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Vet. mon., T. II, p

34 GUIDE DE l'ABT CHRÉTIEN.

partieDt uniquement. Au xiv® siècle, ils rattribuèrent avec assez de constance aux figures allégoriques des Vertus. Dans les fresques de Giotto, à Assise, où il a représenté les Vertus de saint François^ la Pureté, la Force, la Pénitence , la Pauvreté , la Prudence , l'Humilité portent le nimbe pentagone ou hexagone ; celui de TObéissance seul est à quatre pans, mais posé en losange. Les nimbes des Vertus sculptées par Benedetto da Maiano, sur la chaire de l'église de Santa-Groce, à Florence, ont jusqu'à dix pans. Il ne parait pas d'ailleurs que l'on ait attaché une signification particulière au nombre de ces divisions. Il arrive aussi que les pans, au lieu d'être rectil ignés, sont plus ou moins concaves, chacun : ceux de la chaire de Santa-Croce le sont légèrement. Un tableau placé dans la nouvelle galerie des anciens maîtres italiens, au Louvre {n^ 170), oflfre l'exemple de deux nimbes octogones dont la concavité est plus prononcée ; ils ne sont plus attribués à des figures allégoriques de Vertus, mais à Nicodème et à Joseph d'Arimathie, dans une Descente de croix, où tous les autres personnages portent le nimbe circulaire. Gette double cir* constance servira d'ailleurs à nous faire comprendre la signification du nimbe polygonal. G'estle nimbe circulaire, diminué par des coupes et des échancrures. Gette diminution, étant régulière, exprime une idée de bien, mais d'un bien un peu moindre ; nous ne nions pas non plus qu'il n'ait pu s'y mêler une certaine combinaison des idées attachées au nimbe carré.

Le nimbe polygonal n'a pas été distribué avec la pensée de retrancher quelque chose aux personnages réels ou fictifs qui en ont été gratifiés, mais avec le désir de les assimiler aux Saints, mêlé d'une certaine crainte de le faire sans distinction. Nicodème et Joseph d'Arimathie, il n'y a pas de doute, ont droit aux honneurs dus à la sainteté^ ; mais, comme on ne dit pas usuellement «saint Nicodème, saint Joseph d'Arimathie» , quoiqu'il soit parfaitement permis de le dire, c'en est assez pour expliquer la tid^idité du peintre, dont l'œuvre, pour ce motif, a fixé notre attention. De même.

i. Un article publié par Mgr Barbier de Montault, dans les Antialet archéohgiquet ^ T. XXV, p. 167, en nous confirmant dans la pensée de la sainteté canoniquement reconnue de Joseph d^Arimathie, nous avait imprimé des doutes relativement à Nicodème ; mais Dom Chamard est venu k notre secours , dans une note publiée , Revue de VArt Chrilien , juillet 1868, où il a prouvé que le culte de ce dernier était lui-même parfaitement établi dans TÉglise. En effet, Nicodème est inscrit au martyrologe romain : Mgr Barbier de Montault l'a reconnu {Annales aréhéoL T. XXVII, p. 82) ; il n*y a plus de controverse quct sur le plus ou moins d*extension de son culte. On remarquera, quant au nimbe, que Joseph d'Arimathie et Nicodème ont généralement partagé le même sort ; souvent ils ne sont pas nimbés. 11 ne nous a pas paru rare, cependant, qu'ils aient le nimbe circulaire : Tezemple cité, où le nimbe polygonal leur est attribué, est le seul que nous connaissions personnellement.

Baffalmaco OU Pierre d'Orvieto, dans la scène du Crucifiement^ au Campo- Santo de Piee, ont donné un*nimbe octogone au centurion qui reconnaît la divinité du Sauveur.

Aa contraire, nous avons aussi remarqué au musée du Louvre ( n^ 49 delà nouvelle galerie) un autre tableau où Eve est couchée aux pieds de la Vierge, en face du serpent qui se dresse près d'elle et porte lui-même une figure de femme. Mise en opposition avec la Mère du Sauveur, la mère du genre humain, qui fut l'auteur de sa chute, a reçu un nimbe polygonal, mais à pans irréguliers, et terminé imparfaitement, parce qu'il doit exprimer la déchéance.

