DE LA BARBE
La barbe chez les hommes est un signe de virilité, de maturité; elle est une parure naturelle'; offrant un moyen facile de faire distinguer les âges, elle acquiert nécessairement une grande importance en iconographie : l'absence de barbe dit la jeunesse, une barbe de moyenne longueur annonce le milieu de la vie , une longue barbe blanche devient T. n. 7
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riodîce de la vieillesse. Signe de virilité et de maturité, parure naturelle, la barbe cependant peut être prise en mauvaise part : quand a prévalu l'usage de se raser, elle indique des manières incultes ; mais il ne parait pas qu'on lui ait attribué cette signification dans l'iconographie chrétienne, avec une consistance qui puisse être signalée , quoique les figures imberbes aient été prises comme ayant en bien un sens trèsrprécis et trèsélevé. Ces figures étant en usage à Rome, dans l'art qui régnait lors de la naissance du christianisme ^, elles y ontététout d'abord en faveur parmi les artistes chrétiens. Elles allaient biea avec la fraîcheur des idées qui dominaient alors parmi eux : la figure imberbe est le symbole de Tétemelle jeunesse, de l'immortalité. A ce titre elle est demeurée toujours propre aux Anges; à ce titre encore, on l'a attribuée pendant longtemps au Fils de Dieu, avec une prédilection qui, encore au xu® siècle, disputait le terrain au type traditionnel de ce divin Sauveur.
Il n'était pas absolument rare , alors, que Dieu le Père fût ainsi représenté. Saint Pierre, considéré comme chef de l'Eglise, comn\,e personnifiant la Papauté, comme exprimant la perpétuité de son règne par ses successeurs, a été à son tour, en maintes circonstances, représenté imberbe, par des raisons symboliques, bien que l'on fût en possession presque certaine de son type historique lui-même ; cette intention est manifeste lorsque, seul au milieu des Apôtres, il est imberbe (voir ci-après, pi. vi, fig. 1). Dans d'autres monuments, tous les Apôtres le sont comme lui, et alors il n'est pas moins clair qu'on a voulu également exprimer en leurs personnes la perpétuelle jeunesse de l'Eglise. Quand, au contraire, les uns ont
1. « Aa commencemeni du christianisme, les Romains, qui étaient les maîtres du monde « civilisé et les. arbitres de la mode, du moins en Occident, portaient les cheveux courts et « le menton rasé. En dehors d*euK, les peuples qu*on appelait Barbares portaient la barbe f et les cheveux longs. £n Orient, la barbe n*a jamais cessé d*être en faveur. D'après cela, « on comprend que, d*une part, saint Pierre, saint Paul et les autres Apôtres, qui ions « étaient Orientaux, aient porté la barbe ; et que, d'une autre part, les premiers artistes • chrétiens, qui étaient Romains ou qui du moins travaillaient à Rome, les aient représentés « sans barbe, ainsi que les Personnes divines: l'absence de barbe étant à leurs yeux le signe « de la civilisation, de la supi^riorité, et par suite une des conditions de la beauté. > (R.)
Cette note et toutes celles qui porteront la même initiale, sont l'œuvre d'un ami qui a revu la plupart de ces Études avant l'impression. Nous acceptons ses observations quant i la barbe , en faisant remarquer toutefois que les figures imberbes, dans l'art chrétien, ne se rapportent pas à l'idée d'une barbe rasée, mais à l'idée de la jeunesse : jeunesse éternelle, qui s'applique à Dieu, aux Anges, à saint Pierre, en tant que type de la papauté, quelquefois à tous les Apôtres, comme représentant l'Église entière, mais non à saint Paul pris co particulier. La différence iconographique entre le type imberbe de la jeunesse et celui d'une figure rasée est très-marquée sur les sarcophages, où Pilate est rasé à la romaine, avec une ff)^ure d'âge mOr, tandis que le Christ a le type de l'étemolle jeunesse.
DISPOSlTIOiNS SYMBOLIQUES. 99
de ia barbe et les autres n'en ont pas, c'est uniquement que l'on a voulu indiquer chez eux la variété des âges, et alors on Ta fait généralement d'ane manière assez arbitraire, si ce n'est en ce qui concerne saint Jean. Le moment viendra d'être plus explicite, quand nous nous occuperons de chacun d'eux.
A qui le caractère juvénile de la ligure imberbe a été ensuite le plus attribué, c'est aux saints diacres et martyrs, saint Etienne, saint Laurent ; mais ce n'est pas sans exception, surtout dans l'antiquité primitive ; nous en dirons autant de saint Sébastien , et comme ce trait caractéristique ordinairement n'est pas isolé chez eux, il est d*un grand secours pour les faire reconnaître.
Nous avons annoncé que nous parlerions de la barbe, et nous voyons qu'il y a bien plus à dire, en iconographie, de son absence que de son emploi. La raison en est précisément que cet emploi est d'ordre commun pour les hommes. Le Guide de la peinture du mont Athos indique souvent, il est ?rai^ la barbe et sa forme comme signe caractéristique; mais, en général, ses prescriptions à cet égard trouvent peu d'appui dans l'ensemble des monuments empruntés à des écoles et à des époques différentes : elles semblent donc fort arbitraires. A prendre les choses selon cet ensemble , les seules barbes qui aient des formes suffisamment déterminées , sont : celle de Notre-Seigneur, — courte et séparée; celle du Père éternel, quand on vient à représenter Dieu le Père sous cette forme , — blanche, longue et abondante ; celle de saint Pierre , — blanche , courte et frisée ; celle de saint Paul, — longue , brune et soyeuse ; celle de saint Jean l'Evangéliste, —longue et blanche, quand, au lieu du jeune disciple ami du Sauveur, on veut représenter le vénérable vieillard de Pathmos.
Quant aux Saints de diverses époques, la signification de la figure imberbe mise à part, il est certainement à propos, si on peut avoir sur eux les renseignements nécessaires, de les représenter avec de la barbe ou le visage rasé, conformément aux usages de leur temps. Beaucoup d'artistes ont fait à cet égard de singulières méprises : tel Raphaël , dans de petites figures charmantes d'ailleurs «par le sentiment de sa première manière, oh il a cru faire de la couleur locale en donnant une grande barbe à notre saint Louis. Au contraire, il nous est arrivé, ayant à faire représenter saint Henriavant d'avoir connaissance des monuments qui nous ont conservé son type avec de la barbe, d'indiquer, d'après un ancien sceau, une figure rasée de l'empereur Henri Ili , son deuxième successeur, comme propre à régler l'artiste sous ce rapport , et nous l'avons ainsi induit en erreur.
iOO GUIDE DE l'art CHRÉTIEN.