‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 26 sur 216 · De Laterentibus parietiniê, p · texte numérisé non relu

De Laterentibus parietiniê, p

les vertuà cardinales, Alemani la soutient sans restriction, s'appuyant sur la valeur accordée, dans ce sens, au nimbe quartenaire, par les Pères. Il cite particulièrement saint Grégoire, qui compare )a vertu du chrétien, dont ces quatre vertus particulières forment comme les bases, à une pierre ' bien équarrie et assurée par Ih même de demeurer solide, quelle que soit la face sur laquelle on la pose. Papebroke paraît avoir en vue ce passage de saint Grégoire, lorsque, à propos du nimbe quadrangulaire porté par Tabbé Jean (pi. m, fig. 17), dans une miniature où celui-ci est représenté recevant de saint Benoît la règle de son Ordre, il considère cet insigne comme exprimant la fermeté de la foi dans une personne vivante, à la différence du nimbe circulaire de saint Benoît, signe de la vie étemelle dont le saint patriarche est désormais en possession ^.

Alemani invoque encore, à son appui, les vers écrits au-dessous de l'image de Charles le Chauve, au frontispice de la Bible de Saint-PauU hors-les-Murs, où Ingobert, scribe de l'empereur, dit que ces quatre vertus brillent sur sa tête, et que, par leur moyen, il se gouverne luimême et gouverne toutes choses, selon la prudence, la justice, la modération et la force ^ :

Denique se primum tune omnia rite gubemat Prudenter, juste, moderate, fortiter atque.

Cette thèse est soutenue à propos de deux images de Charlemagne, qui portent le nimbe en question : celle du triclinium de Léon (Il (pi. m, fig. 43), et une autre placée dans l'église de Sainte-Susanne, aussi à Rome ; mais précisément la Bible d'ingobert ne présente aucune trace de cet insigne, et les vers se rapportent à quatre figures des vertus cardinales, les plus anciennes probablement qui soient connues.

Il est donc permis de croire que cette valeur symbolique, accordée de bonne heure au nimbe quadrangulaire, ne suffit pas pour en expliquer rorigine;,et la signification primitive.

Le carré, dans les idées de Pythagore, adoptées par les Néoplatoniciens, représente la terre, et le cercle représente le ciel; ces idées étaient familières aux chrétiens, sans qu'ils aient eu besoin de les emprunter à l'antiquité païenne. Que ce soit un des motifs de Tinfériorité où ils ont laissé le nimbe quadrangulaire par rapport au nimbe circulaire, on peut l'admettre facilement, et, l'ayant admis, on comprend que le premier con-

1. &. Bénédicte, ul sternilalem felicem adeplo, capat ambiat circulus, aeternltalis symbolum : Joanni yero, ut adhuc yiventi, quadratum qaid post capnt ait, quo eredilur firmilas fidei, Teint quadro lapide immobiliterniis, repraesentari. {Propyliei de mai, p. LXii.)

2. De Later. pariet., p. 66, 123. — D*Agincourt, Peint,, pi. XL, XLi.

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venait doublement aux personnes vivantes, parce qu'elles appartiennent à la terre et parce que leur vertu n'a pas reçu son dernier couronnement ; mais cette explication ne répond pas non plus à tous les cas, et probablement elle est venue elle-même après coup.

En comparant les diverses formes du nimbe quadrangulaire (pi. m, Gg. 13, 14, 45, 16, 17), on voit qu'il répond successivement, ou tout à la fois, à l'idée d'un cartouche oii d'une tablette eu bois dont l'épaisseur est marquée (fig. 13, 14), ou d'une feuille de parchemin à moitié déployée, (fig. 15), ou d'un diptyque (fig. 16), ou d'une plaque, soit d'ivoire, soit de m^tal, enrichie d'une bordure (fig. 17), ici de perles, ailleurs d'ornements ciselés* : c'est-à-dire qu'il répond à l'idée générale d'un objet propre à recevoir une inscription qui exprimerait la dignité du personnage. En effet, Ciampini a déclaré que son avis, relativement à cette sorte de nimbe, s'est modifié dans ce sens, et il se proposait de publier un certain nombre de figures empruntées à d'anciens rituelsj et tendant à prouver que cet insigne avait, en iconographie, à peu près la valeur que nous accordons à la tiare du Pape ou à la mitre des évéques ^. Cette signification, d'ailleurs, explique, sans les exclure, toutes les autres pensées qui, d'après ce qui précède, s'attachent au nimbe quadrangulaire.

On peut remarquer que, dans les mosaïques du xiii^' siècle, à Saint- Jean-de-Latran, à Sainte-Marie-Majeure, les personnages correspondant à ceux qui, dans les mosaïques du ix®, sont désignés par ce nimbe, c'està-dire les Papes et les Évéques qui vivaient lors de l'érection du monument, portent à sa place la tiare ou la mitre. En effet, le règne du nimbe quadrangulaire fut de peu de durée, et il ne parait pas s'être étendu beaucoup en dehors de l'Italie; l'importance que lui accorde l'évéque de Mende est due probablement aux monuments anciens qui le lui mettaient sous les yeux, à Rome, où il passa une partie de sa vie et où il a sou tombeau, bien plus qu'aux exemples qu'il en aurait vus se produire de son temps et surtout dans son pays.

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