ORIGINE DU NIMBE
Le nimbe est un signe iconographique, de forme ordinairement circulaire, qui enveloppe^ la tète et représente la lumière; confondu avec la couronne , sous le même nom , par un certain nombre d'anciens auteurs, il en diffère toujours en ce point, qu'au lieu de reposer comme elle sur la tète , il est réputé suspendu autour d'elle. Le nimbe et la couronne ont d'ailleurs cela de commun, qu'ils expriment l'un et l'autre une idée de dignité, et il n'est pas absolument rare que, réciproquement, on ait employé l'un de ces emblèmes pour signifier le genre de dignité dont l'expression est devenue propre àl'autre. Aujourd'hui, il ne doit plus demeurerd'équîvoque: la couronne est le signe de la royauté^ le nimbe celui de la sainteté. Si Ton attribue quelquefois la première aux Saints, c'est que véritablement ils régnent dans les cieux; et s'il était encore permis de gratifier les princes du second , il faudrait qu'on le fit pour exprimer la sainteté du caractère qu'ils tiennent de Dieu ; mais, si la chose a été permise autrefois , il importe d'observer la règle reçue désormais , de réserver le nimbe uniquement pour les Saints canoniquement proclamés tels par l'Église. Autre , en effets dans une langue, est la question d'origine et d'étymologie , autre la signification définitive des termes.
Le nimbe a été en usage même chez les peuples de l'antiquité profane , et depuis l'ère chrétienne , au sein du paganisme , quand il n'était pas encore ou qu'il était peu usité dans TÊglise. Il nous parait superflu d'entrer en discussion sur les diverses opinions émises quant à son origine : quelles que soient les circonstances accidentelles qui aient pu avoir une influence à son égard , quand le nimbe a pris racine et qu'il s'est propagé comme signe de la divinité ou de quelque haute puissance dérivée d'elle,
c'est en raison de la double signification attachée partout et toujours à la lumière et à la tête humaine. Que le soleil personnifié ait paru avoir plus spécialement des droits à le porter, qu'on le lui ait donné quand il a été représenté sous le symbole du phénix ^ : le principe admis, rien ne doit paraître plus naturel. L'on s'explique également bien que le nimbe ait pris alors , soit la forme rayonnante , soit la forme sphérique , le soleil qui rayonne étant un globe lumineux » et cette dernière forme , féconde elle-même en idées , étant aussi propre à la tête.
Il ne parait pas cependant que, hors des représentations propres au soleil, la pensée principale ait été , par l'attribution du nimbe, de revêtir, en quelque sorte, les personnes, de cet astre, source de la lumière : le nom même de nimbe semble indiquer une nuée lumineuse , qui en réfléchit seulement les rayons. "*
Quand les chrétiens ont commencé à se servir du nimbe , ils l'ont fait en rhouncur de Celui qui a dit de lui-même, qu'il était la lumière; et si, d'une part, ils ne pouvaient ignorer l'usage qu'on en faisait* dans le monde social au milieu duquel ils vivaient , on se demande , de l'autre, si , pour se l'approprier , ils n'avaient aucun besoin de ces exemples : la sainte Écriture est pleine d'expressions figurées, relatives au rayonnement de la tête : la gloire de Dieu , dans l'Exode , dans Ëzéchiel , se manifeste par une splendeur physique, par un feu ardent^; l'Ancien des jours, dans la vision de Daniel , laisse échapper de sa face un fleuve de feu ^ ; la comuta fociet ^ de Moïse n'a pas une autre signification ; Vimmarcessi- Mis gloriœ corona promise par saint Pierre, le soleil donn^ pour vêtement dans l'Apocalypse, sont évidemment des allusions à la même image B. Il est très -concevable, cependant, que les chrétiens aient emprunté au langage symbolique de leur temps, la forme particulière du disque, pour exprimer des idées puisées dans leur propre fonds. Quand ont-ils commencé à le faire ? Aussitôt probablement qu'ils ont pu honorer publiquement la pe^8onne du Sauveur dans son image , c'est-à-dire au vf^ siècle, et on n'a pas de preuves qu'ils l'aient fait auparavant.
Le nimbe se rencontre sur un assez bon nombre de fonds de verre à figures dorées, trouvés dans les catacombes: Marangoni, principalement,
1. Le S* Tolume de la Rama soîtéranea, de M. de Rossi, nous a fait connattre (p. 313) quelques exemples du phéoix nimbé dans les catacombes chrétiennes. Quand nons parlons pins loin *dn premier usage du nimbe parmi les chrétiens, nous Tentendons de son application à des Sgures humaines.
S. Exode, XXIV, 17 ; Ezech., viii, 2, 3; ix, 3; x, t.