BoldeUi, p
en reproduisant la frise de l'autel de Yaison, un exemple derunion desftmes avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, représentée par deux colombes placées en présence du monogramme sacré, :^ accompagné de l'A et de a. Nous reproduisons maintenant (page suivante) la face de l'autel de Saint-Victor à Marseille, où douze colombes représentent ou les douze Apôtres, ou plus expressément Tuniversalité des âmes fidèles dans les mêmes conditions. Dans la frise latérale de ce monument, d'autres colombes sont représentées becquetant des grappes de raisin. Image de l'Eucharistie d'autant mieux caractérisée, queues ceps de vigne d'où pendent ces fruits précieux sortent d'un vase central ^
Autel de Saint-Victor, face latérale.
Plus loin, nous retrouverons les deux colombes perchées sur la croix (pi. IV, xv) comme étant l'arbre de vie, le lieu de leur repos ou le gage de leur espérance finale. A Noie, elles étaient disposées en cercle, au nom* bre de douze, autour de l'auréole qui aurait renfermé la croix, si, comme nous le supposons, c'est le sens qu'il faut attacher au mot corona dont se seii saint Paulin. II dit expressément que ces colombes représentaient les douze Apôtres :
Gui coronae sunt corona apostoli. . Quorum figura est in columbarum choro '.
Au xm* siècle, elles ont été encore distribuées en pareil nombre sur les branches de la croix, dans la mosaïque de Saint-Clément à Rome. Dans la suite, nous verrons que les âmes des Saints ont souvent apparu sous figure de colombe.
Sur l'autre face de l'autel de Saint-Victor, on voit les douze brebis corres pondant aux douze colombes, avec cette seule différence qu'au lieu dumonogramme sacré, au milieu d'elles apparaît l'Agneau divin, sur la mon tagne d'où coulent les quatre fleuves. Que Notre-Seigneur soit représentépar son monogramme ou par l'agneau^ c'est toujours au fond la même idée; il nous semble cependant qu'il y a, entre ces deux modes de repré-
1. Les vignettes que nous reproduisons, ont été d*abord publiées dans la Revue de PArt chrétient T. I, p. 456, avec un commentaire plein d*intér6t du R. P. Dassy.
DES SIG^RS SVMBOLlQOeS EK «toÉBAL. 67
sentation, cette nuance: que l'Agneau sur la montagne exprime plus particuliëremenL l'idée de sa présence au sein de l'Eglise ob se perpétue le divin sacrifice, comme les figures des brebis se rapportent à l'élat présent des fidèles ; tandis que les figures des colombes se rapportant plutôt à leurs âmes, le monogramme, dans cette circonstance , représenterait Notre-Seigneur comme étant l'objet de leur possession finale.
Les brebis apparaissent fréquemment sur les sarcophages, dans les mosaïques absidiales et sur beaucoup d'antres monuments- Quand l'espace le permet d'ailleurs, on les a volontiers portées au nombre de douze. Il y a une telle corrélation entre l'idée des fidèles et celle des Apôtres, considérés, quand ils apparaissent sous figure de colombe et de brebis, comme leurs types, leurs modèles, leurs prémices, que leur signification dans ces deux acceptions nous paraît ordinairemenl simultanée : sans exclure ce qui, suivant les circonstances, peut faire pencher préférablement vers l'une ou l'autre. |
La pensée dominante dans l'art chrétien, pendant gles deuxou trois sièclesqui suivirent immédiatement la jf conversion de Constantin, était celle du triomphe et 7 de l'expansion du christianisme. Surl'autel deSaint- a *. Yîclor, elle est très-nettement exprimée par les pal- -Z, miers qui s'élèvent derrière les colombes , et c'est à S la rendre que tendront désormais tous les signes giconographiques qui conserveront ou prendront de -g' la faveur. On remarquera aussi que c'est principa- ^ lement dans les différentes . compositions oh le Christ est représenté triomphant, qu'on les trouve réunis : la montagne, le fleuve unique ou les quatre fleuves, lesdeux cités, l'arbre de vie ou le palmier, le phénix, la couronne, le livre sacré, etc., s'agencent chacun k leur place dans les compositions , quelquefois tous ensemble , toujours de telle sorte qu'absents en partie, ceux qui manquent soient encore sous-entendus.
