‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 32 sur 216 · TerUa partU Summœ iufiplementum, queslio xcvi · texte numérisé non relu

TerUa partU Summœ iufiplementum, queslio xcvi

DU NIMBB. 47

Dographie a repris une nouvelle existence dans Tordre des choses sensibles.

La définition de a rAcadémie » et des autres Dictionnaires qui n'ont pas distingué le nimbe de Tauréole, est insuffisante, même pour le temps cil elle a été écrite. Ils auraient dû faire apercevoir que le mot d'auréole exprime une idée plus générale que celui de nimbe : le nimbe est l'auréole de la tète, il est permis de le dire rigoureusement; il n'est pas aussi exact de dire, au contraire, que l'auréole soit le nimbe du corps, quoique cette manière de parler puisse servir à mettre en évidence la corrélation des idées. Le nimbe, en effet, est à la tête ce que l'auréole est au corps tout entier ; mais, de sa nature, il lui demeure exclusivement propre, tandis que l'auréole est susceptible de se restreindre ou de s'étendre davantage : elle peut se borner à la tête, elle peut embrasser tout un groupe de personnages ; mais lorsqu'elle est bornée à la tête, pour plus de clarté nous ne lui donnons plus que le nom de nimbe.

Il arrive ainsi que , relativement aux étymologies, les rôles sont complètement intervei'tis ; le nimbe, nuée lumineuse, devient une couronne; l'auréole, couronne d'abord et même petite couronne, s'étend de la tête à tout le corps et peut aller jusqu'à embrasser plusieurs corps comme le ferait une nuée lumineuse. Il serait naïf de s'étonner de ces entre-croissemeats : on témoignerait par là n'avoir aucune idée de la fortune des mots; mais il n'est pas moins utile de s'en rendre compte, pour bien com* prendre la mesure de leur signification.

L'auréole iconographique, telle que nous l'eutendons, la seule dont nous ayons à parler désormais, n'est pas exclusivement de la lumière émanant du corps qu'elle embrasse ; elle n'est pas non plus exclusivement une enceinte réservée, une atmosphère privilégiée, ni une nuée lumineuse qui l'enveloppe comme venant du ciel. Elle est tout cela et quelque chose encore ; elle est quelquefois formée des zones de l'arc-en-ciel, pour dire en d'autres termes tout ce qu'elle exprime de céleste. Nul doute que Dieu n'ait été quelquefois renfermé dans l'auréole, comme représentant les cieux qu'il habite, quand elle prend la forme circulaire de la voûte élhérée.

Les esplîts célestes sont aussi chargés souvent de dessiner ses contours, ou d'en peupler le champ dans toute son étendue^ de sorte qu'on peut dire : une auréole de chérubins^ une auréole de nuées, une auréole de lumière ; elle peut prendre la forme sphérique, ou devenir elliptique, polylobe, etc.

Dans les mosaïques de la nef, à Sainte-Marie-Majeure, la nuée qui enveloppe Moïse et Aaron, pour les sauver de la fureur populaire, après la mort de Goré, Dathan et Abiron, prend une forme qui lui donne la

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ressemblance d'une auréole ^ On pourrait en déduire une donnée favorable à l'idée de nuée, lorsque Tauréole revêt une forme analogue; effectivement les plus anciennes auréoles elliptiques bien caractérisées que nous connaissons, s'observent sur trois des fioles de Monza, dans le sujet de V Ascension (vi^ siècle) \ puis, dans celui de la Transfiguration, repré* sente en mosaïque au sommet de l'arc triomphal de l'église des Saints- Nérée-et-Aquilée, à Rome (vm® siècle) 3. II ne faut cependant attacher qu'une importance très-secondaire au rapprochement que l'on peut faire entre ces auréoles et la circonstance des nuées qui enveloppent Notre- Seigneur lors de la Transfiguration et de l'Ascension : à prendre les données dans leur ensemble, l'idée première de Tauréole sembleritit être celle d'un encadrement honorifique ; elle serait elliptique ou circulaire selon que l'image est prise en pied ou en buste ; ce sont des bustes quQ l'on a voulu d'abord encadrer, et, par c^tte raison, nous rencontrons des auréoles circulaires, avant d'en trouver d'elliptiques.

