Ciampini, Fal. mon,, T. H
8â GUIDE DE l'art CHRÉTIEN.
qu*îl est le Dieu manifesté, comme ces autres paroles de TEcriture : Venez à moi , vous tous qui êtes dans le labeur et dans la peine, et je vous soulagerai^ inscrites en grec dans une peinture publiée par Gori *, disent qu'il est le divin soulagement de toutes nos misères. Par induction , en conséquence de tous ces exemples, on dira que ces mots : pax voBis , portés sur le livre, dans la mosaïque du Triclinium de Léon lU , ne signifient pas seulement que Notre-Seigneur nous souhaite la paix , qu'il nous Ta donnée en nous donnant son Évangile, mais encore ils nous invitent à penser que Lui-même, il est la paix , comme il est la résurrection , la vie, la voie, la vérité , comme il est, en un sens, tout ce qu'il donne, se donnant lui-même.
Il est donc aussi la loi vivante ; cependant, il est clair que, dans le livre ou le volumen portant ces mots : dominys legeh dat, comme sur le sarcophage du musée d'Arles (n® 38) , auquel cette particularité a valu quelque notoriété , il y aune certaine évolution de la pensée, et qu'elle se porte vers la loi de grâce donnée par Notre-Seigneur en dehors de lui , plutôt que sur le don de lui-même. Après avoir vu le livre demeurer d'une manière fixe entré ses mains , nous allons suivre cette évolution en jetant un coup d'œil sur les importantes compositions [où il donne le livre, ou plutôt alors le volumen, avant de nous rendre compte de sa signification lorsqu'il est simplement porté par ses disciples ou par son Église personnifiée.
YI.
DU LIVRE ET DE SON ATTRIBUTION AUX APÔTRES ET A l'ÉGLISE.
On donne une loi quand on la promulgue, et, la promulgation accomplie, le don est effectué. Ainsi, sur le sarcophage du musée d'Arles, Notre- Seigneur, accompagné de ses Apôtres, tenant son grand lit de justice, le volumen à demi déployé avec les paroles qu'on y lit en disent assez, et il n'est aucun besoin, pour compléter l'expression de la pensée, qu'on le voie faire un mouvement pour s'en dessaisir en faveur de l'un de sesdisciples, comme sur une nombreuse série d*autres monuments.
*Le disciple ainsi favorisé est saint Pierre, reconnaissable souvent à son type de figure, à l'attribution delà croix qui lui est faite, et surtout parce que le rôle qu'il remplit ne peut appartenir à aucun autre qu'au
i. Gori, Thés. vel. dyp.t T. 111, pi. xi.
DES SI&NBS STMBOLIQDBS KN GËflÉlUL. 83
Chef de l'Église : il ne s'agit pluà alors seulement de promulguer la loi , maisdelui encontier, comme tel, le dépâtet l'interprétatioa infaillible. En cela, il est aussi considéré comme le nouveau Moïse, et le don sacré qaj lui est ordinairement fait sous la forme d'un voJumen déployé, l'est aussi quelquefois sous celle d'une tablette, pour mieux rappeler les tables de la loi que reçut le prophète. Cette tablette porte ces mots : L» DOKWi, sur un fragment de verre chargé de figures dessinées au irait, trouvé à Ostie dans un enfouissement du v* siècle, et publié par M. de Rossi : nous le reproduisous.
Terra pni. {HnU do Vaticio.)
Un des sujets souvent répétés, principalement dans les sculptures des UTcopbages, aux tv* et v* siècles, est le don de la loi fait à Hoîse même par une main divine. Pour peu que l'on soit familiarisé avecrespritdericono graphie chrétienne à cette époque, on aura bientôt soupçonné, envoyant «»e figure, que la pensée ne doit pas s'arrêter à la loi de préparation puisqu'elle doit aller jusqu'à son accomplissement; et Moïse fera songer i saint Pierre. Cette intention devient à peu près évidente sur l'un des nrcopbages publiés par Bosio ', aux angles duquel on observe les quatre
<■ Bmm, Aom m»., f. 60.
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représentations suivantes : le don de la loi fait à Moïse, la prédiction du reniement de saint Pierre, la multiplication des pains , en présence d'un seul autre personnage qui, à n'en pas douter,est encore le chef des Apdtres, et le rocherfrappépar Moïse,considéré mauifestcmentdanscesujet comme représentant saint Pierre , dont le nom est substitué au sien au moins sur deux fonds de verre à Ggures dorées.
Le vo/umen déployé qui, le plus souvent, est donné à saint Pierre, porte aussi quelquefois des inscriptions. Sur le fond de verre conservé au musée du Vatican, publié d'abord par Buonarotti, et que nous avons reproduit (ci-dessus, 5, p. 68), sont demeurées ces lettres invs, qui terminaient probablement le mot Dominus. Dans la mosaïque de Téglise de Sainte-Constance, Tinscription est entière et ainsi conçue : dominvs pagbm dat, et elle est suivie du monogramme ^^ c'est à dire que Notre-Seigneur donne tout à la fois sa loi et sa paix : sa paix au moyen de sa loi ; et en lui tout est contenu : sa loi et sa paix.
