SIGNES SYMBOLIQUES DANS LES CATACOMBES
Le principaux signes symboliques observés dans les catacombes, sont le poisson, l'oiseau , l'agneau, la palme, l'ancre , le navire , le vase , la croix de forme plus ou moins dissimulée ^. Ces ligures ont toutes pour trait commun de se rapporter au Sauveur et à l'union du chrétien avec lui: au salut, par conséquent, à la rédemption en tant qu'opérée ou obtenue.
1. M. deiBassajns de Richemont, dans sec Étudei sur le$ Caiacombei, in-S», Paris, 1870 (p. ÎI3) a fait an exposé de la signification et de l*emploi de ces signes, qne nous ne pournoDsqae répéter nous-méme, si nous n'étions obligé , sur ceUe matière en parliculier, de ooiu restreindre â des limites plus étroites encore que les siennes.
60 GUIDE DE l'art GHEÉTIEN.
Le poisson est, par excellence, Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur, selon la signification de l'anagramme que forme le mot grec 'ix^yt , poisson. Le poisson est souvent associé avec le pain, pour rappeler le mystère eucharistique ; la plus remarquable de ces associations a été rencontrée dans Tun de ces plus anciens cubicula de la crypte de Sainte-Lucine , qui remontent au commencement du n^ siècle , sinon à la fin du i«' , où une corbeille remplie de pain et d'un verre plein de vin est deux fois représentée reposant sur un poisson^.
L'ancre a été de tout temps un symbole d'espérance : le navigateur sur les mers aspire toujours au mchnent où il pourra , en jetant l'ancre, fixerson navire dans le port. Elle est devenue spécialement le symbole de l'espérance chrétienne, depuis que saint Paul s'en est servi , comme comparaison , pour exprimer toute la fermeté de cette espérance 2; de sorte que l'ancre , rapprochée du poisson , équivaut à ces mots : spes in ChrUtOy spes in Deo^ spes in Deo Christo , espérance en Dieu , en Jésus- Christ, — souvent répétés dans les inscriptions chrétiennes. Il arrive aussi qu'au lieu d'un seul poisson avec une ancre , on voit deux poissons de chaque côté de cet emblème : dans ce cas, les poissons sont des fidèles vivant dans l'espérance du salut, d'autant mieux qu'alors, la traverse de l'ancre représente la croix et rappelle elle-même le Sauveur 3. Ailleurs on ne voit bien qu'un seul poisson, mais ce poisson est pris à la ligne et ainsi lié avec l'ancre : il représente donc encore le fidèle et ses saintes espérances^. Si Jésus-Christ, en effet, est un poisson , les fidèles sont aussi de petits poissons, nageant avec lui dans les eaux de la grâce, plongés dans les eaux baptismales, ou péchés dans la mer de ce monde, pour passer avec lui sur la table du festin céleste : nous citerons, avec M. de Rossi, Tertullien qui appelle les chrétiens de petits poissons à l'image de T'x^vf , Jésus-Christ , nos piseiculi secundum <x^vf nostrum Jesum Christum s.
De même, Notre-Seigneur étant l'Agneau divin, les chrétiens sont à leur tour des agneaux et des brebis, les brebis de son troupeau quand il devient |iasteur; et notez que l'agneau lui-même est quelquefois représenté avec les attributs du pasteur^. Quelquefois les brebis se voient sans
1. De Rossi , De ChristianU Monumenlû i^Ow exhibentibus, SpicU^ Soles, y T Hl, p. 546. Roma totUranea^ T. I.tay. vui. Nous avons reproduit celte figure, T. I, pi. ur, fig. 3.