La mosaïque de l'arc triomphal, dans l'église de Sainte-Sabine, à Rome, exécutée sous le pontificat de saint Célestin ^J^ (421-432), offrait à son sommet une figure de Christ renfermée dans un encadrement circulaire : encadrement qui se trouvait répété de chaque côté dans tout le parcours de l'arc, autant de fois que l'espace le comportait pour contenir un pareil nombre 'd'autres figures, parmi lesquelles les Apôtres, sans aucun doute, passaient en première ligne ^. On ne peut pas dire qu'un pareil cadre, en de telles circonstances, ait rien de l'auréole ; mais que l'image du Christ seule soit ainsi encadrée, comme elle le fut peu d^années après, au sommet de l'arc de Placide, dans la basilique de Saint-Paul-hors-les- Hurs, où elle est accompagnée de nuées, au milieu desquelles sont suspendus les quatre symboles évangéliques et les vingt-quatre vieillards de rApocalypse,qui lui offrent des couronnes^: alors on pense inévitablement à l'auréole, et lorsque l'encadrement est divisé en zones irisées, comme il parait l'avoir été à Saint-Paul, le doute n'est plus possible.

1. Num,, xvi, |3 : Giampini, Vet. mon,, T. I, p. 220, pi. lxi.

2. On sait que ces fioles, d*uii métal analogue à Tétain, venues originairement de Palestine et destinées à contenir de l^huile des Lieux saints , avaient été envojées à la reine Théodelinde, pleines d'huiles recueillies à Rome près des lombes des Martyrs. (Mozzini , TavoU chron. délia ttoHa délia Chiesa, vue siècle, p. 77-84.)

3. Ciampini,Fe^ mon.f T. Il, pi. xxxvii. M. Didron s^est mépris, lorsqu'il a cru reconnaître l'auréole elliptique sur le sarcophage qui sert d'autel, dans la chapelle du Saint-Sépulcre à Saint-Trophime d'Arles ; ce qu'on pourrait prendre pour l'auréole est le dossier du siège épiscopal sur lequel le Christ est assis : on voit le hras de siège qui se trouve reproduit Qg. 5 de notre planche ii.

i. Ciampini, Vet. mon., T. I, pi. XLVii.

5. Nicolai, BasiUea di san Paolo, pi. vii; Giampini, Vet mon., T. 1.

DU NIHBE. 49

On observe dans les mosaïques du vie au ix« siècle, recueillies par Ciaroptui, une succession d*écussons cirQuIaires renfermant aussi le buste du Christ et participant tour à tour ou tout à la fois de ces deux caractères: ou le simple encadrement, ou Tauréole^. La môme observation s'applique aux monuments où l'image du Christ est remplacée par une figure qui le représente : à Sainte-Marie-Majeure (v* siècle), c'est l'autel du saint sacrifice surnoontéde la croix; à Saint-Cosme-et-Saint-Damien, c'est l'agneau apocalyptique ; dans la mosaïque absidale de Saint-Apollinaire in Classe, à Ra venue (vi» siècle), ôii la croix est substituée à la figure du Sauveur, dans un ensemble de composition dont tous les personnages se rapportent, d'ailleurs, à la Transfiguration, on ne peut refuser au grand cercle constellé qui renferme celte croix, l'idée que nous attachons au terme d'auréole^. Ce monument, par son sujet, nous ramène à la mosaïque des Saints-Nérée-et-Aquilée, où la Transfiguration est également représentée, et avec celle-ci nous revenons à l'encadrement elliptique. Un second exemple de cette forme est donné, au ix* siècle, par la mosaïque de Sancta Maria in Dominica à Rome ^ ; on y voit de même le Christ en pied, quoique non plus debout, mais assis sur un arc qui partage le champ de l'auréole; cette circonstance fait disparaître toute hésitation et autorise pleinement à la nommer ainsi.

