‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 43 sur 216 · Bogio, p · texte numérisé non relu

Bogio, p

Si

ce:

dansBosio une inscription où Tâme d'un enfant, Respectus, mort & Tâge dedix'buit mois, est représentée en Orante dans une couronne ^.

L'emploi de la couronne se propagea beaucoup, à partirde Constantin, et principalement pour honorer le Vainqueur divin. Elle renfermait le monogramme sacré qui le représentait sur le Labarum et constituait la partie la plus saillante de cette enseigne *; sur divers sarcophages oii la croix occupe la place d'honneur, elle la surmonte dans les mêmes conditions. Sar l'un de ces sarcophages, déjà publié dans les Annales archéologiques, d'après une photographie que nous en avons fait faire à Rome, et que nous reproduisons pi. iv , elle est en outre suspendue au-dessus de toutes les autres compositions destinées à rappeler les circonstances delà Passion avec une pensée de triomphe: à tel point que cet insigne de victoire est substitué à la couronne d'épines entre les mains des soldats qui vont la déposer sur la tête du Christ. Un peu plus tard, on la voit fréquemment au-dessus de lui, soit qu'où l'ait représenté triomphant, ou attaché à la croix avec la pensée du triomphe; alors elle est ordinairement tenue par la main divine; dans la suite, elle le sera aussi quelquefois par des Anges.

Sur un grand nombre de fonds de verre à ligures dorées, elle est posée par Notre-Seigneur lui-même sur les têtes de saint Pierre et de saint Paul ou de quelques autres Saints ; ou bien le Sauveur disparaît, et la couronne seule est suspendue entre ses disciples; des exemples analogues se retrouvent sur beaucoup d'autres monuments. Sur un fond de verre, les deux colombes qui accompagnent souvent les Orantes, placées de chaque côté de sainte Agnès, portent chacune une couronne dans leur l)ec: ne serait-ce pas la couronne de la chasteté et celle du martyre, conformément à ces vers de Prudence :

Duplex corona est praestita martyri Intactum ab omni crimine virginal '.

Nous avons parlé d'un sarcophage d'Arles, où tous les Apôtres rangés de chaque côté de la croix couronnée, ont eux-mêmes chacun une couronne suspendue sur leur tête; sur un autre sarcophage du musée de Latran, six brebis s'avancent, portant chacune une couronne suspendue à leurs livres (voir T. I, pi. v) : c'est pour dire tout à^la fois qu'elles l'ont obtenue <^qu'elles viennent l'offrir à celui à qui elles la doivent. De même, les vingt-

!• Bûiio, p. 505.

1 On en ferra des exemples pi. xvn.

3. Buonarotii, Osservat. topra, frummenUdêvet., pi. xviu ; Garucci, Veiri ornaH, pi. %xn, h' i ; Martigoy, DicL dei Ant. chrét., p. 24 ; Prudence, Pemtêph, xiv, v, 7.

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quatre vieillards de l'Apocalypse, dans les anciennes mosaïques des basiliques, offrent chacun au divin Agneau leur couronne posée pour plus de respect sur les pans de leur manteau (voir T. I, pi. iv, fig. 3). Les Saints quiontrbonneurd'étre présentés au Christ triomphant qui occupela partie centrale de la voûte absidiale dans ces basiliques,lui offrent de plus souvent de même leurs couronnes posées sur leurs mains avec un signe semblable de respect : tels sont les Saints titulaires du lieu, introduits par saint Pierre et saint Paul, et de même saint Théodoredans la mosaïque de Saint- Cosme-et-Saint-Damien. C'est par suite d'une pensée analogue, que les princes adoptèrent l'usage de suspendre devant les autels,leurs couronnes temporelles ou des couronnes votives destinées à les figurer, comme la couronne des rois Wisigoths du trésor de Guerazzar, maintenant au musée de Cluny.

