NUDITÉ DES PIEDS
La nudité des pieds a-t-elie pris, dans l'iconographie chrétienne, une signification bien caractéristique? Cette manière de voir avait paru l'em-
1. Alamani, De LaUr. pariet., io-i», Rome, 1625, p. 86; GiampiDÎ, De $aeri» adifem « Conitantino consiruetit, iii-fol. Rome, 1693, p. 88; Dionysio, Deioc. vat, bas. erypt.monum., in-fol. Rome, 1773, p. 22. Mgr Delamare, sueceasivemeut évêque de Luçon et archevêque d*Auch, poaaédait un triptyque en style du xiv* siècle, dont nous lui devons un moulage, où saint Paul a la tète couverte d'un manteau. Cette particularité nous a donné des doutes sur son authenticité.
DISPOSmONS SYMBOLIQUES. 95
porter, et il semblait que Ton dût se faire une règle formulée à peu près en ces termes : la nuditi$ des pieds est propre aux figures divines, aux Anges,aux Apôtres, aux Évangétistes et aux Prophètes; elle ne doit jamais être attribuée à la sainte Vierge ; elle n'est l'attribut d'aucun, autre personnage, et si, pour des motifs particuliers, on peut, en certaines circonstances, leur laisser les pieds nus, ce n'est plus que par accident et sans aucune valeur capable de les caractériser.
Le silence, à ce sujet, de M. Grosnier dans son Iconographie ehrétimne^ du R. P. Gabier dans sesCaractériitiques des Saints, et de plusieurs autres auteurs distingués, n'autoriserait-il pas au contraire à croire qu'on ne doit tenir aucun compte de la nudité des pieds, considérée comme signe iconographique ?
Tout considéré, on ne voit point qu'une règle ait jamais été absolument établie ; mais il est permis de désirer qu'elle le soit, et pour l'établir, les raisons et les précédents ne manquent pas.
On peut observer qu'en ce qui concerne les figures divines, soit qu'elles représentent Dieu le Père, soit qu'elles représentent Notre-Seigneur Jésus- Christ, ce n'est que par exception qu'on en rencontre, dans tous les temps, quelques-unes qui soient chaussées : nous en donnerons cependant un exemple un peu plus loin. Nous ne parlons pas des sandales, qui laissent en réalité les pieds nus : dans l'antiquité primitive, leur présence est presque toujours indiquée, quoique par de légères lignes seulement, pour rappeler les courroies. A cette époque, il faut dire que le plus grand nombre des figures de toute nature étant dans le même cas, on n'en peut tirer aucune conclusion bien positive; cependant il est à remarquer que lesfigures du Bon Pasteur et celles des Mages sont presque toujours chaussées d'une sorte de bottines ou de caligue; d'où l'on est en droit de former cette induction que toute intention particulière n'était pas à cet égard exclue de la pensée des artistes : le Bon «Pasteur figure Notre-Seigneur, mais alors» dans la représentation, on ne montrait que le personnage figuratif. (T. I, pi. i.)
Au moyen âge, où Ton s'attachait à ne rien représenter qui ne reçût une signification déterminée, il est à r^emarquer que les sandales disparaissent, et les pieds chaussés accidentellement devenant de plus en plus rares, la persistance de la nudité des pieds dans les figures divines, doit être d'autant plus remarquée.
L'observation faite relativement à ces figures peut, avec quelques exceptions de plus,surtout dans les périodes primitives, s'étendre aussi à celles des Apôtres, des Ëvangélistes, dans une moindre mesure aux Prophètes, quelquefois à certains Patriarches. Quant aux Anges, l'usage de les représenter sans chaussures n'a pas été aussi soutenu : observation qui porte
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principalement sur le moyen flge, c'est-à-dire sur l'époque oii il aurait dû l'être le plus. On voit au contraire que, dans un certain nombre de monuments, ils ont été systématiquement chaussés, et lorsque nous nous occuperons spécialement de leur iconogriiphie, bous ferons en sorte de déterminer le caractère et l'autorité de ces exemples.
Au résumé, il semblerait que la nudité des pieds exprimerait, dans la Divinité, le dégagement des choses terrestres, et qu'elle aurait été attribuée par extension aux principaux ministres de Dieu. Peut-être aussi s'estOD rappelé, par rapport aux Apôtres, ces paroles de Notre-Seigneui; : Nolite portare Mculum neque peram neque calceamenta ^, à raison desquelles saint Méliton interprète le mot calceamenta comme signitiant les œuvres de mortalité , les exemples des hommes dépravés K
D'atitres interprètes rappellent que Moïse dut se déchausser pour s'approcher de Dieu 3. D'un autre côté, les chaussures sont prises en très-bonne part, et saint Méliton cite aussi ces paroles de saint Jean Baptiste : Ctgus non sum dignui ut solvam corrigiam calceammti ^, et considère la même expression comme signifiant le mystère de llncarnation : et encore ce passage de saint Paul : Calceati pedes in prceparatione evangeliipacis^^ oh les chaussures sont considérées comme une partie de l'armement du chrétien qui se prépare à marcher dans les voies de l'Evan^e pour conquérir la paix. Il importe peu que les calceamenta dont il est question dans ces différents textes, fussent seulement des sandales, puisqu'il s'agit seulement de l'Idée ; idée d'après laquelle tour à tour les sandales pouvaient ne pas empêcher que les pieds ne fussent réputés nus, par rapport à des chaussures plus complètes, et pouvaient exprimer cependant une pensée de déchaussement, si on les enlevait.
Comme conclusion, nous conseillons fortement de continuer à représenter avec les pieds nus, Dieu, les Apôtres et toute la série des ministres de Dieu, qui, appartenant aux différents cycles des saintes Écritures, ont concouru à l'avènement du Sauveur, soit en le préparant, soit en l'annonçant^ prenant cette nudité en très-bonne part quant à ce qui les concerne. Il y a pleinement lieu au contraire de représenter toutes les autres catégories de Saints avec des chaussures, soit parce qu'en effet ils en portaient^ soit parce que, hors des cas spécifiés, ce sont les pieds chaussées qui doivent être pris en bonne part. Il est bien entendu qu'une catégorie à part est laissée pour les religieux qui se sont dé-