‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 56 sur 216 · DB LA TONSURE CLÉRICALE · texte numérisé non relu

DB LA TONSURE CLÉRICALE

La tonsure ou couronne cléricale consiste dans une certaine manière de couper ou de raser une partie des cheveux, qui dessine sur la tête une sorte de couronne, au moyen de la forme ainsi donnée au reste de la chevelure. On n'est pas d'accord sur le. motif originaire de cet usage, les uns s'étant attachés à l'idée de couronne^ d'autres considérant plutôt celle de tonsure. D'après ceux-ci, au nombre desquels se range M. l'abbé Hartigny, les cheveux des clercs auraient été d'abord rasés ou coupés courts, en signe d'humilité et de pénitence ^ On pourrait croire aussi qu'on a voulu leur imprimer l'apparence d'une calvicité précoce, en rapport avec le nom de presbyter, c'est-à-dire vieillard, donné aux prêtres ; mais cette conjecture ingénieuse est désormais impossible à soutenir. D'après les premiers, on aurait eu, dès le principe, la pensée de figui'er, sur la tête du prêtre, l'image d'une couronne, pour rappeler la couronne d'épines^ placée

I. « Selon la plupart des saints Docteurs, le rasement des cheyeux signifie surtout le

• renoncement aux biens et aux plaisirs de la terre , et par suite la pureté du cœur, qui c doit distinguer les ministres du Seigneur.

« Raâo eapUU eti temporattum omnium depo9Uio, (S. Jérôme.)

t Caput radere iignifiaU cogitaiionei- ierrenat et tuperfluat a mente reseeare, née incon- « grrie per piloê et capillos tignifieantur cogitatione$ iuperfluœ. Sicut enim piU non tumt « pars sed quœdam superfluitas pr4>cedens a corporiê humore , sic bona temporaUa non tunt

• nobis naturaUa sed atiena et $uperflua. (S. Auguslin.)

« Plîorum ademptio mentis purgatipnem inntdt quam in nobis divinum illud et pénétrons « Dei Verbum efficlt..,. Ex animo abradens insitorum in nobis earnaUum motuum impurita- ■ tem,., quam legem peccati scriptura voeat et quœ Sancti Spiritus virtute prcedsa enervatur « etque etiam rursus in nobis pullulât vehementius tondetur. (S. Cyrille.)

« Capillus tonsut puram nullaque figura peeoatam vitam indi<iai. (S. Oenys , De Eceleaîa f hierarchia, c. 5.)

c lis qui ad divina ministeria appUcantur, con^etit tonsura.... ratione substraclionis ca-

• pillorum ex parte superiori per rasuram, ne mens eorum temporalibus occupationibue a « contemplatione divinorum intondetur ; et ex parte inferiori per tonsuram, ne eorum sensus

• temporalibus obpolvantur. (S. Thomas.) (R.)

2. c La couronne cléricale n*a pas pour unique but , selon les saints Docteurs, de figurer c la couronne d^épines de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Écoutons quelques-uns des plus « autorisés :

< lis qui ad divina mysteria apptieantur competit rasura in modum eoronm, quia eorona « est signum regni et perfeetionis cum sil drcularis. IIU autem qui dhinis ministeriis appU- « canlur, adipiscuntur regiam dignitatem et perfedi in virtute esse debent (S. Thomas )

TOSSITRÏS CLERICALES

DISPOSITIONS STMBOLIQUBS. lOi

snr celle du Sauveur, leur chef et leur modèle. L'on ne peut eontester à cette opinion d'être ancienne, puisqu'elle est rapportée par saint Grégoire de Tours; et dans les siècles suivants, les écrits de saint Adelme, évéque de Sherborne, de saint Ceolfrid , abbé du monastère de Saint-Pierre-et- Saint-Paul de Wiremouth,et du vénérable fiède, nous la montrent en pleine vigueur -^ Depuis, toutes les formes de tonsure cléricale que l'on Toit dans les représentations figurées, sont en efiet circulaires, et affectent par là même l'image d'une couronne. Nous en avons observé au moins quatre variétés antérieures au xu» siècle. La première, seule d'abord en usage dans l'Église, d'après le P. Garucci, consistait à couper les cheveux plus courts au milieu de la léte , sans les raser ; la couronne étaft formée par une étroite bande de cheveux demeurés plus longs ^. La seconde laissait les cheveux intacts sur le milieu de la tête , coupant en rond seulement la partie inférieure de la chevelure 3. La troisième variété de tonsure était de petite ou de moyenne dimension, et opérée sur le milieu antérieur de la tête : la tonsure alors pouvait seule, par sa forme de disque, exprimer l'idée de couronne, et pour la rendre visible, il fallait que lescheveux fussent rasés ou à peu près ^. Dans la quatrième variété, encore en usage chez plusieurs Ordres religieux, ils le sont entièrement surtout le milieu de la tête ^, où d'abord on les coupait seulement plus

> Ad hoc capiUoê in modum coronœ radunl ut regnum tpirilale quo cœUrit proemihenf tali > fiura ostendant. (Yves de Chartres.) « Ut tignifieetur regale eue Chmti taeerdotium , eju» gubernûtores iali corona. redimitoê

• meoporieat. (S. Isidore de Séville, De officiis.)