Les couronnes princières, auxquelles nous arrivons maintenant, différent foncièrement quant à la forme et à la matière, des couronnes données aux vainqueurs : celles-ci sont de fleurs ou de feuillages et celles-là d'étoffe ou de métal, tenant plus de la coiffure, passant même facilement du simple bandeau à la coiffure complète. On a fini par les confondre dans l'at- . tribution que l'on en fait aux Saints, et ce n'est pas sans raison que la couronne royale a été employée elle-même comme le signe de leur récompense, puisqu'ils régnent dans les cieux . Mais il n'en est pas ainsi dans l'antiquité chrétienne : l'idée de victoire y domine toujours; d'ailleurs le nimbe étant venu exprimer le couronnement de leur sainteté, il n'est pas besoin d'un autre attribut qui leur soit commun à tous. En faisant reposer la couronne princière sur leur front, dans ce sens général, on se priverait d^un attribut propre à désigner ceux qui ont occupé un rang correspondant

dans ce monde.

Nous croyons en effet que, aux vu% vni* et ix« siècles, c'est eu égard principalement à leur haute position sociale, que sainte Agnès dans la mosaïque delà basilique de sou nom sur la via Nomentanay sainte Catherine et sainte Euphéniie dans les peintures murales découvertes à Saint-Clément, sainte Cécile aussi à Rome, dans la mosaïque de sa basilique, sont traitées en princesses et portent sur la tète des couronnes d'or ^. Sur la tête de sainte Agnès, une couronne de feuillage était en outre suspendue par la main divine; comme d'ailleurs ell^ portait le nimbe, sa sainteté, sa récompense et sa dignité seraient ainsi représentées par autant d'emblèmes spéciaux. II en aurait été de même de sainte Euphémie, dans l'église maintenant

1. Bartolini, Atti del martirio ai ionAgnete, grand in-i», pi. in-foi. Roma, 1858, tav. xiii; Ciaropini, Vei. mon.. T. Il, pi. xxix, ui; Mallooly, Saint-Clément , ia-8*, Roma, 1869, p. 142.

défruîtequ'elle possédait à Rome, si Ton prend pour l'équivalent d'une couronne princière sa coiffure ornée de perles ^

D'un autre c6té,dans les mosaïquesde la chapelle saint Zenon, en Téglise de Saînte-Praxède aussi à Rome, on remarque, sur l'archivolte qui entoure la fenêtre, à la suite de la sainte Vierge qui en occupe le sommet et de deux saints personnages que l'on juge être saint Novat et saint Timothée de la famille de Prudens, huit femmes couronnées, rangées parallèlement quatre par quatre. Il est probable qu'elles représentent d'abord sainte Praxècje et sainte Puden tienne, sa sœur, plus six autres vierges inconnues. Or, on pourrait bien admettre que les deux sœurs fussent couronnées à raison de leur origine sénatoriale ; mais accordera-t-on à toutes leurs compagnes un rang aussi élevé? Ciampini favoriserait cette opinion, en supposant qu'elles étaient toutes de la même famille : nous y verrions plutôt une tendance à couronner la virginité,dans le sens de l'auréole ou couronne spéciale à laquelle les vierges auraient droit, selon la doctrine de saint Thomas d'Aquin.Quoi qu'il en soit, cette pratique ne se propagea pas dans ce sens.

Pendant la même période, nous ne voyons pas que la couronne ait été à aucun titre posée effectivement sur la tête d'aucun homme représenté iTëtatde béatitude. Au vr siècle, dans les mosaïques de Saint-Vital et de Saint-Apollinaire in-Classe à Ravenne *, de Sainte-Sophie à Constantinople ^ Justinien porte le Siemma^ ce bandeau orné de perles qui constituait la couronne particulière des empereurs de Constantinople, et fut adopté, à leur exemple, par beaucoup de princes de l'Occident. Dans la mosaïque un peu postérieure de saint Apo11inaire-le-Neuf, aussi à Ravenne, les Mages sont à leur tour couronnés : c'est le plus ancien exemple que nous en connaissons, et leur couronne est à dents *, Au ix' siècle, dans la mosaïque du Triclinium de Léon ill, compris autrefois dans le palais de Latran , Ck>ustantin et Charlemagne, recevant le premier des mains de Noire-Seigneur, le second de celles de saint Pierre, l'étendard, comme signe de la protection de l'Église qui leur est confiée , sont couronnés chacun à sa manière ^, Tous les personnages couronnés dans ces divers monuments, sont considérés comme actuellement en possession de leur dignité en ce monde.

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