‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 6 sur 216 · SIGNIFICATION DU NIMBE · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DU NIMBE

La signification et l'emploi du nimbe, dans l'art chrétien de l'époque primitive et du moyen âge , paraissent tenir à deux courants distincts : l'un qui avait sa source dans son prppre fonds, l'autre qui venait du dehors.

Dans les monuments sur lesquels nous venons de nous appuyer, comme offrant les plus anciens exemples du nimbe, Ton peut observer qu'il est attribué au Christ principalement, mais non pas exclusivement; nous le voyons sur la tête de saint Pierre, dans la mosaïque qui existait à Sainte-Pudentienne ; sur celles de saint Pierre et de saint Paul, dans la peinture du cimetière de Domitille. Deux fonds de verre offrent des exemples de son attribution à la sainte Vierge *; plusieurs autres, gravés également par les soins du R. P. Garrucci, montrent aussi le nimbe sur la tête de saint Pierre et de saint Paul , de sainte Agnès et de personnages indéterminés^; ils appartiennent à cette catégorie de.monuments dont le savant auteur n'a pas observé les originaux,

1. Ganieci, Veiri omaU, pi. ix,, fig. 10, 1 1. 1 /</., pi. XIV, 6; pi. XXII, 3; pi. xxv, 3, 4.

et dont il ne veal pas en conséquence garantir i'autbenticité: il est facile d'admettre cependant qu*aucune erreur, quant an nimbe, n'a été commise par ceux qui les ont publiés les premiers, le fait qu'ils peuvent confirmer étant autrement attesté.

Saint Pierre et saint Paul étaient nimbés dans la mosaïque de Placidie , k Saint«>PauMiors-les-Murs , avant la restauration que l'on pourrait soupçonner de les avoir ainsi distingués : restauration qui a valu à TApdtre des Gentils de porter, dans un monument du w^ siècle , Tépée , qui en réalité n'est devenue son attribut qu'au xm* siècle. Nous avons observé le nimbe sur la tête de saint Jean-Baptiste 7 dans la mosaïque représentant le baptême de Notre-Seigneur, dont est revêtue la voûte du baptistère à Ra venue, bien qu'il soit omis dans Giampini ^.

A considérer l'ensemble des monuments du iv« et du v^ siècle, nous n'en revenons pas moins l cette conclusion : que le nimbe fat d'abord mis en usage généralement comme un attribut propre à la divinité , et qu'il fut quelquefois plus facilement communiqué aux Anges qu'il ne le fut aux Saints et à la très-sainte Vierge elle-même. Nous avons parlé de la mosaïque du grand arc de Sainte-Marie-Majeure ; on peut observer aussi les mosaïques dont cette basilique fut ornée, à la même époque, dans toute la longueur de la nef: on y remarquera que Dieu apparaît avec le nimbe toutes les fois qu'il est représenté ; les Anges le portent également ^ et aucun autre ne participe à ce privilège. On pourrait concevoir quelque doute à l'égard de la figure de la planche lxi de Giampini ; mais il est probable , à raison même du nimbe qu'elle porte et selon l'opinion de M. Barbet de Jouy 3, que cette figure armée devant laquelle Josué se prosterne, représente un ange tenant la place de Dteu et prêta combattre pour son peuple, conformément au texte de l'Écriture^. Cet ange n'a pas d'ailes : mais les ti*ois anges qui apparaissent à Abraham n'en ont pas non plus , leur caractère céleste étant suffisamment marqué par le nimbe même.

Il semble en effet qu'alors, par le nimbe, on ait voulu surtout exprimer l'idée de quelque chose venant du ciel. Marie, par rapport aux, Anges, considérée comme vivant encore de sa vie mortelle, pouvait être traitée comme étant de la terre : mais on pouvait aussi s'attacher à ce qui, en elle, fut toujours céleste, et il ne faudrait pas s'étonner de lui voir le nimbe dans les mêmes circonstances et dansdes œuvres d'égale antiquité.

Page 1