons particuliers des clefs et du livre faits à saint Pierre et à saint Paul , entendus de leurs qualités et mérites personnels, priment l'idée des prérogatives générales de l'Église représentées en leur personne. Quelquefois cependant la nuance est difficile à établir, lorsque la composition renferme des symboles applicables à la généralité du règne de Dieu et du triomphé de TËglise , comme sur la couverture en ivoire du psautier de Charles le Chauve , au Louvre, où, au milieu des deux Apôtres, apparaît !a figure allégorique du monde renouvelé. La nuance, au contraire, s'accuse sur un ton prononcé de particularité, dans la mosaïque secondaire du Triclinium de Léon III, lorsque Notre- Seigneur, du haut de son trône, délivre les clefs soit à saint Sylvestre, comme on Ta cru, soit même à saint Pierre, comme nous sommes plus porté à le croire, et à Constantin la bannière de l'empire chrétien. Là ce n'est pas l'intention d'honorer les personnes qui pourrait dominer, mais l'idée particulière du gouvernement du monde par le partage et l'accord des deux puissances, Tune et l'autre déléguées de Dieu, quoiqu'en des conditions diverses.
L'idée se particularise dans une direction toute personnelle, lorsque le Christ triomphant est mis en scène pour couronner des princes, comme l'impératrice Eudoxie et l'empereur Romain Diogène, son époux , sur le bel ivoire de Besançon , maintenant au musée du Louvre ^ ; Jean II Comnène et son fils Alexis, dans une miniature de la Bibliothèque du Vatican 2; Othon III et l'impératrice Théophanie, sur un ivoire du musée de Cluny ; Guillaume P^ roi de Sicile, sur le trône de la cathédrale, à Montréal 3. Alors, si le Christ est représenté dans la gloire, avec les Trônes, les Chérubins sous ses pieds, comme dans une autre miniature publiée par Gori ^ ; si la Justice et la Charité sont ses conseillères, comme dans la miniaturedu couronnement de Jean et Alexis Comnène, les honneurs qui lui sont adressés sont destinés à rejaillir sur ceux que l'on a voulu ainsi donner comme les délégués directs de son autorité souveraine, et il se pourrait facilement qu'à considérer rintention,le culte des grandeurs humaines ait eu plusde part que la piété dans ces monuments. Les princesqui ont voulu dire sans équivoque, dans un sentiment de piété, qu'ils tenaient leur couronne du Roi des rois, et témoigner que leur règne devait être le sien, s'y sont pris d'une autre manière : ainsi Othon le Grand s'est fait repré-
1. Gori, Thu. vet. dypt, T. III, pi. i; Chifles. De Unteis upukraUbus ; Annales archéologiques.