Faible monticule quant au mode de représentation , haute montagne quant à la signification, le premier de ces emblèmes rappelle historiquement
66 GUIDE DB l'art CHRéTIBN.
lout il la fois la montagne des béatitudes, le Thabor, le Calvaire, le mont des Oliviers.tous envisagés par rapport au triomphe final du Sauveur; c'est comme la inontagne de Sion, l'Eglise par conséquent; c'est cette montagne de la vision de Daniel, qui, d'abord simple pierre délachéed'une autre montagne, après avoir renversé la statue aux pieds d'argile, remplit toute la (erre '. Tour à tour le Sauveur y repose, ou en personne, ou sous la figure de l'Agneau, ou par son signe et son étendard, la croix qu'on y voit posée.
Fond (je Terre du Hniëe chrétien, lo Vatioao.
La montagne est la source des fleuves. Quand le fleuve est unique, ce fleuve est le Jourdain , et sur le fond de verre du musée du Vatican d'abord publié par Buonarotti et que nous reproduisons, il paraît en effet sortir du flanc de la montagne ; mais ordinairement on aime mieux montrer qu'il s'étend, et on le répand en large bande comme dans la mosaïque de Saint-Cosme-et-Saint-Damien (T. I, pi. iv) : le fleuve alors représente l'eau de la grâce, l'eau baptismale. Les quatre fleuves figurés par quatre filets d'eau qui s'échappent de la montagne, rappellent les quatre fleuves du Paradisterrestre; et leur signification se rapportant à l'expansioD de la
1. AbteiuuittlUipUdemonte... et peTetuiUttatitam.,.lapi* atOtmnunt magnut eli> pitvil unhvrtom Urram. (Dan , u, 31, 36.)
DIS SIGNB8 SrHBOLtQUKS EN GÉIIÉRAL. 69
doctrine évangt^lique et de ses féconds effets, ils figurent les quatre évangélistes.
Les deux cités, Jérusalem et Bethléem, )s cité des Juifs fidèles à recueillir les bienfaits de la promesse et la cité des Gentils régénérés, sont quelquefois représentées par une simple maison, par une indication de tour'.
Le palmier, dans les représentations abrégées du Paradis, est l'arbre de fie; il ea porte souvent les fruits; il est aussi le signe de la Résurrection. D'après une légende antique, brCklé il renaissait de ses cendres, et telle est sans doute l'origine aussi de la légende du phénix, car leur nom est le même en grec fTvy^ , et le texte du livre de Job traduit en ces termes par ta Vulgate : in niduto meo moriar, et ticut palma muUiplicabo dia , l'a été par d'autres, par TertuUien notamment en ceux-ci : et sicut phcenix multiplicabo dies*. Ëneffet,quand Job,dans la première partie du verset,
Ptlmiers et PUnii.
a parlé de son nid, il semble naturel que, dans la seconde, il se compare i un oiseau plutôt qu'à un arbre ^. Il est digue de remarque que
I. On Toil qna , nit noire fond ât Terre , ellei lont âtûgnim pir eu liglet : lEROSALE, Jmualem ) 6ETLE, Baihléem.
1 Job., nix, IS; Hteaochiut, Commmiaire, ia-fol. Ljon, 1703, p. 230; Hirli^j, Dict. te^il. elM(„p. 53i.
3. Od ■ TB diDi 11 miiHlque de SiiDl-CoiniB et Saiol-Dimien, T. 1, pi. n, on premier tieaple de l'MtaciiUoD do pdmier el du phdDïx. Lx lignelle de celie page en donne plo- Mn anlret; Iw flg. a et i pronflanent de deai urcophigM, publiéi pu Botioj e, de la
70 GUIDB DB l'art GHRÊnEN.
cette image de renaissance et d'immortalité remonte à une si haute antiquité. D'un autre cdtë, leptiénis a été pris pour une image du soleil, qui ne disparaît que pour reparaître, qui ne pâlit chaque année au fond de l'hiver que pour raviver ses feux au printemps : c'est pourquoi il a été si souvent représenté avec un nimbe rayonnant j c'est pourquoi aussi il était pris également chez les païens pour un emblème d'immortalité et de renouvellement. On le retrouve fréquemment sur les monnaies des empereurs , avec ces légendes :
^TliRrOTAS AVGG ; — FEL TEHP BEPARATIO
élemiié (TAugtaie ; heureux renouvellement det tempi ; il est ordinairement posé sur un globe qui porte quelquefois sur le sol, mais le plus souvent sur la main d'une femme dans laquelle on reconnaît l'Espérance <.
