DISPARITION DU NIMBE
En parlant des transformations du nimbe , nous ayons toujours eu en vue, comme le maintenant ou s'y substituant, des traits vifs s'adressant à l'esprit par l'idée qu'ils lui donnent, bien plutôt qu'ils ne produisent sur les sens l'impression de la chose qu'ils expriment , soit qu'ils conser- Tent des contours arrêtés, soit qu'ils les remplacent par des lignes rayonnantes. A ces termes cependant ne s'arrêta pas le désir de conser- Ter la pensée du nimbe , combiné avec le progrès réalisé dans l'art pour imiter la nature. Un clair sur le fond du tableau , une nébulosité vague, un effet naturel dfe lumière : telles se produisirent, cbez divers peintres des xYi*, xyn® et xvui® siècle, les dernières réminiscences du nimbe. On 86 demandera si le résultat que ces artistes se sont proposé en recourant à de pareils moyens, ne devait pas être leur but légitime. Puisque le nimbe exprime l'idée d'un éclat lumineux, ces hommes qui avaient acquis par le charme de leur pinceau le pouvoir de créer le jour et les ombres , de donner la vie à des formes inertes , de faire avancer , fuir et mouvoir les parties inflexibles d'une surface sans profondeur ni saillie , ces magiciens , comme on les appelle , n'avaient-ils pas le droit de jeter au rebut tous les étais et toutes les lisières de l'enfance, et de marchera la conquête du vrai et du beau, par la seule puissance de l'imitation ? Tous voulez une idée de lumière, ils la rendront avec de la lumièrel... Tentative louable , si l'on y voit la pensée de conserver les restes d'un honneur rendu aux Saints; prétention chimérique si on croit, par ce moyen, ne leur en rien laisser perdre. Ce n'est qu'à force d'artifice, avec la bienveillante complicité de mon imagination, que vous réussissez à produire quelque illusion sur mes sens, à me faire accepter pour la lamière d'un flambeau le pâle éclaircissement de vos teintes : et vous Toalez , par les mêmes procédés , vous tenir au niveau où s'élève mon
esprit lorsqu'il conçoit une lumière et un couronnement céleste? La lumière des corps glorieux est au-dessus de toute idée comme de toute imitation terrestre : par un signe on peut la dire, par aucune image on ne saurait la rendre; le nimbe est le signe qui la dit ; à ce titre , il est supérieur à tout eSet de lumière sensible ; l'amoindrir , c'est retrancher quelque chose de l'honneur que Ton rend aux Saints; le supprimer, c'est les réduire iconographiquement aux conditions vulgaires du commun des hommes. Or, l'expérience prouve que ces lueurs incertaines qui le rappellent sans le remplacer , sont un acheminement vers sa suppression complète, s'ils ne proviennent d'une tendance à le réhabilUer.
Effectivement , les rigueurs de l'imitation naturelle ne permettent pas même de représenter les Saints entourés d'une lumière qui ne se faisait aucunement apercevoir sur leur tète pendant leur vie, pas plus que les disques et les linéaments imaginés anciennement pour en exprimer l'idée. Tout au plus, à ce point de vue^ aurait-on le droit de les plonger dans une lumière exceptionnelle, quand leur glorification, leur élévation dans les cieux fait le sujet direct 'du tableau; et c'est aussi à quoi se sonf bornés la plupart des peintres du dernier siècle, dans l'application qu'ils leur ont faite de ce genre d'honneur.
Tout ce que Tartiste chrétien peut cependant demander légitimement, eu égard aux progrès de l'imitation naturelle, c'est que le nimbe ne le gène pas dans le degré de développement qu'il a dû accorder à cette imitation, selon le caractère de son ouvrage. Or, pour cela, il est uo moyen bien simple, applicable à tous les cas : il suffit que le nimbe soit ramené à sa transparence primitive, et qu'on lui conserve seulement assez de consistance pour qu'il soit saisissable à première vue, à l'égal de tout autre signe employé pour indiquer les dignités de ce monde : soit qu'on le forme uniquement de lumière, si l'on veut, en imitant l'effet vif et tranchant produit par la réverbération d'un miroir, ou bien qu on le fasse, pour la couleur, à l'imitation d'un de ces blancs flocons de nuages, d'une de ces brumes légères irisées par un rayon de soleil.
Nous n'entendons pas proscrire, d'ailleurs, toutes les autres formes du nimbe : il peut très-convenablement être orné, bordé, strié, perlé, chargé de rinceaux toutes les fois qu'il entre dans une œuvre décorative, — orfèvrerie, verrière, broderie, émail; — dans la haute peinture, en le faisant transparent, on se met hors du besoin de le rendre mobile, de l'obliquer, de le ramener plus ou moins vers la forme horizontale, pour éviter l'obstacle qu'il eût opposé à la vue et la contrainte qu'il eût apportée à la composition, s'il fût demeuré inflexible et opaque ; mais cette mobilité esttolérable si l'artiste la préfère, pourvu qu'il évite et ces linéaments prêts
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i s'évanouir, et ces lourdes coiffures : deux excès opposés, prévenus également de la pression exercée sur la conformation du nimbe par le naturalisme. II faut qu'il n'ait rien de ridicule, ni de vulgaire, et qu'il frappe assez vivement l'attention pour que, à la vue du tableau , la pensée du chrétien soit avertie de la présence d'uu Saint , avant que l'amateur ait pu jouir des merveilles que le pinceau aurait su y répandre.
DE l'auréole.
Le nimbe remplissant le rôle principal dans Tordre d'idées auquel il appartient, nous ne parlons de l'auréole qu'en seconde ligne. M. Didron a dit que le nimbe était l'auréole de la tête, et l'auréole le nimbe du corps ^: l'exposé des faits montrera ce qu'il y a de juste dans cette double définition, et les réserves qu'elle comporte. Les termes mêmes de nimbe et d'auréole^dont nous nous servons pour distinguer les deux choses, ont été souvent confondus; le Dictionnaire de l'Académie donne exactement la même signification à ces deux expressions, les définissant Tune et l'autre : « Cercle de lumière que les peintres et les sculpteurs mettent autour de c la tête des Saints b. Tous les Dictionnaires que nous avons sous la main s'accordent pour entendre dans ce sens le mot auréole '. Effectivement, si on s'en tient à Tétymologie, l'auréole demeurerai]; propre à la tête : auréola est le diminutif d'ai/r^a, adjectif qui, dans l'acception
dont il s'agit, employé substantivement, tire sa valeur du mot corona^ originairement sous-entendu. L'emploi que fait saint Thomas de ces mots ottrea, auréola^ est de nature à faire disparaître toute espèce de doute. L'ourea, à la rigueur, serait une couronne d'or; mais, par une transition facile, on dut l'entendre promptement d'une couronne en général, et littéralement Yaureola aurait été une petite couronne ; c'est dans cette acception que saint Thomas prend ces deux termes, pour exprimer métaphoriquement ({es pensées tout intellectuelles. Sous le nom à^aurea^ il entend parler de la gloire et de la béatitude commune à tous les Saints, et par l'auréole attribuée aux Martyrs, aux Vierges et aux Docteurs, l'honneur partictilier qui revient en outre à chacun de ces ordres de