Quand, au xm siècle, les artistes italiens adoptèrent le nimbe polygonal pour les figures allégoriques des Vertus, ces figures commençaient seolement à se répandre : on ne leur ôtait pas le nimbe circulaire, car elles ne l'avaient pas. Giotto, dans les fresques de TArena do Padoue, n'a nimbé, parmi les Vertus, que la seule Charité : il lui a donné le nimbe circulaire, et ses compagnes ne portent aucun nimbe. Quand donc toutes les Vertus ont reçu le nimbe polygonal , c'est qu'on voulait leur rendre an honneur qui leur manquait, les proclamant saintes, tout en les distinguant des Saints proprement dits : leur sainteté, en effet, est telle que l'on a parfaitement le droit de leur en attribuer Tiusigne le plus complet. Cependant, à titre .de distinction, la pratique, usitée longtemps chez nos voisins, d'un nimbe spécial pour les êtres de raison , mériterait à notre avis d'être relevée et de prendre une place définitive dans l'iconographie chrétienne.

Nous n'en dirons pas autant, soit du nimbe en losange, soit du nimbe en triangle, attribués à Dieu ]^ Père ^, jugeant qu'il est bien préférable de s'en tenir au nimbe crucifère. Dès le uv*» siècle, l'influence du mouvement naturaliste s'était fait sentir pour le rendre moins fréquent , principalement en Italie, même par rapport au Dieu Sauveur : cette tendance eut surtout pour effet d'en faire perdre le sens général , applicable aux trois Personnes divines; et beaucoup d'artistes dès lors, — Giotto au Campo. Santo de Pise, Benozzo Gozzoli , dans le même lieu^ pendant le siècle suivant,— n'ont jamais donné à Dieu le Père que le nimbe simple. Raphaël fut fidèle, plus qu'aucun autre peintre de son temps, à maintenir le nimbe crucifère sur la tête du Christ, jusque dans ses derniers ouvrages,

i> Qaant an nimbe carré que M. nidron a cru appliqué an buste qui représente non pas i^ le Père, mais le Christ, dans la mosaïque de Saint-Jean de Latran , nous croyons que c'est noe méprise. Nous n*avon8 rien observé de semblable ni sur Toriginal , ni dans les plsnehes de d'Agincourt ou de Fontana, Chieu dt Roma; jnais on le remarque sur d'autres gnvares, et cela est venu, nous le pensons, de Teffet produit par les petits carrés de la mosaTqse, TUS en cerUins jours, (nidroo, ïe,éh,âe Dieu, p. 69}.

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les cartons d'Hamptoncourt , par exemple (pi. ii, fig. 14); il en transmit l'usage à ses disciples, comme le prouve la Flagellaiion de Jules Romain, dans la sacristie de Sainte-Praxède, à Rome ; néanmoins, il ne revint pas, quant à Dieu le Père, sur une tradition dont la chaîne était rompue. Dans la fresque de l'église de Saint-Sévère, à Pérouse, qui servit de prélude à la partie supérieure de la Dispute du Saint-Sacrement^ Dieu le Père ne porte également que le nimbe simple. Avec son tactexquis, le grand artiste sentit cependant qu'il fallait une distinction pour toute figure divine, et , dans la Dispute du Saint-Sacrement elle-même , il eut recours au nimbe en losange. 11 y avait des précédents, car M. Didron en a publié un d'après une miniature italienne du xiv« siècle ^.

Il faut remarquer que, par la disposition de ses angles y cet insigne afTecte quelque corrélation avec certains rayonnements cruciformes qui ont remplacé quelquefois le nimbe proprement dit, principalement» mais non pas uniquement, sur la tête du Christ >, et nous admettrions sans difficulté qu'il en dérive, avec une signification d'universalité, plutôt qu'à titre d'aucun souvenir de la rédemption.

Le triangle appliqué comme nimbe à la tête de Dieu» est encore une idée italienne et une idée toute moderne ; pris isolément, il est une image assez heureuse de la sainte Trinité ; rayonnant et renfermant le nom sacré de Dieu, il peut convenablement exprimer l'idée divine en général : mais il est plus facile de critiquer son emploi comme nimbe que de le justifier.

Trinité. (Fresque du Mont Alhos.)

a Le nimbe triangulaire ou bi-triangulaire, dit M. l'abbé Crosnier,

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