Si l'on compare, d'ailleurs, les différentes figures dont nous venons de parler, soit que le Sauveur y apparaisse en personne ou qu'il y soit représenté par divers signes deia réde^mption, avec d'autres monuments ob Notre-Seigneur figure dans des compositions analogues, soit suspendu sans intermédiaire au milieu des nuées du ciel *, soit assis sur un globe ^ soit siégeant sur un trône ^, on se convaincra de plus en plus que l'encadrement circulaire, ou elliptique, des anciennes mosaïques, quelle que soit sa première signification, en était venu à exprimer précisément l'idée de glorification suprême que nous accordons à l'auréole. Aussi, dans tous ces monuments, est-ce un honneur uniquement propre à Notre-

1. Siampinî, Vtt. mon,, T. H, pi. xviii , xxxm, xzxvi, XLViii. Voir dans noire pi. ii, 6g. 8, un encadrement de buste, qu*on pourrait appeler crucifère. Ce nom, dans tou« les cas, pourrait être donné i des encadrements analogues que Ton observe sur les fioles de Monza , de telle sorte que le nimbe et Tauréole semblent 8*y confondre par des nuances insensibles.

1 Ciampini, Vti. mofi.,T. H, pi. xxiv. L'auréole circulaire, dans cette mosaïque, est d*une étendue sapérieure de beaucoup â celle que la gravure de Ciampini lui attribue.

3. Ytt. mon., T. 11, pi. xuii; d'Âgincourt, Peinture, pi. xvii, fig. 15.

i Fel. mon., T. II, pi. xxxr; d*Agincourt, Peint., pi. xvii, fig. 1. Oratoire de Saiot-Venance pîis Saint.Jean de Latran.

5. Ytl mon. ♦ T. I , pi. lxxvi , T. H, pi. xrx , xxvii ; d'Agincourt , Peint. , pi. xvi , fig. 2. Sainte- Agathe- des-Goths, Saint-Laurent-hors- les -Murs. Saint-V>tal à Ravenne.

^- Vtt.mon.f T. U, pi. xli; d'Agincourt, p). xvii, fig. 12. Aix-Ia-Ghapelle.

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eigneur Jésus^Christ : les autres Personnes divines, qui auraient droit à le recevoir, n'y étant pas ou n'y étant qu'accessoirement représentées par leurs symboles.

II faut remarquer cependant que cette valeur suréminente tient, dans de telles circonstances, à la position de l'auréole, plutôt qu*au fait de l'encadrement.

Les mosaïques monumentales nous ont montré le commencement de l'auréole dans l'art chrétien ; les diptyques nous éclaireront sur sa marche subséquente : il suffit d'observer ceux qui ont été réunis par Gori, pour la voir apparaître sous les formes et dansles circonstances les plus variées. Elle est toujours employée principalement pour glorifier Notre-Seigneur Jésus-Christ, représenté dans le sentiment général de son triomphe et de la rédemption. Quand l'art aborde cependant la représentation des faits historiques, elle trouve naturellement sa place dans le sujet de l'Ascension plus que dans aucun autre. Un ivoire du ix® siècle, que nous avons vu à Rome dans la bibliothèque Barberini, et les tablettes en mosaïque du baptistère de Florence, en offrent deux exemples. Dans l'un et l'autre, le Christ étant assis, l'auréole prend la forme circulaire qui s'adapte le mieux à sa figure; ils ont aussi cela de commun que cette auréole est soutenue par des anges, disposition qui rappelle d'autres sujets plus anciens où, soit la croix, sgit une figure en buste du Christ lui-même, sont ainsi portées en triomphe par les esprits célestes dans un écusson circulaire ^, et la même disposition a été ensuite fréquemment répétée avec l'auréole elliptique ^.

L'auréole de l'Ascension, d'ailleurs, était dans des conditions spécialement favorables pour revenir à l'idée de nuée lumineuse, et l'on s'explique que les différentes idées qui ont concouru à établir l'usage et le sens de cet insigne se soient ainsi confondues.