Le livre ou le volumen entre les mains de l'Ëglise, figurée par Susanne, personnifiée plus généralement par une femme , et les scrinia^ placés à côté d'une Orante, qui également la personnifie, doivent avoir la môme signification, à de faibles nuances près, qu'attribués à Notre-Seigneur en personne ; les différences qui existent entre ces diverses figures doivent venir en grande partie du livre même. Les scrinia sont placés à côté de rOrante, parce que sa position ne lui permet pas de porter le livre; ou bien elle quitte son attitude de prière, pour prendre à la main cet emblème de toute vérité.
Passé de ses mains ou de celles de Notre-Seigneur en celles des Apôtres et des autres personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui leur sont, sous ce rapport, plus ou moins assimilés , on doit dire encore que le livre ne change pas communémenentde nature; car eux-mêmes ils représentent TEglise, et tous, ils ont pour mission de prêcher l'Evangile, dont la connaissance leur a été donnée. Cependant il est certaines circonstances qui tendent à diminuer la portée de cet attribut. Sur les anciens sarcophages, on voit le volumen entre les mains de quelques-uns des personnages représentés à part de tous les sujets dogmatiques, et dont ces monuments sépulcraux devaient contenir les restes ; de l'homme par exemple, dans quelques compositions de ce genre, où deux époux sont représentés ensemble se donnant la main, et Ton pense que c*est alors pour rappeler leur contrat de mariage. Ce même volumen roulé était en usage, dans l'antiquité profane, comme insigne oratoire; etM. l'abbé Martigny faitobserver qu'on le plaçait aussi à la main de Polymnie, muse de l'éloquence, à celle des rhéteurs et des orateurs ; ils tenaient ainsi le texte du discours qu'ils étaient réputés prêts à prononcer. Cet usage a pu influer, même parmi les
chrétiens, sur l'attribution analogue faite si habituellement à Notre- Seigneur; mais, quant à lui, à ce point.de vue méme^ on est aussitôt reporté vers la plénitude de sa mission , de sa science , de son enseignement. Relativement & ses disciples , au contraire, l'idée du partiel et de l'accidentel peut plus ou moins revenir. Dans tous les cas, il est bien certain que la valeur du livre ou du volumm est tout entière déterminée parles personnes qui le portent et les circonstances où il leur est attribué : ainsi, quand le don du volumên déployé est fait à saint Pierre, si les autres Ap&tres portent des wlumen roulés, on ne peut accorder une signification aussi étendue à la possession de cet emblème, qu'au don solennel dont ils sont seulement les témoins.
Quand le 'don d'un livre ou d'un volumen est fait à saint Paul , il ne peut signifier autant que faf t à saint Pierre : M. de Rossi en a signalé un exemple qui peut remonter au v* siècle, ou même à la fin du iv* ^. On l'observe sur un seau ou vase de bronze conservé dans la bibliothèque du Vatican, et trouvé sur la place de l'église Saint-Marc, à Rome. Notre-Seigneiur s'y montre assis au milieu de ses Apôtres, tous déjà en possession A'uuvolumen, à l'exception de saint Paul, qui reçoit en ce moment le sien; il est probable que, par ce moyen, on a fait allusion & la situation de l'A*pAtre des gentils, appelé après tous les autres à recevoir directement de Jésus-Christ le ministère évangélique.
' Sur un certain nombre d'autres monuments postérieurs, c'est-à-dire du ix* siècle, le don d'un livre fait à saint Paul, tandis que saint Pierre reçoit les clefs, est bien déterminé par ces mots qu'on lit sur ce livre, à Saint-Ambroise de Milan, sur l'une des faces du Ciborium attribué à l'archevêque Angelbert : agcipe librvm sapientIjE. Il s'agit des dons particuliers faits à chacun des Apôtres. Ici le pouvoir est exprimé par les clefs; et par le livre, la sagesse du discours, le savoir du bien dire. C'est dans un sens analogue que, selon Guillaume Durand, le livre doit être attribué à saint Paul : quia doctor^ dit-il. Il est en effet, parmi les Apôtres, le docteur par excellence; mais cela ne peut s'entendre que d'une attribution plus spéciale, et qui ne peut servir à le faire reconnaître, puisque tous les autres Apôtres peuvent y prétendre.
Le livre peut encore être pris entre les mains des Apôtres qui comptent parmi les écrivains sacrés, comme contenant seulement leurs propres fcrits; mais nous ne voyons guère qu'il ait été clairement attribué, avec Qne signification ainsi restreinte, à d'autres qu'aux Évangélistes. Dans un certain nombre de cas, dont aucun ne nous paraît remonter, quant aux Apôtres, plus haut que le xiu* siècle, c'est-à-dire l'époque oii la ten-