11 faut remarquer que le palmier et le phénix, dont la signification était originairement identique, en étaient venus & signifier principalement le premier la victoire, le second la résurrection.
Nous consacrerons des articles spéciaux i la couronne et au livre, k raison deleur importance, de la variétéde leurs applications, de leur retour sous différentes formes et avec diverses significations , à toutes les périodes de l'art chrétien ; avant d'en venir là, nous pourrions encore parler comme d'un emblème propre à celle dont nous nous occupons, de la main divine: il sera plusà propos de lefairequand nous nous occuperons de Dieu lui-même. Hais nous essaierons ici de chercher la signification de deux
. Homms el femme «m pied* du Cbritt, «ur d'tiicieni urtapiinget.
Jîgureshumainesagenouillées,d'un caractère emblématique, — nouspourrions dire aussi d'une physionomie problématique — que l'on voit aux
notslqn* de S*inl-Jein-de-L*lriD ; <f, <1u (ireophage de Véroae;/maatre]f ptltnier «ffeclant la forme d'une colonne dont l'égliM de Siinle-Usrie in Coemedia, i RiTenne. 1. Btudaii, NttmUmalamperla.,T. Il, p. SOS.
pieds du Christ dans quelques-unes des compositions où sont d'ailleurs réunis tous les emblèmes dont nous venons de parler.
Ces deax figures dans lesquelles oh reconnaît à première vue un homme et une femme, apparaissant sur un certain nombre de sarcophages, on a eu l'idëed'y voir Teffigie des personnes auxquelles ils devaient servir de sépulture: il n'est pas impossible, en effet, qu'un mari et une femme, tous deux chrétiens^aient aimé àse voir ainsi représentës,réunisauxpiedsduSauveur; mais évidemment, s'il en est ainsi, c*est qu'ils ont pu se faire l'application d'une pedsée plus générale. Ce n'est pas seulement sur des tombeaux que Ton observe des figures analogues ; on en retrouve soit aux pieds de Notre- Seigneur en personne, soit au pied de sa croix, sur quelques-unes des •petites fioles de mêlai encore conservées dans les trésors de Mouza, oii il nous a été permis de les voir.
Quand, sur ces petits monuments du vi» siècle, on a voulu représenter le mystère accompli sur le Calvaire, au lieu d'attacher Notre-Seigneur à la croix, on Ta représenté triomphant, au-dessus de l'instrument du salut, entre les deux larrons qui subissent leur supplice S ou également au milieu d'eux, se présentant les bras étendus, sans la croix, reportée alors au revers de la fiole sous un arc de triomphe. C'est toujours sur la face principale, soit au-dessous des bras de la croix, soit au-dessous des bras étendusde Notre-Seigneur,queron voit les deux petites figures. L'imperfection de l'empreinte ne permettrait de distinguer si on a voulu représenter un homme et une femme, comme sur les sarcophages , que dans le cas où les figures seraient vêtues, par la différence de vêtements. Or, il parait que plusieurs au moins de ces figures sont nues : ce n^est donc que par analogie que l'on peut les prendre pour un homme et une femme ; mais, cette analogie établie, nous sommes fondés à croire — et leur nudité même contribue à nous y autoriser, — que foncièrement ces figures représentent Adam et Eve , par extension l'humanité entière, et plus spécialement l'humanité régénérée, le peuple fidèle. Au xi« siècle, dans les peintures de saint Urbain alla Caffarella près de Rome^ on a représenté au pied de la croix, non plus à genoux, mais debout, un homme et une femmequi étendent un voile comnîe pour recueillir lesangdu Sauveur ; n'est-ce pas l'écho des représentations précédentes? Au contraire, quand, dans les grottes de TEgersteinenWestphalie, au-dessous A* xm^ Descente de croia?duxii« siècle, sculptée dans la roche vive, Adam et Eve attendent leur délivrance, entou-
1. Mononi, Tavolt cronologiehe deîla storia deUa ChUtay in-i^ 1861, p. 84. Nous reprodoirons pios loin^deax de ces petits monumeats (pi. xvn), lorsque nous parlerons des premiers eraeifix.
1 MozzoDi. 1866, p. 125.
rés de serpents, ne voit-on pas qu'il s'agit d'un tour nouveau de l'imagination, quoique dans un ordre d'idées analogue ? Il a peu de rapport avec l'antiquité primitive quant au mode de représentation, mais il semble se rattacher aux figures d'Adam souvent représenté seul au pied delà croix pendant tout le moyen Age ^