Quand le Christ descendant des cieux vient, au contraire, reposer sur la terre, si on lui donne une auréole, ce doit être plus naturellement une auréole de lumière; nos petites mosaïques du baptistère de Florence nous en offrent un exemple : il se trouve au-dessous de Y Ascension^ dans un compai*timen^6pnsacré à la mort de la sainte Vierge , et où l'on voit Notre-Seigneurqui vient recueillir Tâme de sa divine Mère. Une miniature ruthénienne du xi^-siècle, publiée par d'Agincourt, offre la même parti-

1. Gori, Thés. vel. dypî., T. III, pi. vn, vni, xxii; Ciampini, Vet. mon,, T. II, pi. xix, xx, XXI ; d*Agincourt, pi: xvi. Peinture, fig, 10. 12.

2. D'Agincourt, Peint,, pi. xxvii, Li.— Les fioles de Monza, où Taoréole est soulevée par des Anges, rentrent dans cette donnée.

cularité dans les mêmes circonstances ^ ; dans les deux compositions, Tauréole du Sauveur est rayonnante.

On ne voit point que Tauréole ait été attribuée à Notre-Seigneur dans les conditions ordinaires de sa vie mortelle, à la différence du nimbe qui le suit partout, et suit de même tous ceux qui ont droit à le porter : le nimbe se rapportant surtout au caractère, et l'auréole à la situation. L'auréole est une image plus directe du ciel; celui qui en est revêtu est réputé habiter actuellement le séjour de la béatitude; et s'il la conserve lorsqu'il en descend, c'est qu'il entraîne avec lui une continuation ou un rejaillissement de son atmosphère glorieuse.

EXTENSION DE l' AURÉOLE.

Il est dans la nature de l'auréole, que THomme-Dieu ne la porte pas toujours; il n'y a de raison, au contraire, pour la refuser, en aucune circonstance, au Père et au Saint-Esprit, qui n*interviennent jamais dans les choses de la terre que par une intervention céleste : et cependant on ne la leur a pas toujours attribuée, parce qu'elle exprime en même temps, parce qu'elle exprimait surtout dans l'iconographie primitive, une intention de glorification directe, et que les images de ces deux Personnes divines, simples emblèmes, ne jouent dans l'art chrétien qu'un rôle secondaire, et sont conçues en vue des vérités que l'on peut exprimer par leur moyen, nullement à l'effet d'un honneur ou d'un culte qu'on voudrait leur rendre. On a généralement attribué l'auréole au Père et au Saint-Esprit , lorsque , des deux idées qu'elle renferme , — l'idée de chose céleste et l'idée de glorification, — cette dernière qui avait primé l'autre, a été primée par elle à son tour.

L'auréole , si on la considère comme exprimant la glorification suprême, est propre à Dieu ou aux emblèmes qui le représentent à l'eiclusion de toute créature : elle a été néanmoins légitimement communiquée à la sainte Vierge , parce que sa signification n'a jamais été filée d'une manière si absolue qu'elle ne pût s'appliquer aux prérogatives exceptionnelles de la Mère de Dieu, et, par le fait de cette communication même, ou en a déterminé la valeur, justement dans le sens qui l'autorise.

^- D'Agioconrt, Peint, Lxxxn.

Sa GUIDE DE l'art CHRÉTIEN.

Il faut d'ailleurs remarquer qu'à Tépoque où l'usage de ce signe de la gloire céleste se répandit, Marie, hors des circonstances de sa vie mortelle , — circonstances ausLquelles le signe en question n'était pas applicable , — n'était guère représentée sans son divin Fils : elle le portait enfant sur son sein, pour exprimer le premier <le ses titres, celui de Mère de Dieu , ou bien elle était accueillie par lui au séjour de Téternelle béatitude. '

Dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure , oii le couronnement de la très-sainte Vierge fait le sujet principal de la grande mosaïque absidale , Marie est assise à la droite du Christ qui la couronne, et renfermée avec lui dans une grande auréole circulaire et constellée. Dans les mosaïques extérieures du frontispice, œuvre du xin« siècle coipme la précédente, l'histoire de la fondation de la basilique et du Miracle des Neiges qui lui donna lieu, est représentée par une succession de scènes où Marie apparaît au pape Libère : dans toutes ces apparitions, au nombre de trois, une semblable auréole embrasse encore Jésus et Marie, avec cette différence que, dans les deux premières, Jésus est enfant sur le sein de sa Mère, et, dans la troisième, dans la maturité de l'âge à côté d'elle. On voit, d'ailleurs, comment se vérifient, dans ces circonstances, les observations que nous avons faites sur l'emploi de l'auréole , comme exprimant une glorification ou une intervention céleste.

Marie n'a jamais droit au nimbe crucifère, parce qu'il se rapports à l'essence divine; mais elle est entrée en participation de toute glorification extérieure appartenant à son divin Fils : il est donc de la saine logique et selon la bonne théologie, de ne pas hésiter à lui en accorder le signe, bien qu elle i)e soit pas visiblement accompagnée de Jésus. 11 n'est pas probable que, le cas se présentant, aucune hésitation ait jamais eu lieu en effet, et il serait superflu de montrer par des exemples multipliés, la facilité avec laquelle Tauréole est devenue l'un des privilèges de Marie ; il est bon seulement de rappeler le Jugement dernier d'Orcagna, à Pise, où elle se trouve à côté du souverain Juge, non plus dans la même auréole que lui, mais dans une auréole semblable.

Nous avons parlé dans la supposition que l'auréole exprimait la glorification à ce degré supérieur qui, en propre, appartient exclusivement à Dieu, et n'a été donné en participation qu'à la sainte Vierge. Cependant l'auréole a été quelquefois attribuée à des Saints : est-ce par une erreur répréhensible, ou bien la signification de cet insigne aurait-elle été en réalité moins absolue que nous venons de le dire? Ceci demande une distinction. La valeur suréminen te del'auréole, nous l'avons déjàentrevu, tient principalement à la position que l'auréole occupe au point culminant de ces compositions habituelles aux hautes époques, et qui se rapportent à

l'Eglise prise dans sa généralité, ou même à TuniTersalité des choses créées, ou qui du moins impliquent quelques idées de ce genre ; alors il est yrai qu'elle ne saurait convenir qu'au Roi des cieux ou à la Reine des Anges et des Saints.

Mais lorsqa'on a voulu honorer les Saints, d'un culte plus personnel, et qu'il s'est agi de les représenter plus spécialement dans l'état de béatitude, il serait trop sévère de condamner les artistes qui leur ont accordé une sorte d'auréole, et l'ont fait de manière qu'il ne puisse y avoir de confusion entre l'honneur qu'on leur rend et celui qui, dû à Dieu, a pu, par un privilège unique, être transporté à la sainte Vierge.

Il est de9 âmes bienheureuses, représentées par de petites figures humaines, qui ont reçu l'auréole, comme en guise de vêtement. H. de Caumontcû a publié un exemple, d'après un chapiteau roman de l'église de ' Bouqueville^ oii l'auréole est supportée par des Anges qui transportent une âme au ciel, malgré les efforts des démons pour s'en emparer ; dans dételles conditions, quelle confusion serait possible?

Au Campo-Santo de Pise,dans la Mort de saint Renier y peinte par Antoine le Vénitien, tandis que le corps du Saint demeure sans vie au milieu d'une foule désol^ée, on voit son âme portée par quatre Anges dans une auréole lumineuse qui les enveloppe tous ; le groupe céleste a déjà dépassé le faite de la cathédrale, et il s'élève doucement aaplus haut dfô cieui.

Dans les tableaux suivants, oii le même peintre a représenté les miracles opérés par l'intercession du Saint, après sa mort, il l'a fait apparaître autant de fois suspendu dans les airs^ au milieu également d'un rayonnement lumineux qui forme une auréole régulière ; et, par ce moyen , il distingue ces figures de celles oii saint Renier, encore vivant, est représenté avec les mêmes traits et le même vêtement.