« Qwd vero deiOTUO capite iuperius » inferiuê dreuU corona relinquilur , iacerdotium

• regnumque Eedegiœ in eig figurari, (Idem.) (R.)

i> Greg. Tar., De gloria martyr., L. 1, cap. xxui. L. VllI. Lettre de saint Âdelm* à Gerooee, petit roi aogio-saxon. Epist. Ceolfrîdi, abbatis ad Naitanum (roi des Pietés et des Eeuuais), io-fol. Louyain, 1506, fol. 236, ▼<>. Beda, Hiit., Lib. IV, cap. xxii. Foggini, Div^ PftriiUture, ia-4«, Florentin, 1731, p. 187. Ifolanns, Hist. tanet. imag., Lib. 111, cap. xxii. Garoeci, Vetri ornaH, p. 13.

1 Nous en donnons ponr exemple (pi. vi, fig. 8) la tète de saint Laurent du xit* siècle, ulqnée, dans la galerie de Sienne , par notre ami M. Gb. Descemet. Cette espèce de tonsure M rapproche beaucoup de la seconde dans cet exemple , les cheveux étant coupés en eouroooe aussi par le bas, sans ôtre rasés sur le sommet de la tète..

3. PI. Ti, fig. 4, d*après un ivoire publié par li Société d*Aurundel, où son t. représentés les douze Apdtres.

^' Cette tonsure se toit un peu en arrière dans la miniature du Bénédictional de Saint- ^elwold (x* siècle), sur la figure imberbe de saint Pierre (pi. Ti, fig. 1) ; tout & fait sur le denst de la tête, vitrail de Poitiers (fin du xii« siècle, pi. vi, fig. 6). On la retrouvera plu hrge, sur notre planche vu ; plus étroite et plus en avant, sur notre planche xv. On noiarquera dès i présent, s«r notre planche vi , les figures chauves de saint Paul, fig. 5, 6, oppofées i celles de saint Pierre, portant la tonsure, fig. A et 6.

5. Les monnaies d'Anastase III et de Jean VIII, (fig. 2 et 3) et de beaucoup d*aatres pages

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courts. C'est la seule difi'érence qui la distingue de la forme réputée primitive, avec laquelle on comprend qu'elle se confonde quand les cheveux ont repris à repousser. Il arrive que la seconde forme de tonsure s'associe avec là première et la troisième, c'est-à-dire que, les cbeveux étant coupés ou rasés en dessus ou en dessous, la couronne de cheveux est dessinée d'une manière plus parfaite, et c'est ainsi que k portent aujourd'hui les religieux dont nous parlons ^

On remarquera que la tonsure actuelle de notre clergé séculier, de petite dimension et posée sur le milieu postérieur de la tête, diffère de toutes les formes que nous venons d'énumérer ; qu'elle est la seule qui prenne l'apparence d'un commencement de calvicité, et qu'elle a cet inconvénient en iconographie, de ne pouvoir être mise en vue que la tête tournée par derrière, et par conséquent de ne paraître que difficilement sur les monuments figurés.

Selon une antique tradition, rapportée par les auteurs des vi«, va« et vin* siècles, qui voient dans la couronne cléricale une image de la couronne d'épines, saint Pierre aurait donné le premier l'exemple de la porter. Il s'était élevé, dans la Grande-Bretagne, une controverse relalativement à la manière de la faire : saint Adelme, saint Ceolfrid prétendaient proscrire la troisième variété, c'est-à-dire la petite tonsure du devant de la tète, croyant qu'elle provenait de Simon le Magicien, tandis que .la première forme, celle qu'ils préconisaient, aurait été seule usitée par le prince des Apôtres. Au concile de Tolède, en 633, on voulut aussi faire prévaloir cette large tonsure, sur la tonsure étroite placée en avant, mais par un tout autre motif : c'est qu'on jugeait celle-ci insuffisante et propre à éluder le but de l'institution, car elle pouvait s'associer à une longue chevelure, et c'était précisément cette longue chevelure qui devait être proscrite dans l'espjit chrétien, conformément au texte de saint Paul : Quod vir quidem si comam nutriat^ ignominia est illi 3, où il traite d'ignominieux pour un homme le soin d'une abondante chevelure ; et en Qffet on cite un grand nombre de papes et de conciles qui se sont servis des termes mêmes de l'Apôtre, pour maintenir parmi les clercs Tusage des cheveux courts ^.

des ix« et x« siècles, la montrent rendue d'une manière grossière. On i*a vue sur la tôte de saint Pierre (T. I, pi. vu) ; on la voit ici, pi. vi, fig. 9, sur la tête du Saint É'ienne de Francia, à la galerie Borghèse.

1. La tête de saint Laurent (pi. vi, fig. 8) reviendrait à ce type sans la partie supérieure, si les cheveux étaient rasés, au lieu d*être seulement coupés plus courts que la couronne de cheveux.

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