Ce procédé iconographique semble justifié par son utilité; d'ailleurs, on ne pourrait critiquer tout au plus que la précision des contours de l'enceinte lumineuse, constituant comme un attribut déterminé d'une signification supérieure au simple rayonnement : car il est certain que ce rayonnement appartient à tous les corps glorieux, et que l'on peut à plus forte raison l'appliquer aux âmes en possession de la gloire céleste. Cette distinction n'est pas inutile : l'artiste chrétien en peut faire son profit, et une sorte d'auréole formée de rayons d'une longueur inégale.

1. OeGaDmont, Abécédaire, p. 902, édit. de 1859; StatUHque monumentale du Calvado$, T. I.

lui sufiBsant pour exprimer autour des Saints leur état de béatitude, il réservera pour Dieu et la sainte Vierge l'auréole aux formes mieui déterminées, et par ce moyen il en rehaussera comparativement le prix. Procédé analogue à celui qui , faisant du nimbe le signe absolu de la canonisation, réserve un moindre rayonnement de la tête pour les simples bienheureux.

Le nimbe et Tauréole, tels que nous les avons définis, sont des figures iconographiques aux formes arrêtées; ils ont la signification d'un effet lumineux, mais sans viser expressément à son imitation. Nous avons cru, au contraire, selon l'usage le plus ordinaire, devoir réserver le terme de gloire^ pour un éclat de lumière, conformé réellement selon les lois de sa diffusion, soit qu'on le répute émané du corps auquel on prétend attribuer cet honneur, soit qu'on suppose celui-ci placé dans l'axe du plus vif . rayonnement produit par un autre corps lumineux. En conséquence, nous ne pouvions, malgré l'autorité de M. Bidron, considérer la gloire comme un type générique qui comprendrait, à titre de variétés distinctes, le nimbe et l'auréole.

La gloire, telle que nous la concevons, s'est produite, au contraire, pour remplacer le nimbe et l'auréole^ lorsque, sous l'influence d'un esprit d'imitation trop absolu, ils furent délaissés jusque dans les œuvres les plus évidemment appelées par leur destination , — les tableaux d'autel , par exemple, — à élever l'âme, au moyen des sens, au-dessus de toute impression sensible.

Tous les rayonnements plus ou moins dérivés du nimbe et de l'auréole, sont des sortes de gloire; l'un et l'autre de ces insignes peuvent aussi s'associer à la gloire, ou en étant plongés dans son atmosphère lumineuse, ou la renfermant au contraire dans leur enceinte.

Parmi les signes et les attributs destinés à glorifier Dieu, les Saints et les choses saintes, d'une manière analogue au nimbe, à l'auréole, à la gloire, il faut encore compter les jets de flamme qui s'échappent de la tête ou du corps, les astres qui reposent sur eux. Le Beato Angelico manque rarement, indépendamment du nimbe, de projeter une petite flamme sur la tête de ses anges. Giotto, dans les fresques de l'Arena, à Padoue, groupe trois de ces flammes sur la tête de la Charité, d'où elles s'élancent en forme de croix, par dessus le nimbe et la couronne royale que porte également cette sublime Vertu : de sorte que, arrachant d'une main son cœur pour l'offrir à Dieu, emportant de l'autre d'un air empressé les aliments destinés à nourrir les pauvres, si elle est doublement embrasée de l'un et de l'autre amour, elle est triplement couronnée.

Od a souvent représenté, sur le front de saint Dominique, l'étoile qui y apparut lors de son baptême : symbole prophétique du rôle que ce grand Saint devait remplir dans TÉglise. Le soleil repose sur la poitrine de saint Thomas d'Aquin; l'étoile a été surtout attribuée à Marie, — cette bienheureuse étoile de la Mer, cet astre de la douce espérance, — soit qu'elle plane au-dessus, soit qu'elle soit jetée sur son épaule. Mais ce sont là des attributs particuliers, destinés à trouver place lorsque Ton s'occupe spécialement de l'iconographie de chacun des Saints auxquels ils sont applicables, et nous devons nous contenter en ce moment de les indiquer d'une manière générale.

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